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Décevante série Parlement (FranceTV) sur l’Union européenne

Le pitch : les aventures d’un jeune assistant parlementaire qui se fait embaucher à l’Europe alors qu’il n’y connaît rien. Sur le papier, c’est très prometteur.

On s’attend par exemple à des scènes loufoques ; à ce que la lourdeur bureaucratique ait raison de notre personnage, tel Astérix à la recherche du formulaire A38.


Mais dans le film, cela se transforme en un interminable plaidoyer pro-européen de dix épisodes, entrecoupé par les malheureuses tentatives du héros de choper sa collègue. À moins que ce ne soit en fait leur romance interrompue par la propagande pro-UE.

Il y a deux séquences vraiment réussies : une première dénonciation, toute en subtilité, du populisme dans laquelle nous pouvons tous nous reconnaître du fait des trop hautes attentes que nous plaçons dans l’institution. Et elle fonctionne parce qu’il n’y a alors pas de gros sabots pour nous dire que nous sommes des nazis si nous n’aimons pas l’Europe.

Alors oui, c’est vrai que nous avons trop tendance à résumer l’action de l’UE à des réglementations sur la courbure des bananes, et à dire qu’elle nous coûte cher et qu’elle n’arrête pas la crise des migrants. Sauf que personne ne devrait avoir à se sentir coupable de remettre en cause la courbure des musaceae ou de dire que l’UE nous coûte plus directement qu’elle nous rapporte. Et il y a quand même ce sentiment culpabilisant.

Et puis dans le dernier épisode la dénonciation des défauts des pays européens, par rapport à leurs comportements historiques et politiques. Et c’est résumé, condensé, énergique et nous ne pouvons alors que être d’accords sur le fait que personne ne joue totalement le jeu.

Malheureusement, il y a toute la caricature autour qui va beaucoup trop loin, et puis les clichés sur les pays et leurs représentants, qui oscillent trop entre L’Auberge espagnole et Nice People.

L’assistant parlementaire français est la parfaite incarnation de ce qui sort de Sciences Po. Le député centriste est très fidèle aux politiques français qu’on exile ou qu’on met en retraite à Bruxelles. Il y a ce moment très drôle où il indique qu’il est là depuis trois ans mais n’a jamais compris comment cela fonctionnait, alors qu’il ne va pas commencer à demander maintenant. Et puis aussi ces moments où ils arrivent à disparaître dans les couloirs, et à esquiver tous les problèmes qui les dérangent.

Le fonctionnaire européen, même s’il est trop compassionnel, est un bon garant de l’institution. Le député écolo néerlandais est conforme à la réalité, tout comme la commissaire danoise, inspirée de Margrethe VESTAGER, qui sont dans tous les cas des gens qui bossent, et qui bossent bien. Il y a aussi la conseillère politique allemande (pas le belge) et le lobbyiste européen qui sont assez fidèles.

Mais pitié, la députée britannique complètement conne (qui n’arrive pas à réaliser un puzzle de 50 pièces en forme de Union Jack) et qui ne comprend pas le Brexit, l’assistant de la conseillère allemande qui est nazi, l’assistante du député suédois qui veut juste coucher (et qui disparaît juste après) parce qu’est libérée comme toutes les femmes du Nord, le polonais qui est alcoolique, les députés allemands qui sortent de l’hémicycle parce que c’est la fête à la saucisse, les Catalans et les Castillans qui se foutent sur la gueule… Et puis surtout la représentation des députés d’extrême-droite qui sont toujours des ploucs en manque d’alcool et d’argent…

La série aurait sincèrement gagné à moins s’attacher au couple Sami et Rose, et à multiplier les rencontres et les situations. Car au final, notre héros ne fréquente que toujours les mêmes personnes et ne fait que travailler sur un unique amendement qui ne semble absolument pas tenir compte de tous les obstacles juridiques qu’on lui a mis sur la route. Bref, on nous vend une série un peu folle alors qu’elle est lamentablement conventionnelle. Même si pour se donner un air rebelle, on crache quand même un petit peu mais tout document sur les GAFAM.

