Archives du mot-clé Netflix

Quand la fachosphère se retrouve pour regarder Get Out sur Netflix

La première raison pour laquelle Get Out est plutôt un bon film, même s’il n’est pas exceptionnel, est que chacun peut y lire le message politique qu’il veut.

Certains, et j’ai malheureusement envie d’écrire le grand public, s’arrêteront au titre et au thème (un jeune homme noir qui appréhende de rencontrer ses beaux-parents blancs, à qui leur fille n’a pas dit qu’elle sortait avec un noir, parce que ceux-ci sont forcément racistes et que sinon on n’aurait pas fait un film). Ils y verront une simple dénonciation du racisme.

Alors que d’autres, plus subtils, y liront une critique amère des dérives de l’anti-racisme.

Je pense sincèrement que ce film est à voir deux fois, une première en se laissant porter par l’Histoire et par ses préjugés, dans une situation que le réalisateur installe voire encourage, et une seconde, pourquoi pas en ayant lu cet article, ou en ayant mieux compris l’histoire.

Attention maintenant car la suite de l’article va contenir de nombreux divulgâchages.


C’est vendu comme un film d’horreur, mais on n’a pas vraiment peur. On est juste surpris une fois lorsqu’un des personnages court sans raison vers le héros. Et puis il y a une opération du cerveau qui n’est pas très ragoûtante. Mais je parlerai plus justement de thriller.

Et il y a aussi un élément qui peut porter à confusion, et qui en tout cas m’a trompé (ça y est, on va dire que je pense que les noirs se ressemblent tous) à savoir que le personnage de la scène d’ouverture n’est pas le héros. Donc c’est bien une chronologie linéaire.

C’est l’histoire d’une famille blanche qui se sert de sa fille comme appât pour séduire de jeunes hommes noirs afin de se servir de leur corps pour leur transférer le cerveau d’autres personnes selon une science développée par le grand-père, qu’ils appellent « coagula ».

Cela nécessite l’hypnose de l’hôte, avec le très sérieux bruit d’une cuillère dans une tasse à thé, lequel se retrouve alors comme « passager » de son corps. Mais un simple flash de photo arrive à rendre le contrôle de son corps à son hôte premier. Et j’oublie d’écrire qu’on désigne au jeu du bingo celui qui aura la chance d’avoir son cerveau transféré.


Alors certains y verront un stade suprême du racisme, dans lequel les noirs sont les éternelles victimes des blancs. Lesquels blancs dans un corps de noirs sont même obligés de se faire passer pour domestiques afin de se dissimuler dans le paysage (alors qu’ils sont en fait le grand-père et la grand-mère). Surtout qu’il y a tous les a-côtés avec par exemple cette scène du policier blanc qui contrôle, plus ou moins abusivement (car en réalité, il est dans son droit), notre héros noir, bien qu’il soit manifestement innocent.

Si on écoute le père, qui est le méchant chirurgien, il parle de « nouveaux dieux ». Il veut des corps noirs car il déteste sa couleur de peau blanche. Il est en admiration devant OBAMA (pour lequel il n’aurait pas hésité à voter une troisième fois s’il avait pu), et il fait remonter sa fascination pour les noirs à Jesse OWENS en 1936, juste parce que sa victoire aura fait rager HITLER. On met dans la bouche d’un autre personnage que les noirs sont plus forts, plus rapides et plus cool. Et il y a tout le fantasme sexuel qui est sous-entendu à plusieurs reprises.

Or, beaucoup de gens pensent en fait comme ce vilain père blanc que les noirs sont plus complets ou plus aboutis que les blancs, notamment grâce à leurs caractéristiques physiques. Ce qu’ils ignorent est que ce sont les blancs qui ont l’ADN le plus diversifié, et finalement le plus éloigné de celui du premier homo sapiens. Que c’est le sens de l’Histoire de perdre ces capacités physiques parce que nous n’avons plus à nous battre pour survivre. Et c’est notamment là que les anti-racistes peuvent se trouver finalement plus racistes que les blancs qu’ils dénoncent.

Alors y a-t-il une morale dans ce film ? À part pour un homme d’éviter de sortir avec une femme dont le père est neurochirurgien, dont la femme est psy et pratique l’hypnose, dont le frère fait du MMA, dont les domestiques ont l’air de zombies et fuient les photos et enfin dont la porte de la cave est condamnée au motif qu’elle doit être pleine de moisissures ? Peut-être en effet simplement d’interroger nos comportements vis-à-vis du racisme (ce qui sous-entend dès lors l’existence de races humaines) et de l’anti-racisme. Et de se demander si l’anti-raciste le plus revendiqué n’est en fait pas le plus racialiste qui soit ?

Get Out est à retrouver sur Netflix depuis le 05 mai 2020.




