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Fiche historique : les guerres civiles au Libéria et au Sierra-Leone, Samuel DOE, Charles TAYLOR, Prince JOHNSON et les diamants du sang

Le Libéria est un petit pays d’Afrique de l’Ouest, faiblement peuplé (4,3 millions d’habitants en 2017).

Il a été fondé en 1822 par une société états-unienne de colonisation qui voulait diminuer le nombre de personnes noires aux États-Unis en réémigrant les esclaves libérés en Afrique.

Pour cela, ils ont acheté des terres à l’embouchure du fleuve saint-Paul, sur l’emplacement de l’actuel Libéria.

En 1847, la colonie américaine a proclamé son indépendance des États-Unis. Dès lors, le pouvoir sera détenu par les Américano-Libériens, au moyen d’un suffrage censitaire, ce qui en écartera les autochtones qui vont en garder une profonde rancune.

À partir de 1971, la politique du nouveau président William TOLBERT va aggraver les inégalités et creuser le clivage entre Américano-Libériens et Libériens autochtones.

Le 12 avril 1980, l’ancien sergent Samuel DOE, autochtone, organise un coup d’état militaire et prend le pouvoir. Il organise une dictature et créé un fort ressentiment en favorisant son ethnie des Krahn.

En 1989, des opposants dont le lieutenant autochtone Prince JOHNSON se réunissent, sous l’autorité de Charles TAYLOR, Américano-Libérien, ancien conseiller de DOE, et ils forment le Front patriotique national du Libéria (FPNL).

Ils déclenchent une guerre civile en décembre 1989.

Mais à l’été 1990, Prince JOHNSON fait sécession et il créé le Front patriotique national indépendant du Libéria.

Le 06 septembre, il s’empare de la capitale Monrovia, capture DOE et le fait assassiner. Les partisans de DOE partent alors se réfugier au Sierra-Leone.

Pendant sept ans, TAYLOR et JOHNSON vont continuer de s’affronter dans une guerre civile, qui va s’étendre sur le Sierra-Leone voisin.

Dans le même temps, la communauté des états d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) tente plusieurs fois d’imposer la paix, sans succès.

Début 1991, TAYLOR se met à soutenir les rebelles sierra-léonais du Front uni révolutionnaire qui contrôlent 90 % des zones diamantifères du pays. Ce groupe enrôle notamment des enfants-soldats, et il enlève des femmes en Guinée. TAYLOR leur fournit des armes et de l’entrainement en échange de diamants, les fameux diamants du sang.

À partir de mai 1991, les anciens soutiens de DOE, réfugiés au Sierra Leone, forment le Mouvement uni de libération du Libéria pour la démocratie. Ils envahissent les territoires contrôlés par le FPNL de TAYLOR.

Les combats vont durer pendant plusieurs années, entrecoupés de trêves, sans qu’aucun des camps ne prenne réellement l’avantage.

Après quatorze accords rompus, la guerre s’achève en septembre 1996, à l’issue des accords d’Abuja II. Les mouvements se transforment en partis politiques. C’est la fin de la première guerre civile libérienne.

TAYLOR est élu président de la République en 1997 avec 75,3 % des voix. JOHNSON doit alors s’exiler.

Mais en 1999, un nouveau groupe rebelle, les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie, soutenu par la Guinée, apparaît dans le nord du Libéria.

Début 2003, un deuxième groupe rebelle se forme dans le sud, le Mouvement pour la démocratie au Libéria.

Mi 2003, Monrovia est assiégée par le LURD, et le président TAYLOR doit démissionner.C’est la fin de la seconde guerre civile libérienne.

Il fuit au Nigéria où il est arrêté en 2006. Il est condamné en 2012 par la Cour pénale internationale à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Il est le premier ancien chef d’État condamné depuis la seconde guerre mondiale.

En 2005, Ellen JOHNSON SIRLEAF (sans lien de parenté avec Prince) est élue présidente, puis réélue en 2011. En 2017, c’est son ancien challenger le footballeur George WEAH qui devient président. La stabilité et la démocratie semblent être revenus dans le pays, malgré des atteintes aux droits de l’Homme.

Prince JOHNSON a pu revenir au Libéria en 2004, sans jamais avoir été jugé, car couvert par Ellen JOHNSON SIRLEAF qui avait elle-même soutenue TAYLOR. Il est devenu sénateur, ce qui lui confère une immunité, et pasteur. Il reste très populaire.

La guerre civile au Sierra-Leone, commencée en 1991, s’est achevée en janvier 2002, à la suite d’un cessez-le-feu de novembre 2000, après que l’ONU ait mis un embargo sur les diamants sierra-léonais en juillet 2000, puis en 2001 sur les ventes d’armes au Libéria. Les combattants sont désarmés et démobilisés.