Et puis surtout cette vision manichéenne que c’est l’Union européenne qui a arrêté la seconde guerre mondiale, que le Brexit est la pire des choses et qu’on a trompé les gens pour qu’ils l’acceptent (alors que les ultra-libéraux savaient très bien ce qu’ils faisaient), que les populistes sont pires que HITLER… Et puis surtout ce message subliminal qu’on ne peut pas et qu’on ne doit pas sortir de l’Union européenne, avec cette moraline ressassée plusieurs fois que même si on n’est pas parfait, on est tous amis. Et après ?

Je regrette enfin qu’on ne s’attarde pas plus sur le rôle des assistants parlementaires et des conseillers politiques, qui très souvent, font beaucoup plus que les seuls élus. Justice ne leur est pas rendue. Pareil pour les fonctionnaires européens, dont on parle maladroitement de leurs abattements fiscaux. Et puis le rôle des groupes de pression est trop minimisé, et il y avait largement matière à le développer surtout avec le sujet de la saison. On aurait pu imaginer un vrai Greenpeace et une vraie association des pêcheurs, et pas que finalement, l’obstacle le plus têtu soit une conseillère politique (corrompue ?) qui magouille en vue de bloquer les populistes.

La série se regarde facilement grâce à des épisodes de 26 minutes et permet de bosser son anglais. Sauf que la promesse du scénario de départ n’est pas remplie. Et puis il manque quand même un aspect pédagogique sur le rôle et le fonctionnement de l’UE.

Une saison 2 à la rigueur mais avec de nouveaux personnages et en prenant l’Union européenne pour sujet et pas pour contexte ou pour cadre d’une histoire sentimentale.

D’autant que ce qui était intéressant ou amusant était que Sami soit le perdant magnifique, à qui Rose échappe en permanence. Mais s’ils se mettent ensemble, l’intérêt devient nul.




Élections européennes 2019 : et si on parlait du scandale de la circonscription unique ?

Le citoyen lambda, qui ne suit pas la politique de très près, s’est réveillé un beau matin au cours duquel on lui a dit que les élections européennes s’organiseraient désormais avec une circonscription électorale unique. Et il s’est rendormi aussitôt, sans se poser de questions… Sans s’interroger sur cette réforme. Sans vouloir voir que l’on essayait à nouveau de court-circuiter le RN, au moyen d’un nouveau jeu qui favoriserait LaREM.

Il est assez fou de voir comment le Rassemblement national (RN) est au cœur de la plupart des réformes organisationnelles du territoire. Le mode de scrutin proportionnel (intégral) aux législatives a été abandonné en 1988 à cause du FN. Le redécoupage des régions en 2015 a été formulé à cause du FN (qui sans cela aurait gagné la région Languedoc-Roussillon). Et maintenant, les circonscriptions électorales européennes sont fusionnées, là aussi, à cause du RN…

En cause, MACRON, qui manque d’un parti structuré et organisé en régions, qui pour autant qu’il ferait de très bons scores dans des régions comme l’Île-de-France ou les Territoires d’Outre-Mer, se ramasserait dans le Nord, l’Est et le Sud-Est. Et ne serait pas garanti de l’emporter en nombre d’euro-députés, ou alors de justesse, tant au total que dans de nombreuses autres régions de France. Ainsi, il fallait donc tout faire pour ne pas pouvoir démocratiquement je compter les régions dans lesquelles LaREM n’arriverait pas en tête…

Le débat a donc commencé à l’automne 2017. Un seul parti s’est alors opposé : LR, qui en plus de voir combien cette géographie le desservirait dans la période, a surtout bien compris ce que MACRON préparait. La procédure accélérée s’est engagée : la loi n°2018-509, relative à l’élection des représentants au Parlement européen, a été votée le 25 juin 2018, dans une indifférence quasi-générale. Et les justifications d’une telle loi ont très peu été évoquées dans le débat.

