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Pourquoi garder la foi malgré le deuil et la perte de nos proches ?

Très souvent, j’entends des personnes me dire avoir perdu la foi au moment du décès d’un proche. Entre peine, colère et douleur, elles s’interrogent : « Si Dieu existe vraiment, pourquoi nous enlève-t-il les gens que nous aimons ? S’il est Amour, pourquoi accepter de nous faire souffrir ainsi ? S’il est vraiment Dieu, pourquoi ne peut-il pas empêcher la mort ? »

La réponse que j’ai personnellement envie d’apporter, mais que beaucoup jugent irrecevable, est que : Non, Dieu n’est pas responsable de la mort des gens, et en plus, qu’il est certainement malheureux de ce qui arrive, pour nous comme pour la personne qui décède.

Non, Dieu n’est pas là, du haut du ciel, à nous fliquer et à nous faire mourir, plus ou moins douloureusement, le jour où il estime qu’on a notre compte. Mais il faut reconnaître que la Tradition et la piété populaire ne nous aident pas, lorsqu’elles disent, par abus de langage, au moment des obsèques que c’est Dieu qui nous « rappelle » à lui. C’est juste une image !


Un problème lié à cette réponse est qu’elle remettrait en cause la toute puissance de Dieu. Pourquoi Dieu ne pourrait pas empêcher la mort ? Je pense quand même qu’il le peut au nom du principe que « Rien n’est impossible à Dieu », même si la Bible ne fait trace d’aucune immortalité, qu’elle ne ferait pas sens, et que toute résurrection, à laquelle nous sommes tous appelées, passe d’abord par la mort. Jésus lui-même a dû mourir pour ressusciter.

Mais je pense aussi que Dieu, dans le respect de notre liberté humaine, et dans le respect de la liberté (symbolique car nous parlons de textes mythologiques) d’Adam et Ève, de leur choix de désobéir et de choisir une vie éloignée de l’arbre de vie, s’interdit d’intervenir de cette manière ; et il nous laisse donc vivre puis mourir au hasard de la vie, sans préjuger de nos actes terrestres. Ce n’est donc pas Dieu qui ne peut pas, mais Dieu qui ne veut pas !


Ce qui est valable pour la mort l’est autant pour la vie, que Dieu a créé un jour. À tout le moins, pour notre conscience de la vie, qui fait de Dieu le créateur de toutes choses à nos yeux. (Je crois notamment en Dieu parce que nous sommes la seule espèce animale à pouvoir développer une pensée, au sens pascalien du terme.) Ce n’est pas plus Dieu qui « donne » les bébés ; mais la capacité de procréer. (Je n’entre pas dans les cas particuliers des enfants promis par Dieu.) Et le fait de ne pas pouvoir procréer n’est pas non plus une punition, mais un aléa génétique.

Dieu se garde d’intervenir pour respecter notre liberté ; et si nous sommes chrétiens et que nous croyons à la Résurrection, alors d’une part nous croyons que l’âme du défunt, dont le corps n’est qu’une forme à un moment de l’Histoire, est toujours là, quelque part où l’on peut la prier et lui demander d’intercéder pour nous ; d’autre part, que nous ressusciterons donc que la séparation, avec tout ce qu’elle comporte, n’est que temporaire.

Je ne prétends pas avoir la vérité sur cette question, mais voilà mon espérance personnelle en ce jour du Souvenir des défunts 2017. Puissions-nous donc, malgré la mort, toujours choisir la vie que Dieu nous promet en abondance !



Pourquoi Dieu ne peut-il pas empêcher la mort de ceux que l’on aime ?

À chaque journée de souvenir des défunts, les chrétiens se posent et se re-posent cette question. Si Dieu existe vraiment et qu’il est tout puissant, alors pourquoi ne peut-il pas empêcher la mort de certaines personnes ? D’autant qu’on dit partout qu’Il est « Amour« , alors nous aime-t-Il vraiment s’Il créé une douleur et une souffrance dans la séparation ?

