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Sur la nostalgie française des années 1980 (du point de vue d’un autochtone né en 1991)

De plus en plus, et pas seulement parce que c’est l’été, et qu’il n’y a rien d’autre à diffuser, les chaînes de télévision multiplient les documentaires, les films et les concerts des années 1980. Alors pourquoi un tel engouement, ou plus exactement une telle nostalgie, pour cette décennie ? Éléments de réponse avec une jeune personne, née après cette période, aujourd’hui symbolique et représentative d’une liberté disparue.


Pour beaucoup, le début des années 1980 reste une époque formidable. L’apogée du « vent de libertés » de mai 1968. L’espoir suscité par la victoire François MITTERRAND. Le sommet de la liberté d’expression avec des humoristes qui peuvent encore rire et se moquer des noirs, des Arabes et des gays, sans que l’on dise que ce soit raciste (même si cela l’est) ; et les radios libres. La libération de la morale familiale, religieuse et bourgeoise…

Bien que les Trente piteuses aient déjà commencé, les enfants du baby boom sont encore dans la dynamique des Trente Glorieuses. Et les dévaluations successives du franc, font que tous les Français qui empruntent se retrouvent gagnants. C’est aussi une époque où l’argent ne fait pas encore tout, et où l’on peut en gagner beaucoup et très vite, à la TAPIE.

La guerre froide est alors dans une période de coexistence pacifique, et le risque de guerre semble très éloigné. La France est encore souveraine chez elle, l’Europe n’a pas encore pris le pouvoir. MITTERRAND ne peut pas encore dire : « Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y en aura plus d’autres en France, à cause de l’Europe, à cause de la mondialisation, à cause de l’évolution nécessaire des institutions. Dans le futur les présidents seront des comptables.« 


Et puis arrive 1983, et le tournant de la rigueur, qui acte de la faillite politique de la gauche, qui ne pourra dès lors plus « changer la vie », et sera condamnée à mener une politique économique de droite, à la fois capitaliste et libérale, assumant pleinement l’économie de marché.

Alors MITTERRAND va diviser la droite en faisant monter le Front national, qui dès 1983, se retrouve à presque 15 %. Et dans le même temps, il va encourager la création d’associations comme SOS Racisme, qui pour autant qu’elles vont dénoncer des comportements inadmissibles à l’égard de Français issus de l’immigration, va aussi les monter contre les Français autochtones, ce qui participera à la crise des banlieues du début des années 1990.

Ainsi, du jour au lendemain, la France va se découvrir clivée, divisée et fracturée, ce qui va accélérer la fin de la mixité sociale qui existait jusque-là. Avec les derniers Français blancs qui quittent les Grands ensembles, qui vont devenir jusqu’à aujourd’hui des ghettos de minorités.

En 1984, c’est le SIDA. On ne peut plus baiser comme on veut, débarrassé qu’on était alors des problèmes de pilules et d’IVG. On ne peut plus se droguer comme on veut…

C’est aussi le début d’une nouvelle morale culpabilisante, et de problèmes qui ne se posaient pas avant, comme celui de l’écologie, ou de l’immigration.


Bref, les années 1980 représentent pour les Français la dernière grande période de conquête des libertés politiques et économiques. Avant la déprime, et les années moroses de la décennie 1990, et l’incertitude qui va naître de la fin de la Guerre froide.



Sur le décès de Pierre PÉAN et la « jeunesse française » de François MITTERRAND

Nous avons appris cette semaine le décès du journaliste d’investigation Pierre PÉAN.

Pour autant ; et au milieu de tous les grands scandales, comme celui des diamants de BOKASSA, dont la vérité ne peut que lui être reconnaissante de les avoir publiés, il y en a un qui me dérange sur la forme, qui est celui de la révélation du passé vichyste de MITTERRAND.

Bien sûr, aux yeux de la très large majorité de la population française, c’est ce livre qui apprendra que MITTERRAND fut d’abord un collabo, qui soi disant ne savait pas ce que faisait Vichy, avant de devenir le fameux résistant MORLAND. Et de rappeler que la francisque était une décoration, obtenue par MITTERRAND, qui ne s’obtenait que sur demande personnelle !


Sauf que ce livre a d’abord été écrit en « collaboration » (décidément) avec MITTERRAND, qui avait certainement besoin de libérer sa conscience, à un moment où l’émotion de son cancer faisait que plus aucune révélation n’atteindrait à sa popularité. Il se savait mourir, et avait définitivement renoncé à se représenter. Il ne perdait plus rien à livrer sa vérité.

Ensuite, que beaucoup de politiques et de médias savaient, mais que nous étions alors à une époque, à la fois très lointaine et très proche de celle qui a vu DE RUGY démissionner pour des faits qui sont partiellement à relativiser (un ministre, qui lorsqu’il ramène l’ordinaire à la maison, goinfre ses invités de homards et de grands crus, n’a pas besoin d’un dressing à 17 000 euros – il peut aussi laisser ses fringues chez lui, et il est d’ailleurs étonnant qu’il en ait autant pour un écolo).