Il faut donc en retenir que le scrutin par euro-circonscription ne respectait plus la nouvelle découpe régionale de 2015, que ces circonscriptions étaient peu lisibles, du fait que les députés européens ne sont pas proches géographiquement de leurs électeurs, et enfin, parce que la majorité des autres pays ne procèdent pas ainsi, alors nous serions des attardés de continuer à faire de même. Et donc il fallait changer, et repasser à une grande circonscription nationale.

Et tant pis que l’Outre-Mer ne soit donc quasiment plus représentée. Et tant pis que l’Île-de-France truste les meilleurs places sur les listes desdits grands partis. Et tant pis que la campagne soit alors nationale, et soit le troisième tour de la présidentielle. Et tant pis que MACRON ne fasse plus son boulot de président, mais qu’il soit en campagne. Et tant pis que MACRON soit le Libérateur de 1944 et que Marine LE PEN soit le clone d’Adolf HITLER…

Remarquons au passage que toutes les listes régionalistes sont ainsi étouffées, et qu’il n’y en a ainsi pas une qui se présente. Et tout cela, mis bout-à-bout, fait que la participation devrait encore diminuer ; et que le vote utile aujourd’hui de tous ceux qui veulent faire chuter MACRON, qui s’abîme à rentrer dans la campagne, va se reporter sur le RN. Et donc on va faire monter les extrêmes. Jusqu’au prochain charcutage électoral qui repoussera la prochaine percée devenue nécessaire du fait de l’actuel redécoupage…



Sur l’Europe, le diktat de la pensée des Jeunes avec MACRON

« L’Europe, tu l’aimes ou tu la kiffes ! »

Je ne m’attarde pas sur le jeu de mots « tu l’aimes ou tu la quittes », prêté à SARKOZY, qui l’aurait piqué à DE VILLIERS, qui l’aurait piqué aux États-Uniens pendant la guerre du Vietnam, qui eux-mêmes l’aurait piqué à une chanson de 1928.

Non, je voudrais juste remarquer que cela ne laisse pas beaucoup de choix possibles.

Nous sommes donc forcés d’aimer l’Europe.

Y compris les Britanniques ; et je ne comprends pas ce que leur drapeau vient faire là-dedans, parce qu’on n’est pas dans une campagne pro ou contra Brexit…

Et donc 51,9 % des Britanniques ne pouvaient pas quitter l’Union européenne.

Et donc un Français ne peut pas ne pas aimer l’Europe.

Sous peine, sous entendu, d’être un nazi (HITLER avait pourtant un projet européen très clair), et de vouloir la troisième guerre mondiale, l’appauvrissement des citoyens, et la fin de la puissance des pays européens, reléguée pire qu’en Afrique, je vous assure.


Alors, bah si, je n’aime pas l’Europe, sous la forme de l’Union européenne, et je ne la kiffe pas, et je vous emmerde les jeunes Macronistes, qui veulent me dicter ce que je dois penser.

Quand les jeunes arrêteront de mythifier l’Union européenne, au motif, leur seul argument concret, qu’elle permet la liberté de circulation pour Erasmus…

Les mêmes bobos-écolos qui te parlent transition écologique et impact carbone, mais qui vivent sur plusieurs pays qu’ils relient en avion.

Et quelle arnaque, parce que dans un monde globalisé, que tu sois dans une communauté étudiante à Paris, Berlin ou Barcelone, tu parleras anglais, et tu feras les mêmes études pour avoir les mêmes diplômes et les mêmes métiers.

De plus, si les étudiants étrangers veulent venir en France, t’as pas grand monde qui veut aller ne serait-ce qu’en Belgique ; mais alors dans les pays de l’Est, c’est mort… Donc Erasmus ne se fait qu’à sens unique…


De toute façon, cette campagne ne se fait pas pour un projet européen, qui est relativement illisible. On comprend bien l’ultra-libéralisme débridé, et de signer des traités de libre-échange avec toutes les parties du monde, mais à part cela…

Non, elle se fait contre les populismes, nouveau nom des extrêmes-droites (parce que les extrêmes-gauches, on s’en fout).