Ce que j’aime bien dans ma religion chrétienne, c’est son humanité, c’est que Jésus pleure lorsqu’il apprend la mort de son ami Lazare. Si l’Évangile ne s’étend pas plus sur les sentiments du Christ, on sait qu’il ne se retient pas ses larmes ni qu’il n’en rajoute pas plus à ses émotions. Même Lui, même Dieu n’a pas pu empêcher la mort de Lazare car il est arrivé trop tard.


La mort, étape nécessaire à la Résurrection

À chaque fois que Jésus fut dans un mauvais pas, il s’en est toujours tiré. Jusqu’à ce que le Fils-à-Papa décide qu’il devait se laisser capturer et mourir sur la Croix en laissant les copains qu’ils l’avaient accompagné se débrouiller seuls. Dolorisme ? Masochisme ? Non, la résurrection est une nouvelle vie auprès de Dieu distincte de la vie terrestre qui doit s’achever par la mort.


Pourquoi croire si Dieu n’est pas tout puissant ?

Si Dieu ne contrôle ni la vie ni la mort, à quoi bon perdre son temps à être croyant ? Pourquoi contrôlerait-il plus qui va au paradis ou en enfer ? (Notons que Jésus ne parle que de Royaume de Dieu et de géhenne). Sûrement parce que le message du Christ s’adresse d’abord à nous aujourd’hui pour notre vie terrestre de vivant et nous invite à ne pas nous centrer sur l’après.


Un Dieu anthropomorphique pour un Homme en divinisation

La Genèse nous dit que l’Homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Si l’Homme ne peut pas contrôler la vie ou empêcher la mort dans le corps de naissance (il peut cependant copier le vivant sans savoir pourquoi à l’origine x cellules faisant y donnent un homme viable), Dieu ne le peut pas plus en 2015. Et Il est sûrement très malheureux de son impuissance.


Le mythe du paradis perdu et le cycle de la vie

La Genèse nous raconte que le premier homme et la première femme vivaient dans un jardin avec plein d’arbres fruitiers, notamment l’arbre de la vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. À partir du moment où l’Homme a « connu« , il a perdu la vie éternelle. Sûrement a-t-il compris qu’il était poussière (poussière d’étoile ?) et qu’il retournerait tôt ou tard à la poussière.


Du péché originant (qui nous fait Homme) au péché originé (qui nous constitue Homme)

La mort est-elle la conséquence du péché originel, du fait que deux sagouins aient mangé le fruit qu’on leur avait dit de ne pas manger parce qu’ils ont écouté un serpent qui parle ? Nous sommes ce que nous sommes grâce au péché originant, parce que nous avons librement préféré une vie de travail et de douleur mais une vie d’aventure qu’une vie d’ennui au verger.


La mort n’est pas une punition mais bien la contrepartie de notre vie. Nous pouvons vivre notre liberté (pas tous autant que nous le voudrions) mais il y a un moment où cela s’arrête et nous ne savons pas quand ou pourquoi. Oui, cela sera triste. Oui, cela sera injuste. Mais ce sera la vie, qui par chacune de nos actions, aura influé sur la vie de tant d’autres personnes.

Ensemble, choisissons la Vie !

Du jeûne des catholiques le vendredi saint

Le vendredi saint, jour de la Passion du Christ, la Tradition de l’Église catholique recommande le jeûne alimentaire (qui n’est même pas dans le catéchisme officiel). Paradoxalement, les chrétiens sont invités à la communion eucharistique ce même jour de la mémoire de la mort de Jésus où on a vidé les tabernacles. Cherchez l’erreur…

J’ai appris récemment qu’on demandait (encore) aux jeunes qui se préparent à recevoir le sacrement de confirmation de jeûner le vendredi saint. J’ai mal de voir qu’ils ne se barrent pas en courant, ce qui m’interroge quant à leurs convictions réelles et profondes. Mais nous admettrons qu’ils ne disent rien car ils sont trop polis. Après, chacun fait ce qu’il veut.

