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De mes difficultés avec la figure du Christ-Roi – octobre 2018

Je viens de commencer une formation religieuse ayant pour thème « La figure du Roi en Israël ». Pour la première session, il nous était demandé d’exprimer notre compréhension du Christ-Roi, afin de nous permettre d’observer un changement de perception, pendant, où à l’issue de la formation. Voici donc comment j’appréhende cette figure à ce jour.


J’ai personnellement beaucoup de mal avec l’image du Christ-Roi, et encore plus avec sa fête.

Dans ma tête, j’imagine les représentations du début du XXe siècle d’un Christ en gloire, ou en majesté, flottant dans les nuages et de fait inaccessible. Et ce n’est pas l’image que j’ai de Jésus.

Mais surtout, cette fête me semble nier une des raisons de la venue de Jésus : c’est Dieu qui s’humanise, pour que l’humanité se divinise. Et finalement, au lieu d’une société égalitaire du Peuple de Dieu, dans laquelle Dieu lui-même vient se mettre à notre niveau, l’Église le remet sur un marche-pied pour qu’il reste quand même au dessus de nous, comme si nous risquions de ne plus l’aimer, le respecter voire le craindre s’il est comme nous.


Lorsque je regarde les textes liturgiques choisis pour cette fête, je suis tout autant mal à l’aise.

La première lecture, dans le livre d’Ézéchiel, comme le Psaume développe l’image d’un berger. Et j’aime cette image.

Mais la lettre de Paul fait de Jésus celui qui rend le pouvoir royal à Dieu, pour lui permettre de vaincre la mort, et là s’exprime ma difficulté avec la Trinité.

Tandis que l’Évangile fait de Jésus celui qui fait le tri entre les gentils qui iront au « paradis » et les méchants qui iront aux enfers.


Et je repense, en écrivant ces lignes, à une conversation que j’avais avec un aumônier catholique de Fleury-Mérogis, concluant nos propos sur la conviction commune et partagée que l’enfer ou les enfers, s’ils existent, sont vides parce que Jésus a fait le ménage.

Et mon Jésus, enfin mon Dieu, n’envoie personne aux enfers.


De là, qu’est-ce qu’on met derrière l’image de Roi ?

Est-ce Louis XIV, voire même MACRON, ou est-ce le bon roi idéal, qui sert son peuple et vit et combat avec eux comme certains au Moyen-Âge ?


Je veux donc bien d’un Christ-Roi, en tant que berger solidaire. (Pas celui qui est opposé à l’ours, parce qu’il ne veut pas monter avec ses bêtes dans la montagne)

Mais je n’en veux pas en tant que juge qui conduit aux enfers, parce que je ne crois pas que dans son amour, il puisse priver les Hommes de l’Amour de Dieu, tout en respectant leur propre liberté de s’en priver eux-mêmes.

Or, je ne pense pas que l’une de ces images aille sans l’autre. D’où mes actuelles difficultés avec le figure du Christ-Roi, tel que je le comprends aujourd’hui en octobre 2018, par ce que l’Église m’en dit…

À suivre…



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L’Église catholique et les jeunes, en France et en 2018

À l’approche du Synode des jeunes, je voudrais réagir par rapport à nombre de lieux communs qu’on peut entendre de part et d’autres.

Bien sûr que les jeunes chrétiens se désintéressent de la religion ; on pourrait même dire les jeunes croyants, à l’exception notable des musulmans, en tant que la religion comprend chez eux un volet culturel et identitaire, qu’il n’y a plus en France du fait de la séparation de l’Église et de l’État, ce qui n’existe pas pareillement en terre d’islam, où le religieux influe le politique.

Mais vouloir se rassurer, en affirmant que si les jeunes chrétiens ne sont pas à la messe, heureusement qu’ils sont aux JMJ (Journées mondiales de la jeunesse) ou au FRAT (Fraternel), ou dans des mouvements et services chrétiens, est encore une excuse pour l’Église, afin d’éviter aux chrétiens de s’intéresser aux jeunes en détournant le regard ailleurs !

De la même manière que dire que si les jeunes ne sont plus chrétiens, c’est uniquement à cause des positions de l’Église sur la sexualité, la contraception, l’avortement, est très réducteur. Et traduit généralement notre propre difficulté à appréhender ces sujets, et à penser qu’on ne peut pas s’opposer à l’Église tout en reconnaissant la valeur de son message.

Non pas que le Christ soit absent des JMJ et autres associations chrétiennes, quoique… Mais il n’est pas possible d’être chrétien sans la messe, en tant qu’elle est le lieu du rassemblement et du partage de la Parole et de ce pain qui matérialise le signe de notre unité. Donc, il est réellement inquiétant que les jeunes n’aient plus le sens de la messe.

