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L’Église catholique et les jeunes, en France et en 2018

À l’approche du Synode des jeunes, je voudrais réagir par rapport à nombre de lieux communs qu’on peut entendre de part et d’autres.

Bien sûr que les jeunes chrétiens se désintéressent de la religion ; on pourrait même dire les jeunes croyants, à l’exception notable des musulmans, en tant que la religion comprend chez eux un volet culturel et identitaire, qu’il n’y a plus en France du fait de la séparation de l’Église et de l’État, ce qui n’existe pas pareillement en terre d’islam, où le religieux influe le politique.

Mais vouloir se rassurer, en affirmant que si les jeunes chrétiens ne sont pas à la messe, heureusement qu’ils sont aux JMJ (Journées mondiales de la jeunesse) ou au FRAT (Fraternel), ou dans des mouvements et services chrétiens, est encore une excuse pour l’Église, afin d’éviter aux chrétiens de s’intéresser aux jeunes en détournant le regard ailleurs !

De la même manière que dire que si les jeunes ne sont plus chrétiens, c’est uniquement à cause des positions de l’Église sur la sexualité, la contraception, l’avortement, est très réducteur. Et traduit généralement notre propre difficulté à appréhender ces sujets, et à penser qu’on ne peut pas s’opposer à l’Église tout en reconnaissant la valeur de son message.

Non pas que le Christ soit absent des JMJ et autres associations chrétiennes, quoique… Mais il n’est pas possible d’être chrétien sans la messe, en tant qu’elle est le lieu du rassemblement et du partage de la Parole et de ce pain qui matérialise le signe de notre unité. Donc, il est réellement inquiétant que les jeunes n’aient plus le sens de la messe.

Et dans le même temps, on peut parfois les comprendre, quand la messe est pénible. Que le prêtre sermonne de moraline, non sans s’écouter parler pendant parfois 20 minutes. Que les chrétiens ne s’accueillent pas, ne se parlent pas, et sont juste là par peur de la mort, en se disant qu’une heure max pour le Seigneur est la bonne équation pour le salut.

J’entends régulièrement les « vieux » dire qu’ils sont prêts à écouter les jeunes, à se laisser ébranler ou interpeller. C’est faux ! Du moins, je ne l’ai jamais vérifié à l’échelle d’une paroisse. Ce sont toujours ces vieux qui pensent pour les jeunes, et s’étonnent que ça ne fonctionne pas, alors que cela fonctionnait avec eux… il y a des dizaines années.

Pour autant, les jeunes chrétiens sont loin d’être les petits anges qu’on aime à se représenter. Beaucoup, Trop, n’ont pas de réflexion personnelle affutée, et se contentent de défendre un point de vue, en recrachant des arguments, qui tombent plus ou moins juste, et s’inscrivent dans une logique philosophique qui est parfois contradictoire car irréfléchie.

Par exemple, le débat politique récent porte beaucoup sur les question d’éthique et de famille. Or, certaines prises de position tendent à montrer que ces mêmes jeunes n’ont pas conscience du milieu dans lequel la religion les inscrit, et s’arrangent finalement de leur foi, au nom d’un politiquement-médiatiquement correct, qu’ils se refusent trop souvent de défier.

La spiritualité des jeunes doit nous poser question. Pourquoi ce regain d’intérêt pour la prière déresponsabilisante ? Pourquoi cet attrait pour les communautés évangéliques nouvelles ? Non pas là non plus que le Christ y soit absent, mais qu’on s’éloigne toujours plus de l’action évangélique de Jésus, et de cette grande communauté familiale qu’est l’Église.

Alors quelle « Église » attendent-ils ? On pourra employer tous les qualificatifs pour désigner une politique qui évoluera forcément. Mais ne faudrait-il pas plutôt une Église qui laisse libre, tout en proposant le cadre de l’Évangile et les repères que sont la Tradition (à comprendre dans un sens moderne) ? Et les chrétiens actuels s’en défient, et ferment plutôt la porte…

Tant que l’Église prétendra que les jeunes construisent le monde de demain (alors qu’ils bâtissent déjà celui d’aujourd’hui), et qu’on ne leur laissera que l’avenir (alors qu’il faudrait déjà s’occuper du présent), ne nous étonnons pas que nos églises se vident. Car c’est nous qui fermons les portes et empêchons l’inclusion des nouveaux, jeunes et moins jeunes !