On pourrait bien sûr parler de la sombre affaire du pamphlet de Jean-Edern HALLIER, L’Honneur perdu de François Mitterrand, écrit en 1982 mais qui avait ensuite mystérieusement disparu…

Mais HALLIER n’était qu’un de ceux qui savaient, et GISCARD savait, mais dit aujourd’hui qu’il n’a jamais voulu s’en servir, bien qu’il en ait été tenté ; et LE PEN, quand on relit ses interventions, y fait des allusions. Et le Canard enchainé en 1980 y fait aussi indirectement référence lorsqu’il parle de PAPON. Et ils sont nombreux dans ce cas, qui savaient d’ailleurs aussi pour Mazarine, et d’autres secrets d’alcôve du président socialiste.


En 2019, on se rend compte que tout le monde savait dans le milieu politique et médiatique, mais que personne ne voulait le rendre public, pour ne pas toucher à la figure du président. Et moi, qui ai 27 ans, j’avoue ne pas comprendre pas ce « respect » de la fonction présidentielle.

Mais en même temps, je ne comprends déjà pas qu’un homme qui ait mis en scène un faux-attentat contre lui, ait pu rebondir, et ensuite être élu président. Je me dis qu’aujourd’hui, ce ne serait plus possible, et que c’est un progrès démocratique !

En tant que journaliste, je garde donc une profonde admiration pour Pierre PÉAN, et pour toutes ses révélations. Mais pas pour « Une jeunesse française », que j’ai lu à 16 ou 17 ans, et qui est un incontournable de la culture politique et journalistique française, mais qui n’est que le récit, globalement conforme, de ce que le Prince a bien voulu révéler.



Sur l’élection à la présidence du Parti socialiste en mars/avril 2018

C’était ce mercredi 07 mars 2018 le grand débat des candidats au poste de secrétaire général du Parti socialiste (PS), devant seulement 204 000 spectateurs. Sans plus attendre, je vais commencer par achever le suspense : qui peut gagner à part Olivier FAURE ?

Lequel se retrouvera élu par une partie des 30 000 électeurs encartés et à jour de cotisation. (On rappellera qu’il n’y en eu guère plus de 90 000 – 120 000 revendiqués – sous le précédent mandat au cours duquel ils ont tout contrôlé ; soit quasiment autant que d’élus sur des listes socialistes en France…)

Mais surtout pour quoi faire ? Le Parti socialiste est inaudible donc mort, poignardé à la fois par sa gauche mélenchoniste et sa droite macroniste. Il reste donc un centre-gauche qui ne veut juste pas se positionner, et fait semblant de croire à une drôle de synthèse insipide qui annone tels des mantras : l’écologie, le féminisme, le progrès et l’accueil des migrants.

Ce n’est pas tellement la faute de HOLLANDE. Davantage celle d’un rideau, installé depuis trente ans, qui est tombé : la gauche n’est pas sociale, et encore moins socialiste. (La droite ne l’est pas non plus ; en réalité, aucun parti ne l’est, sinon des personnes individuellement)

Les cadres du PS sont des petits-bourgeois, qui se sont formés dans les officines de gauche, et ne connaissent et ne comprennent pas grand chose à la vraie vie. Ils souffrent beaucoup en ce moment dans les médias (et je trouve cela très jouissif) par rapport à #Balancetonporc, ou aux révélations sur leurs trains de vie.


Mais qui se rappelle encore de MITTERRAND, qui en 1971 lors du Congrès fondateur du PS, disait : « Celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste. Celui-là, je le dis, ne peut pas être adhérent du Parti socialiste » ?

Concept auquel il n’a jamais crû, et auquel il a officiellement renoncé en 1983. De là, que pouvait faire la gauche, à part se renier de bout en bout ? Et d’en remettre une grave couche avec l’Europe, et le traité européen, allant contre le vote du Peuple français.

La seule chance du PS a été de se maintenir comme deuxième force politique française, et de bénéficier des alternances, tout en suscitant un nouvel espoir à la fin des années 1990, en s’alliant avec le centre autour du thème de la social-démocratie et en s’emparant de l’écologie.

Ce qui s’est fait partout en Europe, et a échoué, quand au bout d’un mandat (parfois plus), les déficits publics ont explosé, et donc que les impôts ont augmenté (essentiellement pour les pauvres, lesquels n’ont pas vu les écarts de richesse se réduire).

Puis surtout quand les électeurs ont fini par s’apercevoir qu’il n’y avait ni social ni démocratie à gauche… Certes un peu d’écologie, et c’est peut-être le seul sujet sur lequel ils ont été moteur, en bien et en mal. Et les électeurs sont partis chez MACRON, parce qu’il a fait ses armes à gauche, et que le libéralisme, c’est quand même plus sympa que l’anticapitalisme marxiste.

C’est hypocrite, parce que MACRON n’est pas de gauche, mais c’est cohérent parce que la gauche est morte en 1983 avec les espoirs douchés de 1981.


