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États-Unis d’Amérique : les 8 « swing states » en vue de l’élection présidentielle de 2024

La définition de swing states (états pivot ou états indécis) est éminemment politique, et chaque commentateur utilise en fait ses propres critères qui peuvent donner des résultats très différents, selon qu’il remonte plus ou moins loin, regarde les écarts à l’intérieur des états et prenne en compte les résultats aux élections locales. Les visites et les dépenses des candidats en campagne sont également très regardés et analysés.

Ainsi pour 2024, j’identifie 8 swing states qui sont l’Arizona (11), la Floride (29), la Géorgie (16), le Nevada (6), la Caroline-du-Nord (15), l’Ohio (18), la Pennsylvanie (20) et le Wisconsin (10), au regard des résultats de 2020 et de l’historique depuis 1996.

Ils représentent 125 grands électeurs.

Je considère qu’il y a vraiment deux « nouveaux » swing states à prendre en compte qui sont la Pennsylvanie (20) et le Wisconsin (10), dans lesquels même s’ils sont considérés comme des états favorables aux démocrates et qu’ils ont été remportés par BIDEN, n’ont pas donné de mauvais résultat aux républicains (respectivement 1,2 et 0,7 point d’écart).

Mais j’exclus désormais de cette liste, par rapport à 2016, le Texas (29) et l’Iowa (6) dans lesquels les républicains creusent l’écart avec les démocrates, malgré toutes les actions de campagne.

Je précise cependant qu’un analyste américain, à mon avis, ne considérera pas la Pennsylvanie et le Wisconsin comme des swing states, alors qu’il continuera de considérer le Texas et l’Iowa comme des états pivots.

J’attire enfin l’attention sur le Michigan (16), acquis aux démocrates, mais dans lequel l’écart entre les deux principaux partis se réduit d’élection en élection.

À l’inverse, le Colorado (9) et la Virginie (13) qui ont longtemps été républicains, jusqu’au début des années 2000, semblent définitivement devenues démocrates.

Globalement, la dynamique d’évolution des résultats dans les états-clés reste favorable aux républicains, qui resserrent progressivement les écarts, même si le poids électoral de ces états indécis favorise plutôt les démocrates.

L’évolution démographique, tout comme le choix du prochain candidat à l’élection présidentielle, ne sera pas sans influence sur les résultats dans ces états.

Pour mémoire, les républicains ont 14 états qui leur sont acquis, représentant 105 grands électeurs tandis que les démocrates ont 16 états qui leur sont acquis, représentant 200 à 201 grands électeurs. Il faut 270 grands électeurs à un camp pour remporter l’élection.

Les républicains ont 7 états favorables : l’Arkansas (6), l’Indiana (11), le Kentucky (8), la Louisiane (8), le Missouri (10), le Tennessee (11) et la Virginie-Occidentale (5) qui représentent 69 grands électeurs (105 + 69 = 174).

Les démocrates ont 5 états favorables : le Colorado (9), le Massachussetts (11), le New Hampshire (4), le Nouveau-Mexique (5) et la Virginie (13) qui représentent 52 grands électeurs (52 + 200 = 252).

C’est-à-dire qu’il suffit aux démocrates de remporter un ou plusieurs états indécis représentant plus de 18 grands électeurs pour l’emporter.



 

États-Unis d’Amérique : après TRUMP, les républicains pourront-ils encore gagner une élection présidentielle ?

C’est un peu comme le sujet de l’engloutissement des Maldives. Cela fait soixante ans qu’on en parle de manière alarmiste. Cela se rapproche inéluctablement mais ce n’est toujours pas là. Et même si je pense que le vrai basculement n’aura lieu que vers 2040, la question mérite de se poser : les évolutions démographiques aux États-Unis condamnent-elles les républicains à être désormais minoritaires dans la vie politique américaine ?

L’honnêteté intellectuelle m’oblige d’abord à reconnaître que je me suis bien planté dans une précédente analyse car je ne pensais pas que l’Arizona ni que la Géorgie pourraient basculer dans le camp démocrate, et que je ne les considérais donc pas, plusieurs mois avant l’élection, comme des swing states. Il faut aussi observer qu’un électorat qui ne se déplace habituellement pas s’est pour le coup mobilisés, ce qui ne signifie pas qu’il ne se mobilisera chaque fois.

De même, il va falloir relativiser mon analyse de cet article en observant que les républicains ont creusé l’écart de 2016 en Floride (de 1,5 point à 3,5 points), alors que la part de population hispanique continue d’y progresser. Bref, on ne peut pas penser que tous les hommes blancs qui ne représentent pas 47 % de la population, votent républicains, et que toutes les femmes issues des minorités votent démocrates, comme beaucoup aimeraient à se le représenter.