La Casa de Papel : une saison 4 sans fin qui laisse sur sa faim (attention divulgâchage)

Une fin qui n’en est pas une et qui déçoit. Tous les éléments sont réunis pour une cinquième saison, et paradoxalement, il vaudrait peut-être mieux que cette saison 5 n’existe pas, tant les saisons 3 et 4 sont faibles par rapport à la fraîcheur des saisons 1 et 2 (qui n’étaient pas financées par Netflix).

J’ai commencé à regarder La Casa de Papel quand Raquel GARRIDO était dans son délire de surnommer Jean-Luc MÉLENCHON le Professeur. Je me devais donc de savoir qui était ce Jean-Luc MÉLENCHON espagnol.

Ainsi que pour démonter cette affirmation selon laquelle dévaliser la réserve nationale, ce n’est pas prendre l’argent des gens, parce qu’on sait très bien qu’un État qui serait dévalisé remplirait ses caisses avec l’argent du peuple, et des pauvres en priorité.

Petite parenthèse, il suffit juste de regarder la levée de bouclier de ceux qui réfléchissent au retour de l’ISF (4,2 milliards € de recettes en 2017) pour financer les hôpitaux, par les mêmes qui applaudissent tous les soirs à 20 heures !


Même si les créations visuelles et les travail de l’image sont toujours aussi magnifiques, voire peut-être plus que sous les saisons 1 et 2, et qu’il y a aussi deux belles scènes de fusillades, c’est comme pour The Irish Man, je ne vois pas où est passé l’argent de Netflix.

Alors que le respect qu’il pouvait y avoir pour le Professeur tenait de sa capacité de joueur d’échecs à avoir toujours six ou sept coups d’avance, il se retrouve globalement dépassé en permanence, à courir après le temps. Il n’y a plus cet aspect jouissif de ressentir qu’il avait tout prévu, et qu’on ne retrouve que dans les deux derniers épisodes avec ses sept missiles. Et puis, il n’y a la musique de Bella Ciao qu’une seule fois, pendant pas très longtemps !

Et puis surtout la série s’est endormie dans le politiquement-médiatiquement correct. Même s’il n’y a toujours pas de noirs, d’Arabes, de jaunes ou de tout ce qui n’est pas blanc, la saison se veut féministe et genrée, abordant l’homosexualité, le changement de sexe, le don de sperme, la PMA, le droit des femmes et la lutte contre les viols. Elle se politise trop !

Alors qu’à côté, les scénaristes ne prennent pas de risques : un seul personnage clé qui meurt, quelques nouveaux personnages mais aux rôles très limités, les plus populaires comme Nairobi et Helsinki volontairement valorisés par rapport à ceux détestés de Tokyo, Palerme ou SIERRA.

Et puis le rôle de la foule devait être mis en avant, alors qu’à part le groupe de militants réactifs qui colle des affiches, les gens sont juste intéressés par les millions d’euros balancés.

Si certains trouvent plus de place comme Marseille ou ce pervers narcissique de Arturo ROMÀN (dont personne n’interroge le stress post-traumatique), on ne comprend pas bien à quoi servent certains dont on s’attarde sur l’histoire comme Mathias (pourquoi n’a-t-il pas de prénom de ville ?), ou Manille. Et pourquoi le personnage de Tatiana n’est-il pas exploité ? À côté, on se plaît à revoir Berlin, Oslo et Moscou.

Pour le reste, il y a beaucoup d’incohérences (l’inspectrice qui sait que Nairobi n’est pas morte, les policiers qui ne voient pas l’abreuvoir retourné GANDIA qui refuse de tuer trois personnages, le sport pour « activer » le cerveau, Palerme aveugle qui semble voir normalement, Nairobi qui est en pleine forme après s’être fait retirer la moitié du poumon…) ce qu’il pouvait faire, et les flashbacks permanents perturbent ceux qui ne sont pas à fond dans la série. Au fait, cette série n’est pas transposable en France puisque nous n’avons plus de cabines téléphoniques…


En conclusion, une saison moins addictive que les précédentes parce que le Professeur semble moins fort, et l’équipe, trop dépassée et trop divisée. Il y a comme une perte de l’ADN de la série originale, et c’est pour cela qu’il vaudrait sûrement mieux arrêter là, pour que tout en nous laissant sur notre faim, chacun puisse écrire sa propre fin, très souvent la meilleure.



Sur la décevante deuxième saison des agents complètement tamponnés d’Au service de la France (Arte)

Certainement la raison pour laquelle il n’y aura pas de troisième saison… 

En cause, une certaine lassitude des modules, des primes, des pots et des tampons à répétition.

Par rapport à la première saison, une écriture qui s’essouffle, des dialogues un peu moins ficelés et des scenarii qui s’appauvrissent et qui deviennent trop invraisemblables. On retient surtout le  « Je vais vous tamponner, Marie-Jo. » Mais cela reste globalement moins drôle…

Les évolutions des personnages sont trop brusques et beaucoup d’évènements pas ou mal traités, notamment la guerre d’Algérie, ou la création du SAC (Service d’action civique). La question du féminisme, si elle se pose à point, intervient cinq à dix ans trop tôt !


