Archives du mot-clé Ryan GOSLING

Magistrale interprétation d’Anthony HOPKINS dans « La faille »

Je ne me lasse pas de revoir ce film, et je trouve d’ailleurs qu’il est très sous-côté, de manière générale dans les différentes critiques, mais aussi dans les carrières d’Anthony HOPKINS, de Ryan GOSLING et de Rosamund PIKE.

À la réflexion, ce n’est justement pas le scénario du crime parfait (qui ne l’est pas tant cela puisqu’on arrive quand même à remonter jusqu’à l’arme) ; d’ailleurs très capilotracté (parce que tout repose sur le fait que l’inspecteur en charge de l’affaire soit l’amant de la femme), que l’interprétation du meurtrier par Sir Anthony HOPKINS qui fait la différence.

Il donne à son personnage toute l’assurance et toute la profondeur nécessaire pour en faire à la fois quelqu’un dont on va se sentir proche dès le début, parce qu’il est la toute première victime du film, en tant que mari trompé. Puis on va vouloir qu’il s’en sorte, même s’il crie sa culpabilité parce qu’on reste dans son personnage de victime (d’autant que sa femme n’est finalement pas morte), et qu’il subit l’institution judiciaire. Et ce n’est finalement qu’après son acquittement qu’on commence à le détester et finalement à trouver que l’erreur judiciaire qui a conduit à sa libération est injuste, parce qu’il tue vraiment sa femme et qu’il devient très arrogant.

Si donc HOPKINS, dans son rôle de méchant, ne fait finalement que pousser au mieux toutes les techniques qu’il a développées depuis Le Silence des agneaux, quinze ans auparavant, les meilleures scènes, en tout cas les plus jouissives, sont celles du Tribunal. Pas tant parce que c’est là que nous pouvons apprécier la mécanique du crime parfait, que par sa brillante interprétation d’un cynique qui joue le naïf, et qui retourne le procureur après avoir installé l’idée qu’il n’y connaissait rien, à la limite de la bêtise (refusant d’objecter alors que la présidente lui suggère de le faire ou de contre-interroger un témoin) et de la folie (il passe quand même l’audience à dessiner des mécanismes) sur son cahier.

Tout meurtrier qui cherche à cacher ou à nier son forfait, est un acteur d’une certaine façon. HOPKINS, par ses silences, par sa position légèrement voûtée, par sa mécanique de jeu, arrive à faire oublier le meurtrier pour qu’il ne reste plus que l’acteur. Et c’est certainement cela qui suscite à la fois l’empathie du spectateur, mais qui aurait aussi, surtout aux États-Unis, pu susciter l’acquittement du jury dans pareil procès. La grande force du film est donc que HOPKINS ne joue pas le meurtrier qui fait l’acteur mais qu’il soit un acteur meurtrier.