Ce que j’observe avec cette élection est un renforcement des démocrates dans les états dans lesquels les minorités deviennent une part plus importante de la population ; ce qui se traduit notamment par une réduction de score de TRUMP en 2020 par rapport à 2016 : en Arizona, au Nouveau-Mexique, au Texas et puis en Géorgie et en Caroline-du-Nord. Avec l’exception inverse de la Floride dans laquelle les Hispaniques, Cubains catholiques, sont très conservateurs.

Partant, la question est de savoir si les républicains peuvent encore gagner sans les 5 états précédemment mentionnés, qui représentent ensemble 85 grands électeurs. Or, la réponse est clairement NON, même si le candidat républicain réussit à s’emparer de tous les swing states de la Rust Belt, comme TRUMP a fait en 2016, lesquels sont en plus davantage acquis aux démocrates et avaient été perdus de justesse dans le contexte de la crise sidérurgique.

Pour autant, les démocrates n’auraient pas gagné s’ils n’avaient pas mobilisé tout cet électorat qui s’est levé contre TRUMP davantage que pour BIDEN, lequel ne va pas voter d’habitude. De telle sorte que si réellement, toute la population de chaque état allait voter, sur le seul nombre des minorités plutôt favorables aux démocrates, alors cela fait des années, au moins depuis 2000, que les républicains n’auraient plus pu revenir au pouvoir, et ils l’ont fait deux fois !

Je pense donc que les républicains peuvent encore revenir à court terme, y compris TRUMP en 2024, même si on n’a jamais vu un perdant réussir de la sorte, d’autant plus qu’il provoquerait de nouveau une mobilisation des démocrates contre lui, à cette condition que les démocrates ne se mobilisent pas, et que les équilibres démographiques n’évoluent encore pas trop, et la courbe démographique des minorités va elle aussi finir par se réduire au niveau des blancs.

Maintenant, les républicains peuvent opposer une parade à ce mouvement de l’Histoire qui pourrait d’ailleurs faire l’objet d’un nouvel article : présenter un candidat issu de la minorité, notamment hispanique. Auquel cas, ils pourraient, probablement si le candidat démocrate est aussi issu d’une minorité, se refaire dans certains états, soit du Sud avec un hispanique soit de l’Est avec un afro-américain, avec le problème de lien de l’élection au candidat du moment.

Autre problème de la politique américaine et je m’arrête là, est que le président n’est rien sans son Congrès. Et si les minorités peuvent s’identifier à un candidat au niveau national, il faut aussi qu’elles le fassent au niveau local. Ce qui compliquera de toute façon toujours plus la tâche des républicains, et conditionne finalement la politique à une représentation multi-culturaliste par ethnie, bien loin de l’idéal démocratique des pères fondateurs de la Nation…



Présidentielle américaine 2020 : pourquoi TRUMP peut-encore gagner !

Sur le papier, tout est déjà joué depuis des mois : TRUMP va perdre.

On le sait tous, depuis même avant la crise du coronavirus, quand l’économie américaine se portait alors plutôt bien et qu’on ne connaissait pas encore que BIDEN serait le candidat démocrate.

Et pourtant, comme en 2016, TRUMP peut encore l’emporter, à la loyale, même s’il faut quand même reconnaître que cela semble bien compromis, tant la mobilisation a été forte contre lui ; beaucoup n’ayant pas digéré de s’être trompé en 2016 et qu’il ait gagné malgré eux.


TRUMP peut l’emporter parce qu’il est sortant et que le pays est en crise. Or, les gens sont souvent plus rassurés par les têtes qu’ils connaissent dans les temps difficiles.

TRUMP peut l’emporter parce qu’il a survécu au Covid-19 et que beaucoup peuvent y voir, comme pour BOLSONARO, une signe d’élection divine.

TRUMP peut l’emporter parce que sa base reste soudée autour de lui et qu’il fait le plein dans son électorat. Il a mobilisé les foules dans ses réunions de campagne, alors que la campagne des démocrates a été un échec en terme de mobilisation des masses.

TRUMP peut l’emporter parce que son bilan économique et diplomatique n’est pas si mauvais aux yeux des États-uniens. De plus, TRUMP représente les valeurs de la société américaine, avec ses réussites mais aussi ses défauts.

