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Sur la vidéo pro-PMA sans père « Parlons bioéthique #1 » de Laëtitia ROMEIRO-DIAS

Je vous propose de commenter la vidéo de 3 minute 45 de Laëtitia ROMEIRO-DIAS, députée LaREM élue en Essonne, intitulée « Parlons bioéthique #1″.

Derrière une explication de ce qu’est l’Aide médicale à la procréation (AMP dans le vocabulaire scientifique), aussi appelée Procréation médicalement assistée (ou PMA qui est le terme que les médias et les politiques préfèrent utiliser), se cache en fait une vidéo subjective de propagande idéologique qui repose essentiellement sur l’émotion ; et qui nous explique in fine que les anti-PMA sans père ont tort, puisque leurs méchants reproches sont tous injustifiés et balayés.


Sur la forme de la vidéo, j’aurais trois remarques.

– Je trouve que la musique de fond est complètement déconnectée du sujet.

– Le claquement de porte à 3 minutes aurait pu être évité…

Inviter seulement deux pro-PMA sans père, parce que la députée se fait le relais des questions des anti, est intellectuellement assez minable.


Je sais bien que les anti-PMA sans père donnent l’impression d’être très présents dans l’espace public.

Mais Quotidien nous montre quand même plus souvent des cathos versaillais qui ne veulent pas de PMA sans père pour « éviter que la colère de Dieu s’abatte sur la France », que les discours structurés d’Élisabeth BADINTER ou de Ludovine DE LA ROCHÈRE.

Donc oui, il y a des anti-PMA sans père dans l’espace public, mais à 90 % des gens sans arguments, et que l’on montre uniquement pour les moquer.


Sur le fond,


Le documentaire commence en allant interroger quatre personnes sur la PMA pour montrer que le sujet divise les Français.

– Une femme avoue humblement qu’elle ne sait pas ce qu’est la PMA.

– Un homme, interviewé devant une église, explique qu’il est contre parce que « rien ne vaut un père et une mère ».

– Une deuxième femme explique qu’elle est pour car elle « pense » qu’un enfant peut trouver tout son équilibre en dehors du couple papa/maman.

– Une dernière femme pose la question des enfants sur le plan éthique et humain.


À ce stade, trois éléments me dérangent :

On ne connaît pas exactement la question qui leur a été posée. Or, beaucoup de gens ignorent effectivement que la PMA existe et qu’elle est déjà pratiquée pour les couples (hétérosexuels), et si on va par là, qu’elle est même autorisée par l’Église catholique depuis 1987 !

On ignore la représentativité des personnes (et on est sûrement proche de 90 % qui ne savent pas réellement, ce qui ne les empêche pas d’avoir une idée). Mais quand bien même 60 % des personnes interrogées seraient pour, j’aurais reproché qu’on ne fait pas une politique par et pour l’émotion.

L’argument de la femme pro-PMA sans père n’a rien de scientifique. C’est une idée, un sentiment. Et pourtant, il existe bien des études qui tendent à dire qu’un enfant peut effectivement trouver son équilibre en dehors du couple papa/maman. Le problème étant que cela n’est pas vrai pour tout le monde… Du coup, assume-t-on de faire une loi dont on sait qu’elle va laisser des enfants de côté, qui vivront mal cette situation ?


Pendant les interviews de notre quatre représentants des avis du débat, l’écran se coupe en deux pour laisser apparaître une définition de la PMA.

Il est notamment écrit, et mis sur un même plan de comparaison, qui encore une fois, fait appel à l’émotion :

« Aujourd’hui en France, la PMA n’est possible que pour les couples hétérosexuels en situation d’infertilité ou de stérilité.

« la loi n’autorise pas les couples de femmes et les femmes seules à avoir recours à la PMA. »

On oublie cependant de dire que les couples hétérosexuels apportent tout le matériel nécessaire, alors que les femmes, ont forcément besoin du matériel d’un homme.