« Au service de la France », diffusée sur Arte en 2015 et 2018, est une parodie des films d’espionnage français, qui se passe au début des années 1960, dans une ambiance très Mad Men, pleine de machisme, d’homophobie et de racisme.

Entre cette scène où le colonel (Wilfried BENAICHE) menace de faire dégrader Moïse (Christophe KOUROUTCHKINE) de la fonction publique parce qu’il est homosexuel, et celle où Irène tente de dissuader Sophie d’épouser Yamine qui est Algérien, parce que c’est un indigène, et qu’il n’est pas « normal », on retrouve un politiquement incorrect, qui n’est rafraichissant que parce qu’il est tabou aujourd’hui, caractéristique d’une époque moins ouverte et moins tolérante.


On regrette surtout que la série ne se focalise plus autour de MERLAUX (Hugo BECKER), dont on a suivi la formation au cours de la première saison. Il est surtout devenu trop mûr et trop cynique.

On peine longtemps à suivre sa conversion insincère au communisme, mais on se plaît à rire du fonctionnement des services secrets soviétiques (les petits papiers, le détecteur de vérité, le bureau des fournitures et le bureau de restitution des fournitures…), avec un regret que les services secrets américains ne soient pas plus caricaturés. Ou les autres services secrets dans le monde.

Inversement, la mise en avant de Marie-Jo (Marie-Julie BAUP), qui passe de secrétaire toute timide, à agent de terrain super qualifié, est trop rapide. On ne comprend pas non plus la disparition soudaine de CLAYBORNE, magnifique Joséphine DE LA BAUME. Également, pourquoi Sophie (Mathilde WARNIER) plaque André aussi vite ? Et pourquoi Irène quitte son mari aussi rapidement, ni d’ailleurs comment elle vit après, avec quels moyens…

Les autres agents apparaissent enfin véritablement comme des pieds nickelés (Karim BARRASn Bruno PAVIO et Jean-Edouard BODZIAK), et ils perdent leur attrait de charmants gaffeurs. Heureusement qu’il y a SCHMID (Antoine GOUY) pour remonter un peu le niveau comique. Enfin, que va-t-il arriver de nos taupes – enfin de nos belettes – soviétiques ?

Ils n’en restent pas moins tous de belles découvertes d’acteurs, qu’on voit trop peu par ailleurs.


Malgré cela, même le générique de la deuxième saison est moins bien, que celui de la première saison (vidéo de 43 secondes) !


En tout cas, pour notre part, on tamponne pour valider cette série, parce qu’on a quand même passé un très bon moment devant !

À retrouver sur Netflix.



Family Business (Netflix), sympa mais sans plus…

« Family Business » a-t-elle vocation à devenir le « Breaking Bad » français ? À l’issue de cette première saison en six épisodes de 30 minutes chacun, nous en sommes encore très loin. La quatrième série française de Netflix se laisse regarder pour ses acteurs et son humour, mais elle souffre de quelques longueurs, de ses caricatures, d’un peu trop de vulgarité (pour une série 13+) et surtout de situations à la fois improbables et mal exploitées.


Le pitch : Joseph, un entrepreneur raté,  apprend de la fille du ministre de la Santé la légalisation prochaine du cannabis, et veut transformer la boucherie casher de son père en première « beuhcherie » de France.


Évidemment, on n’échappe pas à tous les clichés de la communauté juive séfarade, déjà vus dans La Vérité si je mens, de juifs riches, avares, magouilleurs, cyniques et très solidaires entre eux. Et inversement, les arabes sont tous des méchants dealers.

La série se présente comme une succession d’événements, qui ne sont dommageablement pas exploités, et c’est finalement le mensonge et l’incapacité des uns et des autres à dire la vérité qui constitue la véritable trame de cette série, et qui amène une succession de quiproquos loufoques qui devient quand même lourde à la fin.


Donc on aime parce qu‘il y a Jonathan COHEN, Gérard DARMON et Liliane ROVÈRE. Avec une mention particulière pour Louise COLDEFY dans son rôle. Et aussi pour Enrico MACIAS qui est irrésistible dans son genre.

Mais on regrette les défauts d’une série française, qui ne tiennent pas seulement qu’à un manque visible de moyens pour pouvoir rivaliser à l’international, mais aussi à des défauts d’écriture, des scènes irréalistes trop intentionnellement posées pour faire avancer l’histoire dans un sens alors qu’elles apportent d’autres éléments laissés de côté, et puis cette manie de multiplier les annonces, et de prévenir qu’il va se passer quelque chose, alors qu’on l’a compris depuis le départ…

Faut-il donc espérer une suite ? Oui, parce que l’histoire le permet largement, et qu’on passe un bon moment en compagnie de ces acteurs, mais la recette pourrait être un tout petit peu plus efficace avec une écriture plus légère mais mieux ciselée, un montage un peu plus cut et un peu plus dynamique, et un humour un poil moins gras.