TRUMP peut l’emporter parce que les déçus de sa politique, qui avaient voté pour lui en 2016 mais n’ont pas obtenu les changements attendus, préfèrent encore son programme à celui de BIDEN. Un exemple est que TRUMP n’a pas réussi à sauver l’industrie du charbon. Mais les ouvriers charbonniers ne vont pas non plus aller voter pour BIDEN qui est carrément contre.

TRUMP peut l’emporter parce que les morts du Covid, et ceux qui ont le plus à critiquer sa gestion de la crise sanitaire, sont démocrates (les plus pauvres). Globalement, les républicains s’en foutent, sauf quand ils ont eu des morts dans leurs familles.

TRUMP peut l’emporter parce qu’il est plus crédible que BIDEN pour relancer l’économie après la crise du coronavirus.

TRUMP peut l’emporter parce que BIDEN ne fait pas envie, et TRUMP a touché dans le juste en fabriquant à son concurrent une image de Sleepy Joe. Les deux ont plus de 70 ans, sauf qu’il y en a un qui fait vraiment son âge.

TRUMP peut l’emporter parce que le parti démocrate reste divisé et que les partisans de SANDERS, et plus généralement de l’extrême-gauche, qui trouvent BIDEN trop centriste peuvent préférer le candidat vert.

TRUMP peut l’emporter parce que les débordements qui ont suivi les manifestations en marge des violences policières ont pu effrayer la population. Or, la question ethnique sera prédominante dans les prochaines années, et des états comme l’Arizona, le Texas ou la Caroline-du-Nord sont en train de basculer à cause des changements démographiques.

TRUMP peut l’emporter parce que les minorités ethniques ne se reconnaissent pas dans Kamala HARRIS, à commencer par le fait qu’elle ne soit pas descendante d’esclave états-unienne. Et puis que BIDEN a derrière lui quelques votes défavorables aux minorités.

TRUMP peut l’emporter parce que les minorités ne vont encore pas se déplacer pour aller voter, parce qu’elles ne croient plus dans la politique. Même le vote par correspondance, quoiqu’il en prétende, peut davantage lui être favorable, notamment en Floride. Après, c’est mort quoiqu’il arrive pour lui en Californie.

TRUMP peut l’emporter parce que la très forte participation est un avantage pour lui et la marque que c’est son électorat qui se déplace en réaction à la mobilisation des démocrates.

TRUMP peut l’emporter parce que les républicains qui le contestent sont très minoritaires. La plupart de ceux qui ne voulaient pas voter pour confirmer la juge Amy CONEY BARRETT sont quand même rentrés dans le rang.

Enfin, TRUMP peut aussi l’emporter parce que le système indirect favorise légèrement les états peu peuplés qui sont généralement républicains. Ainsi, il pourrait bénéficier d’une très légère avance nécessaire à sa victoire.


Au final, BIDEN peut et va sûrement gagner mais de manière beaucoup plus serrée que prévu ; principalement parce que comme souvent, ceux qui ne se prononcent pas dans le sondage sont en fait des électeurs républicains.

Par contre, ce sera toujours une victoire de BIDEN par défaut, parce qu’il y avait TRUMP en face de lui. De même, les élections locales devraient porter des démocrates dans une optique de faire barrage à TRUMP s’il devait être réélu.

Encore une fois, les médias français se sont montrés complètement pro-démocrates. Pourtant, l’intérêt de la France est davantage d’avoir un président républicain, isolationniste et mauvais pour son pays, qu’un démocrate méprisant qui n’a rien à faire de la France…

Pour finir, je pense que TRUMP s’il perdait en 2020, bénéficie d’un tel soutien au parti républicain, qu’il pourrait remporter la primaire présidentielle en vue de 2024, s’il voulait se représenter et accomplir son deuxième mandat. En tout cas, la société américaine n’a jamais été aussi fracturée et bipolarisée ; et j’affirme que les démocrates en sont plus responsables.


Iconographie issue du Journal du Dimanche présentant les sondages à 48 heures du vote – © Tous droits réservés



Pour en finir avec le procès en illégitimité de l’élection de Donald TRUMP en 2016

À l’occasion des élections américaines de mi-mandat, les différents médias ne cessent de rappeler que TRUMP a été devancé par CLINTON de près de 3 millions de voix, ce qui sous-entend qu’il serait illégitime. Or, le système américain des grands électeurs est justement intéressant, d’un point de vue démocratique, parce qu’il contrebalance les effets sociologiques de regroupement de population par affinités et niveau de richesse.

