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Comprendre la défaite de Nicolas SARKOZY en 2012 : immigration, identité et débat raté

En 2007, Nicolas SARKOZY triomphait avec 53,06 % des voix (18 983 138 voix) après une campagne qui lui semblait irrésistible. En 2012, Nicolas SARKOZY perd l’élection avec 16 860 685 voix (soit 48,36 %). Une seule question se pose : où sont passés les 2 122 453 voix de 2007 (Non, ce ne sont pas que des vieux qui sont morts entre temps).

En 2012, ce n’est pas HOLLANDE qui a gagné, mais c’est SARKOZY qui a perdu. L’analyse sociologique des résultats de l’élection tend à nous montrer que deux grandes catégories de votants ont fait défaut à Nicolas SARKOZY en 2012, par rapport à 2007 : l’électorat du FN (qui se retrouve en partie dans les 2 154 956 votes blancs et nuls), et les Français « issus » de l’immigration qui l’ont massivement boudé. 1 139 316 voix ont fait la différence.

L’exemple des musulmans en France

Selon l’IFOP (lire le rapport), en 2007, 20 % des musulmans de France avaient voté Nicolas SARKOZY au second tour (ils avaient été 26 % à choisir la droite au premier tour), tandis qu’ils n’étaient plus 14 % en 2012 (contre 19 % au premier tour en comptant BAYROU). La présence continue au Gouvernement de filles de Harkis de l’Algérie française (Rachida DATI, Jeannette BOUGRAB, Nora BERRA) n’aura donc profité à Nicolas SARKOZY.

Le cas des Frontistes

Selon l’IPSOS, seuls 51 % des Frontistes ont voté SARKOZY en 2012 (contre 63 % en 2007). Le non-aboutissement du programme de 2007 du président-candidat en matière de « lutte » contre l’immigration (autrement écrit de fermeture des frontières) et l’absence de conclusion du débat sur l’identité nationale, qui n’excluait pas de facto les Français issus de l’immigration de la communauté nationale, ont fortement joué contre lui.

SARKOZY aurait-il pu gagner en suivant la ligne dure de Patrick BUISSON ? Je le pense.

Alors qu’en janvier 2012, HOLLANDE était encore crédité de 58 % d’intentions de vote au second tour, ce dernier n’a fini qu’avec 51,46 %. En cause, la stratégie « buissonnienne » de Nicolas SARKOZY qui lui a permis d’aller capter l’électorat FN qui se détournait de lui. Mais dix semaines de « buissonnades » n’auront pas été suffisantes tandis que parmi les 6 millions d’électeurs de Marine LE PEN, 3 autres millions auraient pu rejoindre SARKOZY.

Le petit prince de sang-mêlé

De 2005 à 2007, Nicolas SARKOZY a travaillé son image de Français issu de l’immigration, ayant souffert des brimades de ses camarades neuilléens intolérants : celle du petit Hongrois SARKOZY DE NAGY BOSCA également petit-fils d’un marchand juif de Salonique. La diversité de ses soutiens séduits par ce discours et ayant disparu en 2012 est une preuve de la portée que ce message a connu : Faudel, Miss Dominique, Doc Gynéco, Enrico MACIAS, Charles AZNAVOUR.

Et puis le débat sur l’identité nationale…

Sujet hyper casse-gueule lorsque des Indo-européens romanisés ayant pris le nom de la peuplade Batave qui les a envahi au Ve siècle se mettent à réfléchir sur qui ils sont. D’un côté les multiculturalistes : la France de ceux qui se reconnaissent dans les droits de l’Homme. De l’autre, la France des Français blancs catholiques. En plus d’avoir fait douter les Ultra-marins de leur appartenance à la communauté internationale, on n’a pas tranché la question.

D’où les déceptions multiples dans tous les camps

Les intellectuels se sont donc déchirés sur la question, entrainant à leur suite les réflexions de comptoirs et de bazars allant du saint-simonisme (le Français moderne est un métis) à la réaction la plus naïve (« on n’est plus chez nous »). Au final, les Français issus de l’immigration ont « compris » qu’ils n’étaient pas vraiment Français et ne le seraient jamais (dans le débat). Et les fachos qu’on ne virerait pas les Français étrangers ni n’arrêterait l’immigration.

Un livre qu’on ne veut plus lire

Le débat a cessé de s’alimenter entre 2010 et 2011. Depuis, les scores du Front national ne font que progresser et les propos discriminatoires de multiplient en France. En cause, une page blanche avec beaucoup de lecteurs qui veulent connaître la suite de l’Histoire. Sauf que cet ouvrage est scellé et que ceux qui veulent le desceller ne sont plus dans une optique de débat mais d’écrire la suite de l’Histoire, que l’on ne connaît pas. Que faire alors ? Je ne sais pas.

Pourquoi cette question de l’identité est si importante ?

La mondialisation a connu un nouvel élan avec Internet. Désormais, à peine quelques dixièmes de secondes sont nécessaires pour communiquer avec une personne à l’autre bout du monde. Or, toutes ces évolutions dépassent très largement l’entendement d’une personne née sans ces outils car nous n’avons pas fini de nous adapter à ces nouveaux schémas mentaux qui créent une insécurité par rapport à nos repères. Donc nous nous sécurisons comme nous pouvons.