Et dans le même temps, on peut parfois les comprendre, quand la messe est pénible. Que le prêtre sermonne de moraline, non sans s’écouter parler pendant parfois 20 minutes. Que les chrétiens ne s’accueillent pas, ne se parlent pas, et sont juste là par peur de la mort, en se disant qu’une heure max pour le Seigneur est la bonne équation pour le salut.

J’entends régulièrement les « vieux » dire qu’ils sont prêts à écouter les jeunes, à se laisser ébranler ou interpeller. C’est faux ! Du moins, je ne l’ai jamais vérifié à l’échelle d’une paroisse. Ce sont toujours ces vieux qui pensent pour les jeunes, et s’étonnent que ça ne fonctionne pas, alors que cela fonctionnait avec eux… il y a des dizaines années.

Pour autant, les jeunes chrétiens sont loin d’être les petits anges qu’on aime à se représenter. Beaucoup, Trop, n’ont pas de réflexion personnelle affutée, et se contentent de défendre un point de vue, en recrachant des arguments, qui tombent plus ou moins juste, et s’inscrivent dans une logique philosophique qui est parfois contradictoire car irréfléchie.

Par exemple, le débat politique récent porte beaucoup sur les question d’éthique et de famille. Or, certaines prises de position tendent à montrer que ces mêmes jeunes n’ont pas conscience du milieu dans lequel la religion les inscrit, et s’arrangent finalement de leur foi, au nom d’un politiquement-médiatiquement correct, qu’ils se refusent trop souvent de défier.

La spiritualité des jeunes doit nous poser question. Pourquoi ce regain d’intérêt pour la prière déresponsabilisante ? Pourquoi cet attrait pour les communautés évangéliques nouvelles ? Non pas là non plus que le Christ y soit absent, mais qu’on s’éloigne toujours plus de l’action évangélique de Jésus, et de cette grande communauté familiale qu’est l’Église.

Alors quelle « Église » attendent-ils ? On pourra employer tous les qualificatifs pour désigner une politique qui évoluera forcément. Mais ne faudrait-il pas plutôt une Église qui laisse libre, tout en proposant le cadre de l’Évangile et les repères que sont la Tradition (à comprendre dans un sens moderne) ? Et les chrétiens actuels s’en défient, et ferment plutôt la porte…

Tant que l’Église prétendra que les jeunes construisent le monde de demain (alors qu’ils bâtissent déjà celui d’aujourd’hui), et qu’on ne leur laissera que l’avenir (alors qu’il faudrait déjà s’occuper du présent), ne nous étonnons pas que nos églises se vident. Car c’est nous qui fermons les portes et empêchons l’inclusion des nouveaux, jeunes et moins jeunes !



Pourquoi représenter le Christ en croix ?

D’une croix à l’autre. Le diocèse d’Évry a été sollicité par un artiste contemporain qui propose de lui vendre ses créations, notamment pour les catéchumènes (personnes qui se préparent à recevoir les sacrements chrétiens de l’initiation) à qui l’on remet symboliquement une croix à la fin du rite d’entrée dans l’Église. Personnellement, j’ai quelques doutes tant sur le message, que sur la théologie qui accompagne cette croix.

Qu’est-ce que l’Église signifie par la remise de la croix ? Qu’est-ce que la croix nous dit aujourd’hui en 2017 ? Que voulons-nous en faire ? Pourquoi remettre celle-ci plutôt qu’une autre ? La croix des professions de foi pour les enfants de 5e est d’autant plus significative qu’ils la fabriquent eux-mêmes (du moins, à mon époque). L’artiste a raison de nous interpeller, mais notre réponse à cette interpellation doit aller au-delà d’un simple « J’achète ».


Dans le même temps, la croix nous parle de la résurrection, et elle est aussi très dure en tant qu’elle nous rappelle que nous avons laissé les Hommes mettre à mort Dieu, et que nous ne sommes pas intervenus, alors que Jésus était notre Dieu.

Je crois donc que la croix est d’autant plus belle (et d’autant plus réaliste) qu’elle est vide. Donc qu’elle nous indique que le Christ est ressuscité, et qu’il n’est plus là à souffrir, lâchement abandonné par la plupart de ceux qui l’avaient suivi.


Je crois aussi profondément que notre Dieu ne nous invite pas à vénérer un morceau de bois sur lequel il a passé les neuf dernières heures de sa vie et où il serait abusivement représenté (de la même manière que la crèche ; Jésus n’y est plus car il est ressuscité). Mais il nous invite à aller partout où il peut désormais être, donc hors de cette croix, et à vivre pleinement notre vie de chrétien.

