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Six mois après la nouvelle traduction de la prière du Notre Père

Depuis le 03 décembre 2017, la supplique « Ne nous soumets pas à la tentation » de la prière du Notre Père est devenue « Ne nous laisses pas entrer en tentation ». Six mois plus tard, les chrétiens pratiquants commencent enfin à ne plus se tromper (prouvant que nous récitons les prières plus par habitude, qu’en pensant réellement à ce qu’on dit). La nouvelle traduction reste cependant largement critiquable, malgré l’avis de ses défenseurs.

Que l’ancienne formule était mauvaise, nous en convenons aisément. Dieu n’est pas un sadique qui s’amuse à nous faire souffrir. Et si notre compréhension du Premier Testament peut nous le laisser penser, c’est en tout cas fini avec la venue du Christ, qui révèle une conversion de Dieu à l’Homme. Mais la nouvelle formule n’est pas plus bonne car ce n’est pas Dieu qui nous tente ; et qu’il nous laisse de toute façon libre de nos actions, donc qu’il n’intervient pas dans nos luttes.

En fait, l’idée induite par la nouvelle version est celle d’une demande d’aide adressée à Dieu : Aide-nous à ne pas rentrer en tentation. Mais l’exprimer ainsi rompait trop avec la version latine originale de la prière (« et ne nos inducas in tentationem ») ; elle-même inspirée de la prière juive du matin (que les juifs récitent normalement chaque jour à leur lever). Rappelons à ce propos que la supplique en français fut longtemps, jusqu’en 1966, « Ne nous induis pas en tentation ».

Ne nous livre pas au pouvoir du péché, de la transgression, de la faute, de la tentation ni de la honte. Ne laisse pas dominer en nous le penchant du mal.

(Prière juive du matin)

Au delà de la question du sens, et on peut aisément comprendre nos difficultés avec ce verset, l’important reste d’avoir un support commun à dire ensemble. Nous n’employons de toute façon pas les mots exacts que Jésus a pris lorsqu’il nous a donné cette prière. Reste que nous devrions réfléchir à ce qu’on met derrière, et que cette nouvelle version nous a malheureusement été imposée sans demander d’avis, qui sont majoritairement négatifs, jusque chez les biblistes.

Du coup, et du moins sur mon secteur, on nous l’a fait chanter pour l’apprendre (mais que sur un seul air autorisé alors que les différentes mises en musique de la prière permettent pourtant d’inclure cette nouvelle formule.) Et puis, on a eu des explications à grands renforts de communication de nos prêtres, de nos évêques et des équipes animatrices, qui se sont certainement censurés sur ce qu’ils en pensaient vraiment. C’est juste déresponsabilisant donc dommage…

Je terminerai en m’arrêtant sur le paradoxe de notre Église qui modifie le Notre Père mais qui se refuse de réformer la prière du « Je vous salue Marie ». C’est ainsi que l’on se retrouve à tutoyer Dieu (Jésus), mais qu’on continue de vouvoyer sa mère (Marie). Je pense qu’il s’agit ici d’une question politique, et qu’on a trop peur de toucher au culte mariolâtre, de peur de perdre des femmes chrétiennes, qui sont aujourd’hui très largement majoritaires dans nos églises…



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