Pour finir, des raisons diverses de la défaite de SARKOZY

Il faut voir que la progression du FN créé un réservoir de voix qui ne se répartiront pas au deuxième tour puisque la consigne était l’abstention. Au contraire de 2007, l’ensemble des partis d’extrême-gauche ont appelé à voter pour le candidat socialiste. Enfin, les Français en avaient marre du président bling-bling et sa storytelling, même au côté de Carla BRUNI, n’émouvait plus personne.


En conséquence, alors que l’extrême-droite progresse de plus en plus et captera des voix à la droite qui ne se reporteront plus sur elle au deuxième tour, il serait peut être temps que l’UMP et les différents partis de droite (mais c’est aussi valable pour la gauche) se positionnent sur ces thèmes que sont l’identité et l’immigration, et qui sont CONFISQUÉS par le Front national qui est le seul à apporter de mauvaises réponses à cette question légitime de « Qui sommes nous ? »

L’inconstance du MODEM de Savigny-sur-Orge

Le MODEM pour Mouvement démocrate (et non pas le PD qui aurait été politiquement incorrect) est ce parti fondé en mai 2007 pour capitaliser sur les 6 820 000 électeurs (18,57 %) qui ont fait le choix de François BAYROU lors de l’élection présidentielle de 2007. Sauf que ce dernier ne doit son score qu’au rejet à gauche de Ségolène ROYAL et à droite de Nicolas SARKOZY. Bref, il était juste une alternative.

Pendant la campagne présidentielle de 2007, ROYAL et BAYROU s’étaient alliés. Le mieux placé des deux devait choisir l’autre comme Premier ministre tandis que le troisième candidat devait appeler à voter pour lui. Lundi soir après le premier tour, BAYROU revient sur son engagement. Il est persuadé qu’il fera mieux tout seul par la suite à la tête d’un grand parti centriste. Une idée fortement insuffle par Marielle DE SARNEZ, qui est la vraie tête pensante du MODEM.

Leur fond de commerce de 2008 à 2013 : l’antisarkozysme

En politique française, les alliés ne servent à rien et sont plus encombrants qu’autre chose. Le MODEM ne pouvait être l’allié de SARKOZY, il fut donc son ennemi. Sauf qu’à taper en permanence sur la droite, l’électorat UDF (centre-droit) en a vite eu marre et s’est dépêché d’aller rejoindre le Nouveau-Centre. Ainsi, le MODEM est revenu aux scores globaux de l’UDF après la création de l’UMP : 6 %. Ne restait plus qu’un centre gauche à satisfaire.

BAYROU se met alors à rêver de devenir le Parti démocrate américain. Aux régionales de 2010, il présente en Île-de-France un chef d’entreprise dynamique Alain DOLIUM comme le « Barack OBAMA français ». Mais les scores ne suivent pas, jusqu’à la catastrophe de 2012 qui sonnent le glas : 3 275 000 électeurs (9,13 %) et 2 députés. La faute surtout, pour ce dernier résultat à une annonce personnelle de BAYROU, prise comme une consigne qu’elle était, de voter HOLLANDE au second tour. Il sera « le tombeur de SARKO ». La même trahison que CHIRAC en 1981.

Face à ces scores, la jeune giscardienne Marielle DE SARNEZ décide alors que le MODEM doit rentrer à la maison. Elle lance en 2013 un rapprochement avec sa vraie famille devenue entre-temps l’UDI, abandonnant lamentablement le centre-gauche. Ensemble, UDI et MODEM conviennent d’alliances pour les Européennes au sein de l’Alternative. Mais de soutiens locaux à des candidats de la droite, comme de la gauche, aux municipales de 2014. Ainsi, le MODEM suit le vent de ses intérêts et il y a quand même des électeurs qui suivent… Sûrement ceux qui voient en BAYROU un homme d’État alors que son action de ministre a toujours été contestée… Peu importe les convictions fédéralistes européennes allant contre la France et la Nation.

Le MODEM de Savigny est-il un parti prostitué ? (et non pas de prostitués !)

À Savigny, le MODEM local est tout d’abord dirigé par François DAMERVAL, l’ancien assistant parlementaire de Corinne LEPAGE. Cette dernière qui suit aussi le vent de ses intérêts a été vice-présidente du MODEM avant d’en démissionner et de rejoindre des candidats PS, elle l’ancienne ministre d’un gouvernement RPR. À noter que Mme LEPAGE a tenté sa chance aux européennes de 2014 avec un parti dit « citoyen », pour innover, alors qu’elle était juste en mal de rebond politique.

DAMERVAL est opposé à la politique de Jean MARSAUDON et il rejoint la liste de David FABRE, alors candidat PS. MARSAUDON gagne de 14 voix et c’est le MODEM DAMERVAL qui va porter un recours juridique pour faire invalider l’élection. (Certains PS diront que c’est FABRE qui l’a écrit.) Le MODEM savinien a donc un passé et un passif avec la droite, d’autant que la conseillère municipale MODEM Béatrice TERRES siège dans l’opposition avec le PS. À noter aussi que le responsable MODEM de circonscription, Alain VILLEMEUR, est clairement à gauche.