Les guerres civiles libériennes auront fait entre 150 000 et 250 000 morts environ.

La guerre civile sierra-leonaise aura fait plus de 120 000 morts, et provoqué le déplacement de 2,5 millions de personnes (le tiers de la population).



Pour un Carême en conscience sans souffrance

Les chrétiens de 2015 ont une tendance certaine à vouloir faire du Carême l’équivalent d’un « Ramadan chrétien« . C’est à dire une période de 40 jours au cours de laquelle ils se privent pour réaliser l’importance de la place de Dieu de leur vie. Mais si pour l’islam, le mois de ramadan est un mois pour Dieu, pour les chrétiens, c’est toute l’année qui Lui est consacrée. D’où l’importance de ne pas être hypocrite dans sa démarche de Carême.

Je ne suis donc pas tout à fait d’accord avec la vision simpliste mais compréhensible du Carême que nous proposons à nos catéchumènes. Non, cette période n’est pas qu’un temps de combat (qui est permanent) au cours duquel le croyant doit renforcer son partage, son pardon, sa pénitence et sa prière (ce que j’appelle les 4P). C’est plutôt le temps de la prise de conscience des mystères divins que nous sommes invités à placer au centre de notre vie.

Une démarche de l’Église avant d’être une démarche personnelle

Puisque le chrétien n’est pas hypocrite et ne va pas concentrer sa pratique sur 40 jours plutôt que sur l’année entière, alors il va d’abord vivre l’adaptation de son Église qui modifie sa liturgie (règles du culte). Par un choix de textes précis et significatifs, par la pratique de rituels spécifiques et par la récurrence de célébrations dédiées, le croyant est invité à suivre un autre rythme de vie qui le préparent à prendre conscience de l’Amour de Dieu.

Du mystère de l’Amour à l’appel au témoignage

Je considère, en dépit de ce qu’en dit la théologie catholique, qu’il existe trois grands mystères divins. J’entends par « mystère » des faits, relevant de la croyance, qui dépassent notre entendement et que l’on ne peut exister scientifiquement, sans quoi ils ne seraient plus des mystères. Je parlerais donc ici 1) de Dieu 2) de l’Incarnation 3) de la Résurrection avec ce que chacun des mystères nous dit de l’Humanité.

1) le mystère divin : Dieu existe et il nous aime. Pourquoi autrement des gens voueraient-ils leur vie au service de leurs frères ? Le Carême nous invite à témoigner de l’Amour de Dieu (donc par analogie de son existence) et surtout à le mettre en pratique.

2) le mystère de l’Incarnation : Dieu s’est fait Homme et il est venu connaître notre vie. Celle de Jésus racontée dans l’Évangile n’a pas été facile  : il a connu les joies et les peines de tout homme. Mais il était dans l’action et nous invite à nous engager dans ce monde.

3) le mystère de la Résurrection : Jésus a dû mourir pour ressusciter et il nous promet la Vie après notre mort. Il nous invite à ne pas avoir peur de la fin et à lui faire confiance quant à qu’il viendra tous nous chercher. Mais le Royaume de Dieu se construit d’abord ici.

Du rejet de la souffrance

Quelle blessure a dû sentir Dieu lorsque les Hommes ont crucifié son fils ! Lui-même n’a pas pu le sauver sur la Croix et a certainement dû souffrir de voir son fils unique mourir sous ses yeux. De la manière qu’il souffre des malheurs de notre monde contre lesquels il ne peut rien. Pour cela, Dieu ne peut pas nous demander de souffrir encore plus dans notre vie et il nous invite à apaiser les souffrances des autres, comme Jésus a pu le faire de son vivant.

La Carême n’est donc pas un temps de jeûne et d’adoration. Ni un temps de djihad (effort sur soi) comme j’ai aussi pu l’entendre. Il est juste un moment dans l’année que l’Église valorise pour faire mémoire de l’action de Dieu dans nos vies. Un temps au cours duquel nous sommes invités à vivre en conscience notre mission de baptisé (qui reste la même qu’au long de l’année) : célébrer ensemble (prêtre), annoncer l’Amour et la Paix (prophète) et vivre et servir (roi).

Ce que les scandales « Piss Christ » montre de chrétiens de 2014

Depuis huit jours, un homme à Ajaccio (Corse) mène une grève de la faim contre la venue de Piss Christ (ou Immersion), oeuvre de l’américain Andres SERRANO. Cette réaction violente n’est pas la première contre la photographie controversée de 1987. Rappelons-nous du scandale provoqué à Avignon en 2010 lors de l’exposition de la pièce. Or, cette contestation révèle un malaise des chrétiens de 2014 face à la personne du Christ.

