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L’Histoire des idées du judaïsme à l’époque biblique, par le rabbin Michel SERFATY

Notes prises lors de la première conférence d’un cycle de quatre,

consacrée à l’Histoire des idées juives,

en septembre 2017, à la synagogue de Ris-Orangis (Essonne).

Il s’agit de ce que j’ai personnellement compris, et je précise qu’il se peut que je n’ai pas tout compris, ou que j’ai déformé certains propos bien malgré moi, tant le sujet est complexe.


L’Histoire n’est pas qu’évènements mais aussi évolution d’idées qui provoque des expériences, et génère de nouvelles idées.

Les livres bibliques ont été rédigés sur douze siècles au cours desquels les sources, les mentalités des auteurs, les styles, les genres narratifs ont évolué.

Le texte est une référence. La lecture du texte est un point de départ à l’interprétation. Cette interprétation ne pouvant être interrompue, alors il est toujours possible de la rattacher à notre Histoire.

La Loi n’est ainsi pas figée, donc ne permet pas une approche littérale du texte, d’autant que les corpus ne seront fixés qu’à l’époque rabbinique, alors que la loi orale sera alors privilégiée à la loi écrite.


L’idée centrale de la Bible est l’histoire de la formation progressive d’un Peuple au travers de l’évolution de sa législation.

Ce Peuple commence en Dt 27,9 lorsque Moïse remet la Loi aux prêtres (« Aujourd’hui, tu es devenu le peuple de l’Eternel, ton Dieu »).


On distinguera des idées permanentes :

  • les juifs parlent au nom de Dieu,
  • les juifs ont reçu une Parole et la mission de la transmettre,
  • Dieu est unique, même s’il se parle à lui-même et se donne des ordres…

Et des idées qui vont apparaitre dans le temps :

    • Dieu est créateur de l’univers (Genèse)
    • La Parole donnée à l’Homme est un privilège de Dieu (au contraire du païen)
    • L’Homme a une responsabilité envers ses semblables (« Suis-je le gardien de mon frère ? »)
    • L’Homme est en quête permanente de Dieu (Tour de Babel)
    • L’Alliance nous dit que Dieu ne s’impose pas à la société, mais que le Peuple d’Israël ne peut exister que dans l’Alliance
    • Dieu est là pour nous aider et nous guider (bénédiction d’Abraham)
    • Il faut nous battre pour mériter cet héritage de la bénédiction (Jacob)
    • Il n’y a de libération que dans le progrès social et législatif (Exode)
    • Sans alliance avec Dieu, nous sommes esclaves (Exode et exil)
    • La Loi est étrangère à l’Homme en ce qu’elle vient de Dieu. Elle loge ensuite dans son cœur et dans son corps
    • Dieu demande notre acceptation pour participer à notre Histoire ; Il nous propose le tabernacle (Exode 29 à 35)
    • Même en portant une responsabilité collective, Moïse ne peut rien contre le fait que l’Alliance avec Dieu est individuelle et personnelle. Mais le particularisme de la relation personnelle à Dieu possède une vocation universelle. La conscience est individuelle, mais elle ne suffit pas à maintenir un lien avec Dieu. (Exode)
    • Pour ressembler à Dieu, il faut aimer les Hommes (Lévitique)
    • La terre est le lieu du pouvoir, indispensable pour être enterré, mais elle nécessite que l’Homme la conserve en la cultivant (Nombres)
    • La transmission est essentielle tout comme le rejet de la corruption et la protection des plus faibles (Deutéronome)
    • Dieu ne peut pas vivre directement avec nous dans nos sociétés parce qu’il y a le tampon des prêtres (Juges)
    • Dieu est-il omnipotent s’il y a besoin de rois ou d’hommes de Dieu ? (Juges)
    • Qu’est-ce que le bonheur ? Qu’est-ce que l’éternité ? (début de l’idée messianique – exemples du mécréant bienheureux et du juste souffrant dans les livres de Sagesse et les Psaumes)
    • L’avenir d’Israël se trouve dans sa nation (Ruth)
    • La dictature est néfaste (Esdras)
    • L’éternité se trouve dans l’espoir messianique (Cantique des cantiques)


Un pacte de fraternité signé par les principaux monothéismes essonniens

À l’issue du colloque « Liberté de pensée et liberté religieuse : la place des croyants dans la cité« , les trois principaux monothéismes présents en Essonne (juifs, chrétiens et musulmans) ont signé un « pacte de fraternité » pour « construire la paix« . La signature interreligieuse a eu lieu le dimanche 17 avril 2016 au Conseil départemental de l’Essonne, en présence des représentants officiels des croyants du Département.