Mais en 2014, le MODEM investit Jean-Pierre LUBAT pour mener les négociations à Savigny. Et il se tourne naturellement vers l’UMP d’Éric MEHLHORN, rejetant alors l’UDI de Laurence SPICHER-BERNIER. Sur quelles convictions ? On ne les connaît pas. Le MODEM local n’est même pas fichu de tenir un blog ou une page Facebook ! Toujours est-il que le parti du tombeur de SARKOZY, ennemi de MARSAUDON qu’ils ont tenté de démettre, est aujourd’hui « allié » à l’héritier MEHLHORN choisi par la dernière veuve de celui-ci et une commission départementale UMP qui n’y croyait pas, où à défaut voulait juste un soldat.

Le MODEM et la solidarité municipale

Aujourd’hui, ils sont deux élus au MODEM ; Jean-Pierre LUBAT s’étant mis en position inéligible en 39ème place sur la liste UMP-DLR-MODEM. Là encore, ils n’ont aucun problème à siéger avec Debout La République alors que les deux partis s’envoient régulièrement des piques et qu’ils ne partagent pas les mêmes visions globales sur l’Europe par exemple mais aussi locales. Enfin, ils siègent quand ils sont là… Ce sont Christophe GUILPAIN et Mathieu FLOWER. Le premier est aussi conseiller communautaire et élu de la CALPE (l’agglomération).

Les deux ne pèsent rien et n’ont aucune consistance. GUILPAIN ne cesse de se plaindre qu’il est fatigué par son travail et qu’ils ont tout à faire à Savigny. Il est sûr que leur campagne s’est surtout basée autour du serrage de pognes et moins sur l’étude des dossiers pourtant accessibles. Il ne connaît surtout pas grand chose à Savigny. Il me disait à son deuxième conseil municipal que c’est scandaleux que l’épicerie sociale thésaurise.

1. Sait-il où elle est ? Sait-il comment elle fonctionne ? (Sur 32 semaines ; on bouffe comment les 20 autres ?)

2. Connaît-il la qualité des produits délivrés aux Saviniens ? A-t-il comparé comme moi avec l’épicerie sociale de Viry-Châtillon ?

3. Le grand libéral peut-il imaginer qu’avec un peu d’économies puisqu’il ne veut pas augmenter la subvention, il sera possible d’acheter des produits plus chers telles des couches ?

FLOWER se contredit dans ses propos. Il s’enferme dans une solidarité municipale que l’UMP ne leur rend pas. Il va contre ses convictions qu’il étouffe mais ne s’en rend même pas compte. Sûrement ne veut-il pas voir qu’il est juste une caution. J’en dis que tout est force de volonté et qu’il n’en a pas. Toujours est-il qu’à Grand-Vaux, on ne lui pardonne pas son action auprès des bailleurs sociaux concernant les charges qu’on demande aux habitants.

Dire que j’ai voulu les avoir avec moi sur la liste de VSA, aujourd’hui je regrette même de leur avoir proposé tant ils sont mous et passifs. Incolores et inefficaces. On comprend ainsi mieux pourquoi ils s’entendent si bien avec l’UMP de M. MEHLHORN.

Du MODEM aujourd’hui, il ne reste que le MO. La DEM (démocratie), ils s’y sont assis dessus depuis bien longtemps. Un mouvement qui dérive de gauche à droite au fil des intérêts et pour lequel j’estime que des personnes sont assez stupides (oui, j’ai écrit stupide – je pense que cela résume bien incohérent et inculte politiquement) pour voter MODEM aujourd’hui, en 2014, alors que l’on a compris que ce parti n’est que le faire-valoir de BAYROU vers la présidentielle. Car quelles convictions défend le MODEM ? Quelles est la plus-value qu’ils apportent à Savigny ? Aucune si ce n’est qu’ils ramollissent la droite… Un instant pour penser à MITTERRAND (« le centre est la droite molle. »)

La majorité municipale de Savigny-sur-Orge est elle aussi une droite molle. Incultes en sciences politiques, ils mènent une action incohérente, parfois attentatoires aux libertés individuelles qui est l’essence même de la droite. Enfin, c’est eux qui ont gagné… (soupirs)

P.-S. : À tous les politistes bienpensants, ouvrez le yeux et voyez qu’une élection à droite ne se gagne pas au centre mais à l’extrême-droite. CHIRAC a perdu en 1988 car les 15 % de LE PEN se sont massivement abstenus. SARKOZY a perdu en 2012 parce qu’il n’a pas eu le temps d’exploiter plus intelligemment la ligne BUISSON, après avoir perdu des mois à flatter l’électorat MODEM. De toute façon, les centristes n’auraient jamais voté pour lui. Alors que les électeurs du FN oui.

 

Édit au 13/08 : Droit de réponse de François DAMERVAL, chef de Cabinet de Corinne LEPAGE