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Pour un Carême en conscience sans souffrance

Les chrétiens de 2015 ont une tendance certaine à vouloir faire du Carême l’équivalent d’un « Ramadan chrétien« . C’est à dire une période de 40 jours au cours de laquelle ils se privent pour réaliser l’importance de la place de Dieu de leur vie. Mais si pour l’islam, le mois de ramadan est un mois pour Dieu, pour les chrétiens, c’est toute l’année qui Lui est consacrée. D’où l’importance de ne pas être hypocrite dans sa démarche de Carême.

Je ne suis donc pas tout à fait d’accord avec la vision simpliste mais compréhensible du Carême que nous proposons à nos catéchumènes. Non, cette période n’est pas qu’un temps de combat (qui est permanent) au cours duquel le croyant doit renforcer son partage, son pardon, sa pénitence et sa prière (ce que j’appelle les 4P). C’est plutôt le temps de la prise de conscience des mystères divins que nous sommes invités à placer au centre de notre vie.

Une démarche de l’Église avant d’être une démarche personnelle

Puisque le chrétien n’est pas hypocrite et ne va pas concentrer sa pratique sur 40 jours plutôt que sur l’année entière, alors il va d’abord vivre l’adaptation de son Église qui modifie sa liturgie (règles du culte). Par un choix de textes précis et significatifs, par la pratique de rituels spécifiques et par la récurrence de célébrations dédiées, le croyant est invité à suivre un autre rythme de vie qui le préparent à prendre conscience de l’Amour de Dieu.

Du mystère de l’Amour à l’appel au témoignage

Je considère, en dépit de ce qu’en dit la théologie catholique, qu’il existe trois grands mystères divins. J’entends par « mystère » des faits, relevant de la croyance, qui dépassent notre entendement et que l’on ne peut exister scientifiquement, sans quoi ils ne seraient plus des mystères. Je parlerais donc ici 1) de Dieu 2) de l’Incarnation 3) de la Résurrection avec ce que chacun des mystères nous dit de l’Humanité.

1) le mystère divin : Dieu existe et il nous aime. Pourquoi autrement des gens voueraient-ils leur vie au service de leurs frères ? Le Carême nous invite à témoigner de l’Amour de Dieu (donc par analogie de son existence) et surtout à le mettre en pratique.

2) le mystère de l’Incarnation : Dieu s’est fait Homme et il est venu connaître notre vie. Celle de Jésus racontée dans l’Évangile n’a pas été facile  : il a connu les joies et les peines de tout homme. Mais il était dans l’action et nous invite à nous engager dans ce monde.

3) le mystère de la Résurrection : Jésus a dû mourir pour ressusciter et il nous promet la Vie après notre mort. Il nous invite à ne pas avoir peur de la fin et à lui faire confiance quant à qu’il viendra tous nous chercher. Mais le Royaume de Dieu se construit d’abord ici.

Du rejet de la souffrance

Quelle blessure a dû sentir Dieu lorsque les Hommes ont crucifié son fils ! Lui-même n’a pas pu le sauver sur la Croix et a certainement dû souffrir de voir son fils unique mourir sous ses yeux. De la manière qu’il souffre des malheurs de notre monde contre lesquels il ne peut rien. Pour cela, Dieu ne peut pas nous demander de souffrir encore plus dans notre vie et il nous invite à apaiser les souffrances des autres, comme Jésus a pu le faire de son vivant.

La Carême n’est donc pas un temps de jeûne et d’adoration. Ni un temps de djihad (effort sur soi) comme j’ai aussi pu l’entendre. Il est juste un moment dans l’année que l’Église valorise pour faire mémoire de l’action de Dieu dans nos vies. Un temps au cours duquel nous sommes invités à vivre en conscience notre mission de baptisé (qui reste la même qu’au long de l’année) : célébrer ensemble (prêtre), annoncer l’Amour et la Paix (prophète) et vivre et servir (roi).

Ce que les scandales « Piss Christ » montre de chrétiens de 2014

Depuis huit jours, un homme à Ajaccio (Corse) mène une grève de la faim contre la venue de Piss Christ (ou Immersion), oeuvre de l’américain Andres SERRANO. Cette réaction violente n’est pas la première contre la photographie controversée de 1987. Rappelons-nous du scandale provoqué à Avignon en 2010 lors de l’exposition de la pièce. Or, cette contestation révèle un malaise des chrétiens de 2014 face à la personne du Christ.

Oui, le nom de cette oeuvre est un blasphème. Et après ? L’artiste a plongé un crucifix dans un verre rempli de son urine et de son sang, ce qui donne l’image d’un crucifix sur un fond orangé. En même temps, on ne nous le dirait pas, personne ne pourrait le savoir. Le scandale porte donc sur le fond de l’oeuvre plutôt que sur sa forme, qui bien exposé, est objectivement intéressante pour ne pas dire belle d’un point de vue artistique.

Une synthèse de la vie du Christ

Jésus s’est littéralement « fait pisser » dessus pendant toute sa vie publique. Par certains juifs notamment, à commencer par les Pharisiens, mais par beaucoup de gens du peuple ce qui l’incitera à dire « Nul n’est prophète en son pays. » Le summum de cette haine se traduisant par son assassinat par les Romains, étrangers à sa religion. Encore aujourd’hui, des chrétiens se font pisser dessus comme en Irak. Or, Jésus nous dit que ce que nous faisons au plus petit de nos frères, c’est à Lui que nous le faisons.

Le Christ vivant en évangélisation

Tant qu’on parle de cette oeuvre, on ne parle pas d’autre chose. Oui, notre Dieu est vivant et nous pouvons lui donner un visage ; celui du Christ. C’est une chance que ne partagent pas les juifs et les musulmans qui ne peuvent pas représenter Dieu (ou Muhammad pour les seconds). Depuis plus de 25 ans, cette photo fait le tour du monde et participe à parler du Christ, d’une manière qui peut certes nous déplaire, à un large public. Réjouissons nous donc que 2000 ans plus tard, notre religion existe encore et fasse parler d’elle.

Interroger la réaction intégriste

Le vrai problème que rencontre certains intégristes est que cette représentation casse leur image du Dieu parfait, policée, dans les nuages au dessus des problèmes des Hommes. Or, en dénigrant cette oeuvre, ils nient l’Incarnation du Christ et sa nature humaine. Pire, ils récusent l’humanité (et la divinité même) des substances que sont l’urine et le sang. Non, cela n’a rien de sale et ces liquides sont naturels. Sur la Croix, Jésus n’a-t-il pas perdu du sang et de l’eau de son flanc percé ?

Toutes ces questions  « artistiques » sont secondaires et font perdre un temps fou et une énergie précieuse aux chrétiens. Le message du Christ est un message de paix, d’Amour et de solidarité. Nous avons du travail et il n’y a pas besoin d’aller à la périphérie pour agir.