Du point de vue du système électoral états-unien, TRUMP a gagné. Il faut donc arrêter de vouloir imposer partout notre système français si démocratique que LE PEN, MÉLENCHON et DUPONT-AIGNAN font 45 % des voix au premier tour de la présidentielle, mais qu’ils n’ont ensuite que 6 % des députés à l’Assemblée… On devrait surtout s’interroger sur la concentration des bourgeois friqués et sur la ghettoïsation des immigrés qui provoquent ces résultats !


Pour comprendre la carte :

En rouge foncé, les états où TRUMP a obtenu plus de 30 % d’avance sur CLINTON,

En rouge clair, ceux où TRUMP a obtenu plus de 20 % d’avance sur CLINTON,

En rose, ceux où TRUMP a obtenu plus de 10 % d’avance sur CLINTON,

En jaune, les états où le score s’est joué à moins de 2 % entre les deux favoris

En bleu pâle, les états où CLINTON a obtenu plus de 30 % d’avance sur TRUMP,

En bleu turquoise, ceux où CLINTON a obtenu plus de 20 % d’avance sur TRUMP,

En bleu foncé, ceux où CLINTON a obtenu plus de 10 % d’avance sur TRUMP,

En gras, le nombre de grands électeurs de l’état.


L’enseignement majeur de cette carte est que les états dans lesquels les démocrates sont très majoritaires (plus de 20 % d’avance sur les républicains) sont plutôt des états très peuplés, comme la Californie ou New-York, ce qui se traduit par un grand nombre de grands électeurs ; et que les états dans lesquels les républicains sont très majoritaires (plus de 20 % d’avance sur les démocrates) sont des états assez peu peuplés, avec 5,6 grands électeurs en moyenne.

De telle sorte qu’à chaque scrutin, les démocrates sont en principe assurés d’obtenir un minimum de 117 grands électeurs, sur les 270 qu’il faut obtenir pour être élu, tandis que les républicains ne sont normalement garantis d’en avoir que 79. On observe donc bien ici une concentration des électeurs démocrates entre eux dans certains états localisés de l’Ouest et du Nord-Est, tandis que l’électorat républicain est beaucoup plus diffus dans la population.


Pour autant, la victoire de TRUMP relève bien d’un large mouvement populaire de fond, lequel se traduit par le fait qu’il a emporté la plupart des états clés indécis, les fameux swing states, souvent de justesse, à quelques dizaines de milliers de voix près. Car son discours économique protectionniste et anti-système a davantage su rassurer les ouvriers de la Rust Belt que le programme de CLINTON, héritière des échecs d’OBAMA, lui-même élu grâce à ces états.

Or, ce sont les seules voix de ces ouvriers industriels, minoritaires mais traditionnellement acquis aux démocrates, et qui auraient pourtant voté Bernie SANDERS, qui ont manqué à CLINTON. Et les analystes et les politologues, qui sont du système donc croient le connaitre, ne comprennent toujours pas qu’à cause de l’immigrationisme et du libéralisme des démocrates, ces gens aient pu aller voter pour TRUMP, alors que le parti républicain est celui du patron !

La France vit ce même mouvement, avec des socialistes qui à force de défendre l’immigration et de céder à la finance donc d’abandonner leurs usines, ont vu leur électorat ouvrier partir au Rassemblement national. Et les Français de droite, comme les États-uniens démocrates n’ont toujours pas compris que JUPPÉ aurait gagné face à MACRON grâce à sa ligne centriste, comme SANDERS aurait gagné face à TRUMP grâce à sa ligne anti-système, mais plus à gauche.


On peut donc toujours trouver injuste que ne participent au vote final que les seuls grands électeurs issus du parti arrivé en tête, ce qui est une règle qui n’est globalement pas contestée en dehors des périodes d’élections ; il suffirait en fait aux démocrates de mieux se répartir sur le territoire pour l’emporter puisqu’ils sont effectivement majoritaires en nombre.

On peut d’ailleurs repenser à toutes ces études parues dans les années 2000 et tendant à prouver que l’immigration allait permettre aux démocrates de s’emparer définitivement des différentes places du pouvoir américain. La preuve en est que non, grâce à ce système, et en cela, il me paraît tout autant démocratique que le vote populaire.

On rappellera enfin que TRUMP, qui aura quand même remporté 30 des 50 états, est quand même le quatrième président à être élu sans la majorité des suffrages populaires, et que même si ce système favorise les républicains, il n’empêche que ces derniers arrivent à être majoritaires à la Chambre des représentants, même sans jerrymandering, là encore parce que dans les districts, les démocrates sont plus concentrés entre eux, que les républicains !