Je ne suis pas d’accord avec l’artiste lorsqu’il dit que parce qu’il n’a pas vu le Christ, alors il ne peut pas le représenter. Comme le dit l’évangile de Jean en 1,18 : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ». Et pourtant, cela ne nous empêche pas de nous imaginer Jésus, bien sûr en tant que cette fameuse silhouette qui hante nos vitraux et nos bibles. Mais aussi et surtout, au travers de la réalisation de tous les actes d’amour commis sur Terre.

Je suis sinon dérangé par cette phrase qui dit que Jésus se serait laissé crucifier. Est-il juste un Socrate qui a été prêt à boire sa cigüe pour ne pas qu’on l’accuse de s’être renié sur ses idées ? Et pourquoi dire que c’est l’Esprit qui lui fait demander au Père pourquoi il l’a abandonné ? Oui, la Trinité est dérangeante en tant que difficilement perceptible par l’Homme, mais arrêtons de vouloir la caser partout, comme s’il devait impérativement exister un équilibre.


Jésus en ressuscitant ne laisse pas d’espace sur la croix. Il l’a comblée tout entier, et si nous avons à suivre le Christ, ce n’est pas sur la Croix ni même en tant que martyrs, mais bien en tant que disciples et que témoins, cherchant à vivre de l’Amour de Dieu et à le partager. Et cela, je dis que nous pouvons le faire qu’au nom de la Croix (en tant qu’elle a permis la mort qui permet la vie), mais pas depuis la croix.



Commencer un accompagnement catéchuménal vers la confirmation avec le Symbole des Apôtres

Pour l’année à venir, je me lance dans l’accompagnement d’un jeune homme vers la confirmation. Oui, mais par quoi commencer, alors que je ne connais rien du cheminement et de la foi de cette personne ? La prière du symbole des apôtres (Credo) m’est alors apparue comme un bon compromis pour permettre à la personne de s’exprimer, tout en expliquant les principaux « points de doctrine » des chrétiens.

Ce cheminement à partir de la prière du Credo est aussi celui du parcours « Matins d’évangile« , édité par le Service nationale de la catéchèse et du catéchuménat qui détaille dans des fiches chaque point de la prière de Nicée-Constantinople, tout en la reliant à un texte d’Évangile. Bien sûr, la première chose à faire est d’abord de faire connaissance, tout en essayant pour l’accompagnateur de comprendre les motivations de la demande sacramentelle.


Les « idées » développées dans le Credo

  • l’existence de Dieu
  • la Trinité
  • la relation Père-fils
  • les récits de Création (science et religion)
  • le spirituel et le temporel
  • le saint-Esprit
  • l’Incarnation
  • Marie
  • l’Occupation romaine et la judéité de Jésus
  • la place de la souffrance
  • le rôle des Hommes dans la mort de Jésus
  • la crucifixion
  • la mort
  • les enfers / le paradis
  • la résurrection
  • le troisième jour
  • les cieux
  • la droite de Dieu
  • le jugement « dernier »
  • l’Église catholique
  • la communion des saints
  • le pardon des péchés
  • la vie éternelle

Symbole des Apôtres ou de Nicée-Constantinople ?

Le premier est un texte de simples croyants qui ont connu Jésus dans son intimité puis après sa résurrection. Il est intéressant pour son accessibilité mais surtout parce que ce sont des mots vrais qui résument la foi des premiers chrétiens. Le second est un texte de théologiens qui ne connaissent Jésus que par les témoignages du Christ ressuscité. C’est un texte qui établit la doctrine de l’Église mais qui est beaucoup plus compliqué pour le mettre en lien avec nos vies.


Comment j’ai procédé ?

Nous avons lu ce texte ensemble phrase après phrase, en nous arrêtant sommairement sur tous les éléments cités plus haut pour les expliquer, afin de voir comment le catéchumène les comprenait et s’ils avaient de l’importance dans sa foi aujourd’hui. Lors des réunions suivantes, nous développerons, en fonction des réponses du catéchumène et de ses attentes, ces différents thèmes en lien avec des textes (catéchétiques ou autres) de l’Évangile.


L’idée, à la fin de la préparation, est de prendre alors le symbole de Nicée-Constantinople (sinon de reprendre ce symbole des Apôtres) et de voir comment les réponses ou les réflexions par rapport à ces thèmes ont évolué. Bien sûr, certaines thématiques sont plus importantes que d’autres, lesquelles ne doivent pas constituer l’essentiel des questionnements. Le rôle de l’accompagnateur est alors de discerner pour donner un bon équilibre à l’accompagnement.