Deux lectures des célébrations de la Semaine sainte : le souvenir et l’action mémorielle

L’Église propose tous les ans de « faire mémoire » de la mort du Christ afin de mieux prendre conscience de sa résurrection. Ainsi elle propose de revivre le dernier repas du Christ le jeudi saint et la Passion qui s’achève par la mort le vendredi. Mais aussi de goûter l’absence du Christ lors de l’office des ténèbres du samedi. Enfin de célébrer la résurrection à Pâques.

Non mais allo, t’es chrétien et tu ne sais pas que Jésus est ressuscité il y a presque deux mille ans. Donc sur le fond, ces célébrations ne sont que des commémorations, alors que nous vivons de fait dans le temps de la Révélation. Mais sur la forme, ce n’est pas l’image que l’Église en donne, ajouté au fait que les charismatiques disent « revivre » cette mort chaque année.

Car comment pouvoir communier si le tabernacle est vide, que les veilleuses qui symbolisent la présence du Christ sont éteintes, que les cloches sont arrêtées, que les crucifix sont recouverts d’un voile pourpre ? L’Église catholique déconsidère l’intelligence de ses fidèles en maintenant une communion pour que les croyants puissent « avoir leur messe« .

Cette communion polluée par les clichés ante-Vatican II

En 2015, alors que nos assemblées ne connaissent pas encore toutes la transition des chrétiens de tradition vers les chrétiens de convictions, certaines pratiques passéistes et insensées demeurent. Ce qui m’inquiète étant que les pratiques des traditionalistes prennent parfois le pas sur la raison des croyants de convictions, notamment vis-à-vis de la communion.

Ainsi, pour beaucoup de personnes, manquer les lectures n’est pas dramatique tant que l’on arrive avant l’offertoire. Inversement, pas question de manquer la communion par exemple pour scruter un de nos catéchumènes (personnes qui prépare les sacrements d’initiation). Donc aujourd’hui, la communion se résume uniquement au bout d’hostie fait Corps du Christ.

Oubliés donc la communion dans la prière ou dans le rassemblement, il faut donner à manger le Corps du Christ, uniquement sous la forme de pain. Le vendredi saint, le Christ est mort donc on ne peut pas consacrer d’hosties (ce qui n’est pas logique puisque Dieu – le Père – est toujours là) mais on va quand même communier, parce qu’on a quand même une réserve. Hypocrisie.

De l’incohérence de ne pratiquer qu’un des deux jeûnes

Le jeûne alimentaire consiste à se priver de nourriture pour signifier un manque dans sa vie. Or, puisque l’Homme est à l’image de Dieu, s’il doit souffrir de ce jeûne alors il fait souffrir Dieu. Par contre, si ce jeûne ne dérange pas, soit il n’est peut-être pas nécessaire soit il s’apparente à un régime. En tout cas, il perturbe les cycles habituels et naturels de digestion.

La Tradition de l’Église prône le jeûne depuis 1949 alors que ce n’est qu’une pratique, qui Dieu merci, n’est pas institutionnalisée. Pourtant, les chrétiens revendiquent trop souvent leur jeûne, au contraire de ce que demande Jésus dans l’évangile selon saint-Matthieu (6, 16-18)*. Pire selon moi, ils ne dénoncent pas cette incohérence de l’eucharistie le vendredi saint.

Car si jeûne il doit y avoir le vendredi saint, alors notre démarche pour être sincère doit être complète : soit on jeûne (ce qui n’est pas mon cas) et on s’abstient aussi d’eucharistie (car le Christ est « mort »), soit on ne jeûne pas et si l’Église propose de revivre la Passion du Christ, alors on ne communie pas non plus puisque Jésus est « absent ».


Dans tous les cas, l’Église n’est pas cohérente dans la mesure où elle propose une communion eucharistique un jour où la démarche liturgique devrait l’en dispenser. Après, chacun accomplit la démarche qui fait sens pour lui. La mienne est de ne pas faire jeûne alimentaire mais de respecter le jeune eucharistique.