Du coup, le vallsiste Luc CARVOUNAS n’a plus beaucoup de réservoir de voix et il sera bon dernier. Surtout que son programme vise à rassembler la gauche, laquelle est désormais minoritaire au PS. Donc il veut vendre le PS soit à MÉLENCHON soit à MACRON…

Le troisième sera Stéphane LE FOLL, qui tel un Vincent PEILLON, va « payer » son amitié et sa proximité avec HOLLANDE. Il propose de continuer les recettes qui perdent ; il va prendre la porte, en plus d’être de toute façon trop vieux.

Parviendra au deuxième tour, mais sera finalement défait le frondeur Emmanuel MAUREL, parce que des tenants de la vraie gauche sont encore au PS, mais restent minoritaires depuis qu’ils se sont barrés avec HAMON, et surtout qu’il n’y a pas VALLS en épouvantail face à eux.

Du coup, ce sera Olivier FAURE, parce qu’il est jeune, qui continuera de ne pas exister dans le paysage politique français ; son parti étant désormais le cinquième de France avant d’être définitivement balayé aux prochaines municipales, départementales et régionales sauf à des alliances avec LaREM, dont MACRON ne veut globalement pas, sauf têtes à sauver.

On ne peut enfin pas, ne pas parler de Najat VALLAUD-BELKACEM, qui aurait certes été élue la plus facilement parce qu’elle fait l’unanimité chez les bobo-quinoa de la gauche. Mais elle n’aurait rien pu faire de plus. C’est mieux qu’elle infiltre un institut de sondage ; ça peut toujours être utile pour la suite.


Dans tout cela, j’ai sincèrement de la peine pour tous ceux qui croient en la justice sociale, en la solidarité et en la réduction des inégalités et des écarts de richesse.

Mais la vérité est qu’ils seront toujours trahi par la gauche, laquelle si elle a été motrice pour obtenir des avancées sociales (la dernière remontant quand même à JOSPIN), n’a jamais réellement tenté de poser les bases d’un paradis socialiste ; à commencer par le fait que la caste dominante au PS n’a jamais voulu renoncer à ses privilèges…

J’apprécie donc quand tous se réclament de MITTERRAND, dont le bilan politique a surtout été de nous montrer que le programme de la gauche était inapplicable. Ce qui arrive aujourd’hui était prévisible, et préfiguré par MITTERRAND. Mais personne n’a voulu le voir ; alors tant pis !



Sur le voyage d’Emmanuel MACRON en Afrique, et son discours de Ouagadougou

Mes amis, comme j’ai honte de notre président néocolonialiste qui tutoie les Africains, les appelle « ses amis » et dit que leur président s’en va réparer la climatisation lorsqu’il part aux toilettes ! Imaginez donc un peu le tollé que cela aurait provoqué si cela avait été Nicolas SARKOZY voire Marine LE PEN qui avaient tenu ces propos. Enfin, tous les moyens sont bons pour ne pas parler des problèmes ! Remarquable communication !

À part cela, quand est-ce qu’on discute du terrorisme islamiste et du coûteux maintien de l’armée française, de l’immigration en tant que fuite des cerveaux, du nouvel esclavage qui se fait avec la complicité de chefs d’états corrompus, des régimes dictatoriaux et des atteintes quotidiennes aux droits de l’Homme, du franc CFA, du développement de l’Afrique par elle-même, du fait que 40 % des Africains de l’Ouest ont entre 18 et 24 ans, des contrats économiques…

Parce que c’est bien gentil de nous dire comme avant lui, déjà MITTERRAND puis CHIRAC puis SARKOZY puis HOLLANDE que la Françafrique est morte et enterrée, quand elle n’a jamais été aussi vivante ; Vincent BOLLORÉ étant d’ailleurs surnommé le « roi de l’Afrique de l’Ouest ». C’est toujours la France qui maintient les dictatures puis l’armée qui exfiltre les dictateurs quand ils deviennent gênants. C’est elle qui construit les infrastructures et exploite les ressources…

Un document qui circule sur internet pour dénoncer la « spontanéité » des questions posées au président français.

Finalement, MACRON ne s’embête même plus à se contraindre aux usages de la diplomatie. Il s’invite à l’université, crache sur ses hôtes parce que c’est démagogue et que lui peut se le permettre car les contrats continueront, sait qu’on ne retiendra que cela de son voyage donc qu’on va parler de lui et dire qu’il est allé en Afrique. Et voilà ! Puis c’est pratique l’étranger pour cracher sur la France et la colonisation européenne, parce que c’est loin et qu’on va oublier.

À l’issue de ce voyage, je vous invite à vous demander à quoi il aura servi. On va encore annuler quelques dettes. On va inaugurer le métro d’Abidjan, largement financé par la France. On va faire la première visite d’un chef d’État français au Ghana. On va dire encourager la Francophonie. On va prolonger les contrats d’exploitation des ressources. Et on va donner de l’argent aux dictateurs pour qu’ils régulent l’immigration africaine vers la France… Comme d’habitude !


Les trois meilleures macronneries du discours :

« Qui sont les trafiquants ? Mais ce sont des Africains, mon ami ! Ce sont des Africains! »

« Mais moi je n’veux pas m’occuper de l’électricité au Burkina Faso ! C’est l’travail du président !

« Il s’en va. Reste là ! » (…) « Du coup, il est parti réparer la climatisation ! »