Ma réponse à Yuval Noah HARARI sur les religions au XXIe siècle

Dans une interview au Point du 31 août 2017, le chercheur transhumaniste Yuval Noah HARARI, dont MACRON assure la publicité, dit ceci, que je souhaite nuancer :

« La religion est toujours très importante pour unir des gens et créer des conflits. Mais c’est tout ! Le « retour de Dieu » est un mirage, car les monothéistes n’ont plus rien à nous dire sur nos vies modernes. Que préconisent la Bible et le Coran sur l’intelligence artificielle ou la génétique ? Vous trouverez toujours des exégètes pour soutenir n’importe quelle position sur ces questions, mais il n’y a aucune vraie réponse dans ces textes sacrés, et pour cause. Ces religions ont depuis longtemps cessé d’être des forces créatives pour devenir des forces réactives. D’où pensez-vous que viendront les grands changements du XXIe siècle : de l’État islamique, qui ne fait que recycler de vieilles histoires, ou de la Silicon Valley ?

Tout d’abord, je pense qu’il convient de signaler, à la lecture de l’interview complète (7 pages) que le chercheur ne croit plus en l’Homme tel que nous sommes, mais veut idéologiquement le dépasser, donc qu’il n’y a pas de dialogue possible.

Alors, on peut, comme les rationalistes du XIXe siècle, dire que l’Homme sera plus intelligent une fois débarrassé des religions, mais c’est faux, et les Hommes seront tout autant irrationnels, avec toujours ce besoin de transcendance, donc ce besoin de religion.

Un Homme cherchera toujours à se dépasser, ou à s’améliorer. Et le jour où il ne le fera plus, c’est qu’il sera devenu une machine, car la machine applique un programme indépassable, qui tant qu’il ne peut pas s’améliorer lui-même, ne conçoit pas qu’il y ait meilleur qu’elle.


La religion est toujours très importante pour unir des gens et créer des conflits.

Un bon truc pour flinguer les religions est de commencer par les rendre responsables des guerres, alors que c’est presque toujours l’argent qui est derrière cela, et que Daech n’est par exemple qu’un groupe qui cherche l’enrichissement et qui se contrefout de la religion.

Je veux ici rappeler qu’on peut être religieux sans être belliciste.

Et dans le même temps, l’auteur qui prévoit l’invention d’une techno-religion, le dataïsme, ne peut donc pas imaginer qu’elle dure sans guerre.

Donc son Homme du futur, amélioré, est toujours aussi bidon que l’Homme actuel.


Le « retour de Dieu » est un mirage, car les monothéistes n’ont plus rien à nous dire sur nos vies modernes.

La Bible commence sur cette question de Dieu : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Le Nouveau Testament rajoute une idée d’amour aux relations humaines : « Tu aimeras ton prochain comme toi même ».

Même si les réseaux sociaux et autres évolutions ont réussi à nous diviser, et à nous isoler, nos vies modernes ne peuvent pas (encore) se passer des autres.


Que préconisent la Bible et le Coran sur l’intelligence artificielle ou la génétique ? Vous trouverez toujours des exégètes pour soutenir n’importe quelle position sur ces questions, mais il n’y a aucune vraie réponse dans ces textes sacrés, et pour cause.

En toute sincérité, ne s’intéressent à ces questions que les milliardaires de la Silicon Valley et d’ailleurs qui n’ont jamais eu à travailler donc à s’abîmer, et qui ne sont pas préoccupés par les soucis du quotidien.

À quoi bon vouloir améliorer l’Homme si on ne veut pas améliorer le monde ? Un Homme amélioré restera un connard et continuera de détruire la planète…


Ces religions ont depuis longtemps cessé d’être des forces créatives pour devenir des forces réactives.

Qu’on le veuille ou non, les religions créent des liens sociaux.

Mais oui, elles s’opposent aussi à certains changements qu’elles jugent néfastes.

Est-il vraiment néfaste de dire qu’on pourra toujours faire mieux que l’Homme, et qu’il n’y a pas vraiment d’utilité à créer des robots qui lorsqu’ils nous percevront comme des choses inutiles voire néfastes nous écarteront ?