Et c’est quand même génial pour ces jeunes de défendre Nathalie LOISEAU, qui en quatrième année à Sciences-Po ne savait pas qu’elle candidatait sur une liste étudiante du GUD, puis qui cinq ans après et alors qu’elle se dit gaulliste, candidatait sur une liste européenne fédéraliste, ce que DE GAULLE ne voulait surtout pas pour l’Europe…

Là aussi, leur projet européen, dont leur site internet ne dit pas grand chose d’autre que des banalités, interroge : c’est aimer l’Europe, ou l’aimer. Ça en dit long…

Bref, ça n’était pas vraiment la peine qu’ils me recouvrent, juste pour cela…




Pourquoi Emmanuel MACRON a tort de vouloir exploser le Parti populaire européen (PPE) !

Le cas Viktor ORBAN divise la droite européenne. Il est vrai que sa présence au sein du groupe de droite le plus libéral et le plus europhile avait de quoi surprendre. Mais les manœuvres de MACRON visant à déstabiliser le PPE risquent fort de bloquer le fonctionnement de toute l’Union européenne, surtout s’ils continuent de faire les cons.

La première chose à savoir est que le Parlement européen est très divisé : 7 % de gauche radicale, 25 % de gauche sociale-démocrate, 7 % d’écologistes, 9 % de centristes, 30 % de droite modérée, 10 % de droite européiste conservatrice, 6 % de droite souverainiste et 5 % de droite extrême ; le reste étant composé de non-inscrits.

En gros, ils fonctionnent comme nos intercommunalités : droite et gauche se mettent d’accord pour se partager l’exécutif, et voter ce qui leur paraît important, tant qu’ils ne votent pas comme les vilains fachôs du groupe de Marine LE PEN. Et s’ils ne se mettent pas d’accord, alors les sujets sont généralement rejetés, sans qu’il y ait besoin de l’intervention des groupes de pression.

Et on a MACRON, qui n’a plus aucun allié en Europe, partageant sa vision de l’Union européenne, qui vient nous faire croire que le centre (9 %) peut prendre le contrôle du Parlement à la condition que la droite européiste (30 %) soit tellement divisée qu’elle ne puisse plus faire les élections avec la seule gauche sociale-démocrate (25 %).

Ce qu’oublie MACRON est qu’on est dans un système parlementaire élu au moyen d’un scrutin proportionnel. Qu’il ne peut donc pas refaire son coup de 2017 parce que même s’il prend un peu à gauche et un peu à droite, le centre n’aura jamais 50 % et risque de toute façon de ne pas pouvoir s’allier qu’avec la gauche ou la droite. Surtout que la gauche fond à vue d’œil !

C’est à dire qu’on va probablement passer d’une alliance de deux partis qui font l’Europe, à une alliance d’au moins trois partis ; et vu que la gauche risque de ne plus peser grand chose, alors il vaudrait mieux avoir une droite forte, d’autant que la droite souverainiste qui votait avec la droite souverainiste va aussi disparaître du fait de la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

En gros, la seule solution pour que le Parlement européen puisse continuer de tenir son rôle est que la majorité se construise autour de la droite, qui demeure globalement au pouvoir partout en Europe. Or, casser la droite va éclater le Parlement, et même si on arrivera à trouver encore des alliances sur des points précis, tout le fonctionnement va devenir instable.

Alors, c’est clair que la droite française n’est pas super bien représentée avec les MORANO, DATI et HORTEFEUX. Et de toute façon, la plupart des pays envoient à Bruxelles leurs politiques ratés qui n’arrivent pas à se faire élire à l’échelon national. Mais dans un temps d’euroscepticisme, je ne suis pas convaincu de la stratégie de renforcer un centre minoritaire…