Mais comment prendre conscience de l’absence de Dieu si on l’impose partout ailleurs. Même Jésus s’est senti abandonné sur la croix (« Mon Père, mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? » – je ne crois pas beaucoup à la récitation du psaume 22) alors que Dieu était toujours là. Évidemment, ne pas communier ce jour revient à se priver un jour par an de communion…


* « Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »

Pour un Carême en conscience sans souffrance

Les chrétiens de 2015 ont une tendance certaine à vouloir faire du Carême l’équivalent d’un « Ramadan chrétien« . C’est à dire une période de 40 jours au cours de laquelle ils se privent pour réaliser l’importance de la place de Dieu de leur vie. Mais si pour l’islam, le mois de ramadan est un mois pour Dieu, pour les chrétiens, c’est toute l’année qui Lui est consacrée. D’où l’importance de ne pas être hypocrite dans sa démarche de Carême.

Je ne suis donc pas tout à fait d’accord avec la vision simpliste mais compréhensible du Carême que nous proposons à nos catéchumènes. Non, cette période n’est pas qu’un temps de combat (qui est permanent) au cours duquel le croyant doit renforcer son partage, son pardon, sa pénitence et sa prière (ce que j’appelle les 4P). C’est plutôt le temps de la prise de conscience des mystères divins que nous sommes invités à placer au centre de notre vie.

Une démarche de l’Église avant d’être une démarche personnelle

Puisque le chrétien n’est pas hypocrite et ne va pas concentrer sa pratique sur 40 jours plutôt que sur l’année entière, alors il va d’abord vivre l’adaptation de son Église qui modifie sa liturgie (règles du culte). Par un choix de textes précis et significatifs, par la pratique de rituels spécifiques et par la récurrence de célébrations dédiées, le croyant est invité à suivre un autre rythme de vie qui le préparent à prendre conscience de l’Amour de Dieu.

Du mystère de l’Amour à l’appel au témoignage

Je considère, en dépit de ce qu’en dit la théologie catholique, qu’il existe trois grands mystères divins. J’entends par « mystère » des faits, relevant de la croyance, qui dépassent notre entendement et que l’on ne peut exister scientifiquement, sans quoi ils ne seraient plus des mystères. Je parlerais donc ici 1) de Dieu 2) de l’Incarnation 3) de la Résurrection avec ce que chacun des mystères nous dit de l’Humanité.

1) le mystère divin : Dieu existe et il nous aime. Pourquoi autrement des gens voueraient-ils leur vie au service de leurs frères ? Le Carême nous invite à témoigner de l’Amour de Dieu (donc par analogie de son existence) et surtout à le mettre en pratique.

2) le mystère de l’Incarnation : Dieu s’est fait Homme et il est venu connaître notre vie. Celle de Jésus racontée dans l’Évangile n’a pas été facile  : il a connu les joies et les peines de tout homme. Mais il était dans l’action et nous invite à nous engager dans ce monde.

3) le mystère de la Résurrection : Jésus a dû mourir pour ressusciter et il nous promet la Vie après notre mort. Il nous invite à ne pas avoir peur de la fin et à lui faire confiance quant à qu’il viendra tous nous chercher. Mais le Royaume de Dieu se construit d’abord ici.

Du rejet de la souffrance

Quelle blessure a dû sentir Dieu lorsque les Hommes ont crucifié son fils ! Lui-même n’a pas pu le sauver sur la Croix et a certainement dû souffrir de voir son fils unique mourir sous ses yeux. De la manière qu’il souffre des malheurs de notre monde contre lesquels il ne peut rien. Pour cela, Dieu ne peut pas nous demander de souffrir encore plus dans notre vie et il nous invite à apaiser les souffrances des autres, comme Jésus a pu le faire de son vivant.

La Carême n’est donc pas un temps de jeûne et d’adoration. Ni un temps de djihad (effort sur soi) comme j’ai aussi pu l’entendre. Il est juste un moment dans l’année que l’Église valorise pour faire mémoire de l’action de Dieu dans nos vies. Un temps au cours duquel nous sommes invités à vivre en conscience notre mission de baptisé (qui reste la même qu’au long de l’année) : célébrer ensemble (prêtre), annoncer l’Amour et la Paix (prophète) et vivre et servir (roi).