Archives du mot-clé EUA

États-Unis d’Amérique : après TRUMP, les républicains pourront-ils encore gagner une élection présidentielle ?

C’est un peu comme le sujet de l’engloutissement des Maldives. Cela fait soixante ans qu’on en parle de manière alarmiste. Cela se rapproche inéluctablement mais ce n’est toujours pas là. Et même si je pense que le vrai basculement n’aura lieu que vers 2040, la question mérite de se poser : les évolutions démographiques aux États-Unis condamnent-elles les républicains à être désormais minoritaires dans la vie politique américaine ?

L’honnêteté intellectuelle m’oblige d’abord à reconnaître que je me suis bien planté dans une précédente analyse car je ne pensais pas que l’Arizona ni que la Géorgie pourraient basculer dans le camp démocrate, et que je ne les considérais donc pas, plusieurs mois avant l’élection, comme des swing states. Il faut aussi observer qu’un électorat qui ne se déplace habituellement pas s’est pour le coup mobilisés, ce qui ne signifie pas qu’il ne se mobilisera chaque fois.

De même, il va falloir relativiser mon analyse de cet article en observant que les républicains ont creusé l’écart de 2016 en Floride (de 1,5 point à 3,5 points), alors que la part de population hispanique continue d’y progresser. Bref, on ne peut pas penser que tous les hommes blancs qui ne représentent pas 47 % de la population, votent républicains, et que toutes les femmes issues des minorités votent démocrates, comme beaucoup aimeraient à se le représenter.

Ce que j’observe avec cette élection est un renforcement des démocrates dans les états dans lesquels les minorités deviennent une part plus importante de la population ; ce qui se traduit notamment par une réduction de score de TRUMP en 2020 par rapport à 2016 : en Arizona, au Nouveau-Mexique, au Texas et puis en Géorgie et en Caroline-du-Nord. Avec l’exception inverse de la Floride dans laquelle les Hispaniques, Cubains catholiques, sont très conservateurs.

Partant, la question est de savoir si les républicains peuvent encore gagner sans les 5 états précédemment mentionnés, qui représentent ensemble 85 grands électeurs. Or, la réponse est clairement NON, même si le candidat républicain réussit à s’emparer de tous les swing states de la Rust Belt, comme TRUMP a fait en 2016, lesquels sont en plus davantage acquis aux démocrates et avaient été perdus de justesse dans le contexte de la crise sidérurgique.

Pour autant, les démocrates n’auraient pas gagné s’ils n’avaient pas mobilisé tout cet électorat qui s’est levé contre TRUMP davantage que pour BIDEN, lequel ne va pas voter d’habitude. De telle sorte que si réellement, toute la population de chaque état allait voter, sur le seul nombre des minorités plutôt favorables aux démocrates, alors cela fait des années, au moins depuis 2000, que les républicains n’auraient plus pu revenir au pouvoir, et ils l’ont fait deux fois !

Je pense donc que les républicains peuvent encore revenir à court terme, y compris TRUMP en 2024, même si on n’a jamais vu un perdant réussir de la sorte, d’autant plus qu’il provoquerait de nouveau une mobilisation des démocrates contre lui, à cette condition que les démocrates ne se mobilisent pas, et que les équilibres démographiques n’évoluent encore pas trop, et la courbe démographique des minorités va elle aussi finir par se réduire au niveau des blancs.

Maintenant, les républicains peuvent opposer une parade à ce mouvement de l’Histoire qui pourrait d’ailleurs faire l’objet d’un nouvel article : présenter un candidat issu de la minorité, notamment hispanique. Auquel cas, ils pourraient, probablement si le candidat démocrate est aussi issu d’une minorité, se refaire dans certains états, soit du Sud avec un hispanique soit de l’Est avec un afro-américain, avec le problème de lien de l’élection au candidat du moment.

Autre problème de la politique américaine et je m’arrête là, est que le président n’est rien sans son Congrès. Et si les minorités peuvent s’identifier à un candidat au niveau national, il faut aussi qu’elles le fassent au niveau local. Ce qui compliquera de toute façon toujours plus la tâche des républicains, et conditionne finalement la politique à une représentation multi-culturaliste par ethnie, bien loin de l’idéal démocratique des pères fondateurs de la Nation…



Outil : Aux États-Unis d’Amérique (USA), la liste des swing states (états-pivots, états-changeants, états décisifs) en 2020

La catégorisation des « swing states » est éminemment politique.