Alors je devrais être heureux de la signature de ce pacte, mais en réalité, je n’y crois pas. Non pas parce que je pense que les signataires ne sont pas sincères dans leurs démarches. Mais plutôt parce que beaucoup de croyants ne se reconnaissent pas dans les autorités religieuses qui ont procédé à cette signature. Ensuite, ce n’est pas de dire et de répéter qu’on veut faire la paix en sautant sur sa chaise, qui va réellement provoquer la paix…


Sur la représentativité des autorités

Pour les chrétiens, c’est structuré donc c’est la parole de l’évêque qui fait loi. Pour les juifs, Michel SERFATY est reconnu par les modérés. Mais je pense que vous ne ferez pas admettre aux juifs orthodoxes qu’il est leur rabbin (par exemple à ceux de Savigny). Quant aux musulmans, Khalil MERROUN a autorité sur les mosquées essonniennes et ceux qui les fréquentent. Mais juridiquement pas, par exemple, sur les musulmans de Savigny.


Sur la sémantique de ce pacte d’avenir (et le présent ?)

Je découvre le « racisme anti-musulman » ; je ne savais pas qu’être musulman était une race. Je déplore encoure une fois qu’on mette au même niveau l’antisémitisme, le racisme et la haine. Je suis gêné par l’emploi du mot « éducation » parce que même en connaissant l’histoire joyeuse ou douloureuse des liens interreligieux, cela ne change pas la relation nouvelle qui existe et s’invente en 2016 en Essonne, avec des références comme celle du conflit israélo-palestinien.


Sur la vision des religions

C’est bien de vouloir donner une belle image à la société. Mais peut-être devrions nous commencer par former nos croyants ? Et pas aux religions théoriques, mais aux religions telles qu’elles se pratiquent effectivement. Par exemple, sur l’islam, arrêtons dès lors de toujours crier que l’islamisme n’est pas l’islam quand c’est malheureusement une forme d’islam que nous savons présente en Essonne avec notamment des salafistes dont des Frères musulmans.


Provoquer le dialogue

J’adhère pleinement à l’esprit de ce pacte. Toutefois, je constate dès que je veux dialoguer, soit que je ne trouve pas d’interlocuteurs, soit que nous nous connaissons si bien ou si mal que nous n’avons rien à nous dire sinon des banalités. Et généralement, ça finit qu’on arrête avant de se disputer sur une controverse théologique qui ne peut que nous séparer. Une résolution peut être de créer des lieux de dialogue, qui soient par exemple numériques notamment !


Je n’aime pas la politisation du pacte

Si la République était réellement laïque, elle ne prendrait pas part dans la signature de ce pacte, ou alors, elle le ferait par l’intermédiaire du Préfet. Est-ce de l’action sociale ; je ne vois pas quelle compétence de François DUROVRAY, comme président du Département, cela vient-il chatouiller pour nécessiter son graffiti personnel. De là à penser qu’il a accepté pour faire des photos et dire qu’il agit pour la paix, il n’y a qu’un pas que je franchis d’un bond.


Pour retrouver le texte du pacte sur un plus grand format :

Pacte-fraternité-2016

Cliquez dessus pour agrandir


Maintenant, il ne nous reste plus qu’à vivre ce pacte, sans pour autant croire que tout va aller mieux parce qu’il a été signé. Car ce n’est pas le premier ni le dernier à être passé entre trois bons copains religieux qui eux, n’ont aucun problème à vivre ensemble. Non, la vraie difficulté peut exister à la base, surtout quand la politique vient s’y mêler. Montrons nous optimistes et commençons donc par parler de ce (ou Celui) qui nous rassemble : Dieu ?