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Réflexions sur la journée mondiale des pauvres

Je vous avoue être assez mal à l’aise avec le principe de la première « journée mondiale des pauvres », décrétée par le Pape, qui a eu lieu ce dimanche 19 novembre 2017. Mais plus que tout par cette déclaration du saint Père lorsqu’il décrit les pauvres comme « passeports du paradis ». Surtout parce que j’ai de plus en plus l’impression que l’Église participe à maintenir sinon à créer des pauvretés pour auto-justifier son action.

Il y a déjà ce problème qui consiste à réduire des personnes à leur situation sociale. Car sans vouloir occulter la réalité des pauvretés, je ne comprends pas, voire je trouve intolérable, d’entendre cela de la bouche de chrétiens. Où est le regard de miséricorde et de dignité humaine dans ces propos ? Sans compter cette vision médiévale du christianisme : plus tu souffres sur Terre, et plus tu seras heureux au paradis… Non, mais allo quoi, nous sommes en 2017 !

Je n’ai pas plus compris pourquoi on a choisi d’installer cette journée le dimanche où l’Évangile, dans un autre contexte que celui de la pauvreté financière, dit que « Celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a » (Mt 25, 29). Pour autant, il est tout à fait vrai que Jésus se soucie des personnes pauvres, vit avec elles, et leur promet d’accéder plus facilement à la vie éternelle. Sauf que son engagement est réel et permanent, et pas juste un coup de communication…

L’Église n’est pas Jésus, et il subsiste des comportements scandaleux de gaspillages et d’hypocrisie. Car c’est très bien d’aller entendre les prêtres nous dire qu’il faut aimer les personnes pauvres, mais comment est-ce qu’on se comporte avec la personne qui mendie à la porte de l’Église ? L’Église, par rapport à sa population, n’est encore pas assez sur le terrain social, et finirait presque parfois par se comporter comme les socialistes en donneuse de leçons.

Il y a quelques mois, Steve BANNON, conseiller de Donald TRUMP avait fait scandale en déclarant que l’Église encourageait l’immigration pour remplir ses églises. En Europe, je pense que cela n’est pas tout à fait faux même si l’immigration est davantage musulmane. Mais est-ce qu’on ne fait pas la même chose avec la pauvreté en se focalisant davantage sur des aides d’urgence que sur des aides au long terme, quand de toute façon, il faut les deux !

Et de se rappeler notamment de ce que Jésus dit aussi dans l’évangile de Jean : « Judas Iscariote, l’un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ? » Il parla ainsi, non par souci des pauvres, mais parce que c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l’on y mettait. Jésus lui dit : « Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. » » (Jn 12, 4-8)

Pour moi, lutter contre la pauvreté se caractérise davantage par un combat pour la réduction globale des inégalités que par une aide locale qui en plus n’est pas toujours justifiée à cause d’abus. Or, je trouve que l’Église nous dit davantage d’aider les pauvres que de lutter contre la pauvreté. Et en toute honnêteté, je ne vois pas comment les choses peuvent s’améliorer si l’action sociale n’est pas une fin ; mais uniquement un moyen de soulager sa conscience…



Les catholiques face aux dogmes de l’Église

Trop souvent, les catholiques donnent l’impression d’être des personnes soumises à des règles hors d’âge desquelles ils ne peuvent pas s’affranchir : les dogmes.

À vrai écrire, beaucoup de chrétiens, parce que mal à l’aise avec ces dogmes, préfèrent les éluder pour ne pas se poser de questions. Tandis que d’autres affirment par principe qu’ils ne sont pas d’accord avec eux, sans même bien les connaître, et trouvent ainsi leur justification à quitter l’Église.

Pourtant, un dogme n’est rien de moins qu’un développement d’une partie de la Révélation apportée par Jésus. Certes d’une manière plus ou moins capilotractée, suivant une logique qui très souvent nous échappe au premier abord.

Certains théologiens en profitent alors pour nous expliquer que le dogme n’est pas une vérité scientifique, mais que cela fait partie du mystère de Dieu et donc que nous ne pouvons pas entièrement le comprendre. Je n’aime pas beaucoup cette explication en cela qu’elle nous invite à croire et à nous taire ; et en même temps ô combien nous rappelle-t-elle l’incroyabilité et le merveilleux de la religion.

À bien y reprendre les évangiles, qu’est-ce que Jésus nous a dit de Marie, sa mère, des icônes, de la transsubstantiation et de l’infaillibilité du chef de l’Église ? D’autant que par exemple, le dogme de l’Assomption de Marie, s’appuie par exemple sur l’apocryphe de La mort de Marie.

Bien sûr, l’institution des dogmes au travers de l’Histoire répond à des problématiques temporelles, essentiellement politiques (lutte contre les hérésies, réponse au protestantisme, récupération du culte marial, balancement de la perte de pouvoir temporel du Pape…)

Pour autant, les chrétiens sont d’abord et avant tout invités à en comprendre le sens, y compris les raisons qui ont amené à son développement par l’Église, parce que le dogme n’est rien d’autre qu’un moyen d’aller vers Dieu.