D’où pensez-vous que viendront les grands changements du XXIe siècle : de l’État islamique, qui ne fait que recycler de vieilles histoires, ou de la Silicon Valley ?

L’auteur compare ici deux choses incomparables. L’État islamique est en soi une start-up qui a réussi, créé sur le modèle de celles de la Silicon Valley. Elle est d’ailleurs peut-être un avenir économique.

Mais le principal changement du XXIe siècle ne pourrait-il pas déjà être qu’on arrive à vivre ensemble, et peut-être même que cela ne viendrait pas de la Silicon Valley ?


En conclusion, je pense que les religions ont leur place dans la société moderne, et qu’elles ne sont pas incompatibles avec la recherche scientifique. Mais que basées sur l’Homme, c’est aussi normal qu’elles s’inquiètent du progrès lorsqu’il veut créer un Homme qui n’est plus humain…



 

La Ville de Savigny-sur-Orge ne reconnaît pas tous les cultes sur son site

Petite surprise en consultant le site de la Ville de Savigny-sur-Orge : les cultes des musulmans, des Témoins de Jéhovah et des adventistes du septième jour (protestants) ne sont pas mentionnés. Pour autant, Monsieur le maire avait très bien su trouver le chemin de la salle de prière des musulmans de Savigny après les attentats du 13 novembre 2015… Est-ce donc là une erreur manifeste (et répétée), ou un oubli délibéré ?

Dans la mesure où je considère les Témoins de Jéhovah comme une secte, donc que le terme de culte me semble effectivement inapproprié, je cautionne qu’ils ne soient pas mentionnés sur cette page. Je suis pour autant dérangé que ne soient référencés ni les musulmans de Savigny ni les adventistes. Car soit on a peur de ces religions, et des dérives qu’elles peuvent avoir, et on les fait interdire, soit on les reconnaît comme telles et on les place à égalité avec les autres.

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Je trouve la page actuelle très « politiquement correcte » : des catholiques parce que c’est encore la religion la plus active en France, et à Savigny ; des protestants (mais les plus structurés) par rapport à l’Histoire de la Réforme ; et des juifs parce qu’il y a historiquement une forte communauté implantée à Savigny. Mais on dégage assez vite les religions qui peuvent faire plus polémiques : les musulmans ( = attentats = terrorisme) et les adventistes (= illuminés = fous).

Mais peut-être et sûrement que ce débat pose la question de la légalité des installations immobilières de ces religions en terme de sécurité et d’accueil de public. Dans ce cas, quelle est la responsabilité de la Ville en cas d’incident ? Peut-on et doit-on laisser des gens en danger, au prétexte qu’ils exercent une activité religieuse, et que la République est laïque ? Je n’ai pas de réponse à cette question, même si je préfère sincèrement cet état de fait à des prières de rue.

Deux arguments s’opposent : vaut-il mieux par exemple un « islam des caves » (dont il faudrait encore prouver tant l’existence ou l’inexistence à Savigny) sans reconnaissance officielle (ce qui ne veut pas dire sans surveillance de la DGSI), ou une structure visible (sur le site) qui rassemble les musulmans à découvert, quitte à ne pas totalement respecter la Loi ? C’est principalement pour répondre à ce genre de questions sensibles que le rôle d’un maire est compliqué.

L’hypocrisie collective est d’autant plus grande, dans la situation des musulmans, que c’est du fait des prières du vendredi ou des grandes fêtes religieuses que la rue des Prés-saint-Martin est difficilement praticable, sinon pour se garer. La Police municipale comme le maire ont plusieurs fois été saisis mais ne répondent pas. Or, comme les musulmans rassemblent beaucoup plus de fidèles que les israélites ou les protestants, la Ville sait mais elle se tait.

Alors pour aider le webmestre du site de Savigny, nous pouvons au moins lui donner l’adresse des deux lieux de culte absents. Cela ne l’empêchera toutefois pas de devoir chercher plus avant pour au moins attribuer un numéro de téléphone voire un contact informatique à ces lieux.  Et même si nous ne sommes pas d’accord avec ces religions, c’est une question de respect et de politesse républicaine que de les mentionner et de les référencer, ce que je fais là.