La définition qui me semble la plus juste couvre 13 états que je vais détailler ci-après.

Cependant, si l’on veut remonter à la décennie 1990, alors il convient d’ajouter 7 autres états démocrates devenus « définitivement » républicains à partir de 2000.


Les nombres entre parenthèses indiquent le nombre de grands électeurs que chaque état rapporte au candidat vainqueur.

Il est intéressant d’observer que la Floride et l’Ohio ont toujours basculé en faveur du vainqueur ces vingt-cinq dernières années.

J’ai graissé les 4 états démocrates que TRUMP a remporté à la surprise générale en 2016, alors qu’ils étaient traditionnellement démocrates.


Les 13 swing states pour l’élection de 2020

Floride (29)

Indiana (11)

Iowa (6)

Massachusetts (11)

Nevada (6)

New Hampshire (4)

Nouveau Mexique (5)

Caroline-du-Nord (15)

Ohio (18)

Pennsylvanie (20)

Virginie (13)

Wisconsin (10)

Total de grands électeurs : 148 sur 538


Les 7 swing states supplémentaires en remontant à 1996

Arizona (11)

Arkansas (6)

Kentucky (8)

Louisiane (8)

Missouri (10)

Tennessee (11)

Virginie occidentale (5)

Total de grands électeurs : 59 sur 538

Total global : 207 électeurs sur 538



Outil : Aux États-Unis d’Amérique, le nombre de grands électeurs par état (en 2020)

Je n’ai trouvé nulle part de liste exploitable à jour des grands électeurs américains par état, sans oublier le district de Columbia.

Ils sont intégralement raflés par le candidat vainqueur dans l’état, à l’exception du Maine et du Nebraska qui les répartissent à la proportionnelle.

Le douzième amendement de la constitution étatsunienne prévoit que chaque état en ait un minimum de trois, correspondant au nombre minimum de parlementaires par état (deux sénateurs et un représentant).

Le nombre des autres grands électeurs est établi en proportion de la population de l’état.

La dernière révision a été établie pour la présidentielle de 2012. Une prochaine révision devrait avoir lieu après l’élection de 2020.

Les états sont classés dans l’ordre alphabétique de leurs noms en anglais.

En espérant que cela puisse servir à d’autres.


Alabama : 9

Alaska : 3

Arizona : 11

Arkansas : 6

Californie : 55

Colorado : 9

Connecticut : 7

Delaware : 3

District of Columbia : 3

Floride  : 29

Géorgie : 16

Hawaï : 4

Idaho : 4

Illinois : 20

Indiana : 11

Iowa : 6

Kansas : 6

Kentucky : 8

Louisiane : 8

Maine : 4

Maryland : 10

Massachusetts : 11

Michigan : 16

Minnesota : 10

Mississippi : 6

Missouri : 10

Montana : 3

Nebraska : 5

Nevada : 6

New Hampshire : 4

New Jersey : 14

Nouveau Mexique  : 5

New York : 29

Caroline-du-Nord : 15

Dakota-du-Nord : 3

Ohio : 18

Oklahoma : 7

Oregon : 7

Pennsylvanie : 20

Rhode Island : 4

Caroline-du-Sud : 9

Dakota-du-Sud : 3

Tennessee : 11

Texas : 38

Utah : 6

Vermont : 3

Virginie : 13

Washington : 12

Virginie occidentale : 5

Wisconsin : 10

Wyoming : 3



Pour en finir avec le procès en illégitimité de l’élection de Donald TRUMP en 2016

À l’occasion des élections américaines de mi-mandat, les différents médias ne cessent de rappeler que TRUMP a été devancé par CLINTON de près de 3 millions de voix, ce qui sous-entend qu’il serait illégitime. Or, le système américain des grands électeurs est justement intéressant, d’un point de vue démocratique, parce qu’il contrebalance les effets sociologiques de regroupement de population par affinités et niveau de richesse.

Du point de vue du système électoral états-unien, TRUMP a gagné. Il faut donc arrêter de vouloir imposer partout notre système français si démocratique que LE PEN, MÉLENCHON et DUPONT-AIGNAN font 45 % des voix au premier tour de la présidentielle, mais qu’ils n’ont ensuite que 6 % des députés à l’Assemblée… On devrait surtout s’interroger sur la concentration des bourgeois friqués et sur la ghettoïsation des immigrés qui provoquent ces résultats !