Le débat est donc plus large qu’un simple rééquilibrage de droits.


La députée reçoit ensuite deux militantes.


À la première, elle demande de réagir au reproche que la PMA pour les femmes va créer des familles sans papa :

Et l’invitée de répondre :

  • ça fait 40 ans qu’il existe différentes familles (1)
  • qu’il y a des figures d’hommes autour d’elle (2)
  • que la maman peut avoir l’autorité du papa (3)

(1) C’est depuis que l’humanité existe qu’il existe différents types de famille, dont la famille monoparentale au décès prématuré d’un des parents. Mais au surplus, ce n’est pas parce qu’on ferait quelque chose depuis 40 ans que ça devrait en devenir la norme. C’est comme vouloir rendre légal la GPA (Gestation pour autrui) parce que d’autres pays la pratiquent…

(2) Des figures d’hommes, d’autant plus si elles sont mouvantes, ne sont pas un papa, c’est à dire une figure parentale duale. Si tu vas par là, il y a aussi des hommes à la télévision.

(3) C’est amusant d’entendre de cette personne cette vision surannée du partage des tâches dans le ménage avec le papa qui incarne l’ordre et la maman les câlins.


À la deuxième invitée, elle demande comment fait-on financièrement ?

Et là, on nous montre une personne tout à fait structurée et rassurante, qui a préparé et développé un projet parental à deux et qui s’est assurée d’avoir les moyens.

Quoique devoir s’endetter de 20 000 euros m’interroge personnellement sur les capacités financières de la dame à ensuite pouvoir ensuite élever l’enfant.

Cette femme met en plus le doigt sur le fait qu’elle a dû réaliser plusieurs essais, parce que cela ne fonctionne pas toujours, et qu’il y a sinon de gros enjeux d’argent, qui entraînent ceux qui n’ont pas les moyens à recourir à des donneurs jusque-là inconnus, avec le risque que ceux-ci réclament ensuite la paternité de l’enfant.

Il n’en reste pas moins posé là le problème actuel de l’hypocrisie du droit français qui interdit à ce jour la PMA sans père, mais qui reconnaît les enfants nés à l’étranger de PMA sans père.


Enfin, il y a une question sur la filiation, qui rappelle que l’autre parent n’a pas de droit sur l’enfant et qu’il devra alors l’adopter (à la place de l’autre) pour en obtenir.

Et on joue alors sur notre émotion de ce que pourrait devenir un enfant, dont le seul parent légal décéderait, et on nous dit qu’il faut revoir la filiation pour protéger juridiquement les enfants nés de PMA.

C’est encore ici un raisonnement par l’absurde, en tant que l’insécurité juridique commence au moment où lesdits parents commettent l’acte illégal de la PMA sans père. Cette seconde situation de la filiation, qui découle de la première, n’a sincèrement rien d’étonnant !


La vidéo se termine sur les propositions du rapport TOURAINE en matière d’évolution de la PMA, avec notamment cette idée que la PMA doit intégralement être prise en charge par la Sécurité sociale, au motif que ce serait un acte médical.

Je laisse maintenant chacun se faire sa propre idée, mais cette vidéo, à charge, ne m’a personnellement pas convaincu, ni fait changer de point de vue.

Je ne dis pas que deux femmes, ou deux hommes, ne sont pas capables d’élever un enfant, je continue d’affirmer que ce n’est pas le meilleur modèle de cellule familial. C’est tout…

Mais je peux aussi sortir le couplet fachô que ce n’est pas la réforme de la PMA et de la filiation qui normalisera l’homosexualité, en tant que la nature ne permet pas à deux personnes de même sexe d’avoir un enfant ensemble. Et je m’arrête là pour ne pas rentrer dans les débats de la psychologie qui poussent deux personnes à vouloir un enfant, et toutes les questions au vocabulaire impropre de désir d’enfant ou de droit à l’enfant…