– la salle de prière musulmane est située au 31 rue des Prés-saint-Martin,

– la salle de prière des adventistes est située au 11 rue de Viry.



Un pacte de fraternité signé par les principaux monothéismes essonniens

À l’issue du colloque « Liberté de pensée et liberté religieuse : la place des croyants dans la cité« , les trois principaux monothéismes présents en Essonne (juifs, chrétiens et musulmans) ont signé un « pacte de fraternité » pour « construire la paix« . La signature interreligieuse a eu lieu le dimanche 17 avril 2016 au Conseil départemental de l’Essonne, en présence des représentants officiels des croyants du Département.

Alors je devrais être heureux de la signature de ce pacte, mais en réalité, je n’y crois pas. Non pas parce que je pense que les signataires ne sont pas sincères dans leurs démarches. Mais plutôt parce que beaucoup de croyants ne se reconnaissent pas dans les autorités religieuses qui ont procédé à cette signature. Ensuite, ce n’est pas de dire et de répéter qu’on veut faire la paix en sautant sur sa chaise, qui va réellement provoquer la paix…


Sur la représentativité des autorités

Pour les chrétiens, c’est structuré donc c’est la parole de l’évêque qui fait loi. Pour les juifs, Michel SERFATY est reconnu par les modérés. Mais je pense que vous ne ferez pas admettre aux juifs orthodoxes qu’il est leur rabbin (par exemple à ceux de Savigny). Quant aux musulmans, Khalil MERROUN a autorité sur les mosquées essonniennes et ceux qui les fréquentent. Mais juridiquement pas, par exemple, sur les musulmans de Savigny.


Sur la sémantique de ce pacte d’avenir (et le présent ?)

Je découvre le « racisme anti-musulman » ; je ne savais pas qu’être musulman était une race. Je déplore encoure une fois qu’on mette au même niveau l’antisémitisme, le racisme et la haine. Je suis gêné par l’emploi du mot « éducation » parce que même en connaissant l’histoire joyeuse ou douloureuse des liens interreligieux, cela ne change pas la relation nouvelle qui existe et s’invente en 2016 en Essonne, avec des références comme celle du conflit israélo-palestinien.


Sur la vision des religions

C’est bien de vouloir donner une belle image à la société. Mais peut-être devrions nous commencer par former nos croyants ? Et pas aux religions théoriques, mais aux religions telles qu’elles se pratiquent effectivement. Par exemple, sur l’islam, arrêtons dès lors de toujours crier que l’islamisme n’est pas l’islam quand c’est malheureusement une forme d’islam que nous savons présente en Essonne avec notamment des salafistes dont des Frères musulmans.


Provoquer le dialogue

J’adhère pleinement à l’esprit de ce pacte. Toutefois, je constate dès que je veux dialoguer, soit que je ne trouve pas d’interlocuteurs, soit que nous nous connaissons si bien ou si mal que nous n’avons rien à nous dire sinon des banalités. Et généralement, ça finit qu’on arrête avant de se disputer sur une controverse théologique qui ne peut que nous séparer. Une résolution peut être de créer des lieux de dialogue, qui soient par exemple numériques notamment !


Je n’aime pas la politisation du pacte

Si la République était réellement laïque, elle ne prendrait pas part dans la signature de ce pacte, ou alors, elle le ferait par l’intermédiaire du Préfet. Est-ce de l’action sociale ; je ne vois pas quelle compétence de François DUROVRAY, comme président du Département, cela vient-il chatouiller pour nécessiter son graffiti personnel. De là à penser qu’il a accepté pour faire des photos et dire qu’il agit pour la paix, il n’y a qu’un pas que je franchis d’un bond.


Pour retrouver le texte du pacte sur un plus grand format :

Pacte-fraternité-2016

Cliquez dessus pour agrandir


Maintenant, il ne nous reste plus qu’à vivre ce pacte, sans pour autant croire que tout va aller mieux parce qu’il a été signé. Car ce n’est pas le premier ni le dernier à être passé entre trois bons copains religieux qui eux, n’ont aucun problème à vivre ensemble. Non, la vraie difficulté peut exister à la base, surtout quand la politique vient s’y mêler. Montrons nous optimistes et commençons donc par parler de ce (ou Celui) qui nous rassemble : Dieu ?