Pour comprendre la carte :

En rouge foncé, les états où TRUMP a obtenu plus de 30 % d’avance sur CLINTON,

En rouge clair, ceux où TRUMP a obtenu plus de 20 % d’avance sur CLINTON,

En rose, ceux où TRUMP a obtenu plus de 10 % d’avance sur CLINTON,

En jaune, les états où le score s’est joué à moins de 2 % entre les deux favoris

En bleu pâle, les états où CLINTON a obtenu plus de 30 % d’avance sur TRUMP,

En bleu turquoise, ceux où CLINTON a obtenu plus de 20 % d’avance sur TRUMP,

En bleu foncé, ceux où CLINTON a obtenu plus de 10 % d’avance sur TRUMP,

En gras, le nombre de grands électeurs de l’état.


L’enseignement majeur de cette carte est que les états dans lesquels les démocrates sont très majoritaires (plus de 20 % d’avance sur les républicains) sont plutôt des états très peuplés, comme la Californie ou New-York, ce qui se traduit par un grand nombre de grands électeurs ; et que les états dans lesquels les républicains sont très majoritaires (plus de 20 % d’avance sur les démocrates) sont des états assez peu peuplés, avec 5,6 grands électeurs en moyenne.

De telle sorte qu’à chaque scrutin, les démocrates sont en principe assurés d’obtenir un minimum de 117 grands électeurs, sur les 270 qu’il faut obtenir pour être élu, tandis que les républicains ne sont normalement garantis d’en avoir que 79. On observe donc bien ici une concentration des électeurs démocrates entre eux dans certains états localisés de l’Ouest et du Nord-Est, tandis que l’électorat républicain est beaucoup plus diffus dans la population.


Pour autant, la victoire de TRUMP relève bien d’un large mouvement populaire de fond, lequel se traduit par le fait qu’il a emporté la plupart des états clés indécis, les fameux swing states, souvent de justesse, à quelques dizaines de milliers de voix près. Car son discours économique protectionniste et anti-système a davantage su rassurer les ouvriers de la Rust Belt que le programme de CLINTON, héritière des échecs d’OBAMA, lui-même élu grâce à ces états.

Or, ce sont les seules voix de ces ouvriers industriels, minoritaires mais traditionnellement acquis aux démocrates, et qui auraient pourtant voté Bernie SANDERS, qui ont manqué à CLINTON. Et les analystes et les politologues, qui sont du système donc croient le connaitre, ne comprennent toujours pas qu’à cause de l’immigrationisme et du libéralisme des démocrates, ces gens aient pu aller voter pour TRUMP, alors que le parti républicain est celui du patron !

La France vit ce même mouvement, avec des socialistes qui à force de défendre l’immigration et de céder à la finance donc d’abandonner leurs usines, ont vu leur électorat ouvrier partir au Rassemblement national. Et les Français de droite, comme les États-uniens démocrates n’ont toujours pas compris que JUPPÉ aurait gagné face à MACRON grâce à sa ligne centriste, comme SANDERS aurait gagné face à TRUMP grâce à sa ligne anti-système, mais plus à gauche.


On peut donc toujours trouver injuste que ne participent au vote final que les seuls grands électeurs issus du parti arrivé en tête, ce qui est une règle qui n’est globalement pas contestée en dehors des périodes d’élections ; il suffirait en fait aux démocrates de mieux se répartir sur le territoire pour l’emporter puisqu’ils sont effectivement majoritaires en nombre.

On peut d’ailleurs repenser à toutes ces études parues dans les années 2000 et tendant à prouver que l’immigration allait permettre aux démocrates de s’emparer définitivement des différentes places du pouvoir américain. La preuve en est que non, grâce à ce système, et en cela, il me paraît tout autant démocratique que le vote populaire.

On rappellera enfin que TRUMP, qui aura quand même remporté 30 des 50 états, est quand même le quatrième président à être élu sans la majorité des suffrages populaires, et que même si ce système favorise les républicains, il n’empêche que ces derniers arrivent à être majoritaires à la Chambre des représentants, même sans jerrymandering, là encore parce que dans les districts, les démocrates sont plus concentrés entre eux, que les républicains !