Oui, le nom de cette oeuvre est un blasphème. Et après ? L’artiste a plongé un crucifix dans un verre rempli de son urine et de son sang, ce qui donne l’image d’un crucifix sur un fond orangé. En même temps, on ne nous le dirait pas, personne ne pourrait le savoir. Le scandale porte donc sur le fond de l’oeuvre plutôt que sur sa forme, qui bien exposé, est objectivement intéressante pour ne pas dire belle d’un point de vue artistique.

Une synthèse de la vie du Christ

Jésus s’est littéralement « fait pisser » dessus pendant toute sa vie publique. Par certains juifs notamment, à commencer par les Pharisiens, mais par beaucoup de gens du peuple ce qui l’incitera à dire « Nul n’est prophète en son pays. » Le summum de cette haine se traduisant par son assassinat par les Romains, étrangers à sa religion. Encore aujourd’hui, des chrétiens se font pisser dessus comme en Irak. Or, Jésus nous dit que ce que nous faisons au plus petit de nos frères, c’est à Lui que nous le faisons.

Le Christ vivant en évangélisation

Tant qu’on parle de cette oeuvre, on ne parle pas d’autre chose. Oui, notre Dieu est vivant et nous pouvons lui donner un visage ; celui du Christ. C’est une chance que ne partagent pas les juifs et les musulmans qui ne peuvent pas représenter Dieu (ou Muhammad pour les seconds). Depuis plus de 25 ans, cette photo fait le tour du monde et participe à parler du Christ, d’une manière qui peut certes nous déplaire, à un large public. Réjouissons nous donc que 2000 ans plus tard, notre religion existe encore et fasse parler d’elle.

Interroger la réaction intégriste

Le vrai problème que rencontre certains intégristes est que cette représentation casse leur image du Dieu parfait, policée, dans les nuages au dessus des problèmes des Hommes. Or, en dénigrant cette oeuvre, ils nient l’Incarnation du Christ et sa nature humaine. Pire, ils récusent l’humanité (et la divinité même) des substances que sont l’urine et le sang. Non, cela n’a rien de sale et ces liquides sont naturels. Sur la Croix, Jésus n’a-t-il pas perdu du sang et de l’eau de son flanc percé ?

Toutes ces questions  « artistiques » sont secondaires et font perdre un temps fou et une énergie précieuse aux chrétiens. Le message du Christ est un message de paix, d’Amour et de solidarité. Nous avons du travail et il n’y a pas besoin d’aller à la périphérie pour agir.

Profession de foi – juin 2014

Tout à l’heure, lors d’une formation théologique, on nous demandait de répondre à la question : « Qu’est-ce que la foi ?« . Je me rends compte que ma réponse a évolué depuis un certain colloque franco-allemand* qui s’est tenu dans notre diocèse, sur la manière de « dire Dieu dans notre société ». 

La foi ne s’explique pas car elle reste un mystère. Mais elle s’exprime par notre vie, nos actions, nos pensées et nos paroles. Malgré tout, on peut mettre des mots dessus et je crois qu’elle peut se réduire à la simple expression du kérygme. J’y vois là l’essentiel et je pense que tout ce qu’on pourrait y rajouter n’y serait que de trop.

Dieu existe ; c’est le sentiment d’une présence qui fait que je ne suis jamais seul. De ne pas être qu’un corps mortel mais d’avoir une âme. Cette conviction de ne pas être là par hasard. Oui, je crois que les Hommes ne sont pas qu’une simple résultante de l’évolution. Oui, je suis intimement convaincu que la Terre n’est pas qu’un corps constitué selon une infime probabilité.

Dieu s’est incarné ; Il s’est fait homme pour partager notre vie, nos joies et nos malheurs. Pour donner du poids et un corps à son message d’Amour et de Paix. Être un exemple en nous présentant un idéal que nous savons n’atteindrons jamais. Un témoignage qui rassure ma conscience, ce sentiment enfoui en nous qui nous aide à distinguer le bien et le mal. Il nous invite à l’action et à vivre notre vie.

Dieu est ressuscité ; Il est vivant pour nous dire qu’Il nous aime, et la foi est ce sentiment de sa présence à nos côtés. Il se moque qu’on l’ait assassiné parce que nous ne voulions pas entendre ce qu’il nous disait, mieux, Il pardonne et à tous. Il nous promet notre Vérité lorsque nous nous retrouverons face à Lui. Il laisse l’espérance d’un monde meilleur, hors du temps et Il nous appelle surtout à nous bouger pour celui-là.

* Je rappelle que je me situe dans une théologie conciliaire de l’Incarnation, issue des travaux des théologiens de l’Alliance du Rhin.