Et ce n’est de toute façon pas la connaissance du dogme qui nous permet de cheminer vers Dieu, mais sa compréhension, et donc la manière dont nous le vivons qui nous rapproche de Dieu.

En cela, la question n’est pas de savoir si le Pape ne dit jamais de conneries, ni si Marie a vraiment été conçu sans péché, ni si la Transsubstantiation fait que tous les chrétiens font subir un véritable supplice à Jésus lorsqu’ils communient, mais qu’est-ce que cela nous dit de Dieu ?

Et à cette question, il n’y a pas une réponse figée, mais bien une réponse personnelle, qui dépend de l’époque, des dispositions personnelles et de bien d’autres choses.

Or, justement le concile Vatican II nous propose une nouvelle compréhension des dogmes, notamment sur le fait qu’ils ne se valent pas.

Déjà Dei Verbum modifie notre relation à la Révélation, qui fut trop longtemps considérée comme une suite d’enseignements moraux de Jésus. Vatican II nous rappelle que c’est d’abord Dieu se révèle lui-même tel qu’il est lui.

Mais surtout Unitatis redintegratio nous rappelle nos priorités en son onzième paragraphe ; celles-là même qui sont impératives pour le dialogue interreligieux : « Il y a un ordre ou une hiérarchie des vérités de la doctrine catholique, en raison de leur rapport différent avec le fondement de la foi chrétienne »

Être mal à l’aise avec un dogme est donc normal, mais c’est aussi d’une manière être mal à l’aise avec la foi de l’Église (déjà le Symbole des Apôtres est difficile). En cela, le chrétien est donc invité à s’interroger sur son rapport au dogme, tout en gardant en tête que ce n’est pas là l’essentiel de sa foi, qui est bien Dieu.

Mais quand même : Pourquoi l’Église a-t-elle fait le choix de dire ou de faire cela ? Et peut-être que nous n’aurons pas de réponse de suite, ou peut-être que nous ne serons pas d’accord avec la réponse que nous aurons trouvé ?

À partir donc du moment où cette réponse ne fera pas sens dans notre vie, ou ne nous aidera pas à cheminer vers Dieu, qu’est-ce qui nous empêche d’avancer autrement ? L’important est juste de ne fermer aucune porte, en décrétant sa réponse du moment comme définitive, et de s’autoriser à revenir un jour sur ses réponses.

Oui, le dogme est sujet de doutes. Mais qu’est-ce qu’une foi sans doutes ? Sinon peut-être la religion que nous nous faisons pour nous convenir ; celle qui en fait oublie Dieu, quand elle ne fait pas de nous notre propre divinité ?



Un pacte de fraternité signé par les principaux monothéismes essonniens

À l’issue du colloque « Liberté de pensée et liberté religieuse : la place des croyants dans la cité« , les trois principaux monothéismes présents en Essonne (juifs, chrétiens et musulmans) ont signé un « pacte de fraternité » pour « construire la paix« . La signature interreligieuse a eu lieu le dimanche 17 avril 2016 au Conseil départemental de l’Essonne, en présence des représentants officiels des croyants du Département.

Alors je devrais être heureux de la signature de ce pacte, mais en réalité, je n’y crois pas. Non pas parce que je pense que les signataires ne sont pas sincères dans leurs démarches. Mais plutôt parce que beaucoup de croyants ne se reconnaissent pas dans les autorités religieuses qui ont procédé à cette signature. Ensuite, ce n’est pas de dire et de répéter qu’on veut faire la paix en sautant sur sa chaise, qui va réellement provoquer la paix…


Sur la représentativité des autorités

Pour les chrétiens, c’est structuré donc c’est la parole de l’évêque qui fait loi. Pour les juifs, Michel SERFATY est reconnu par les modérés. Mais je pense que vous ne ferez pas admettre aux juifs orthodoxes qu’il est leur rabbin (par exemple à ceux de Savigny). Quant aux musulmans, Khalil MERROUN a autorité sur les mosquées essonniennes et ceux qui les fréquentent. Mais juridiquement pas, par exemple, sur les musulmans de Savigny.


Sur la sémantique de ce pacte d’avenir (et le présent ?)

Je découvre le « racisme anti-musulman » ; je ne savais pas qu’être musulman était une race. Je déplore encoure une fois qu’on mette au même niveau l’antisémitisme, le racisme et la haine. Je suis gêné par l’emploi du mot « éducation » parce que même en connaissant l’histoire joyeuse ou douloureuse des liens interreligieux, cela ne change pas la relation nouvelle qui existe et s’invente en 2016 en Essonne, avec des références comme celle du conflit israélo-palestinien.


Sur la vision des religions

C’est bien de vouloir donner une belle image à la société. Mais peut-être devrions nous commencer par former nos croyants ? Et pas aux religions théoriques, mais aux religions telles qu’elles se pratiquent effectivement. Par exemple, sur l’islam, arrêtons dès lors de toujours crier que l’islamisme n’est pas l’islam quand c’est malheureusement une forme d’islam que nous savons présente en Essonne avec notamment des salafistes dont des Frères musulmans.


Provoquer le dialogue

J’adhère pleinement à l’esprit de ce pacte. Toutefois, je constate dès que je veux dialoguer, soit que je ne trouve pas d’interlocuteurs, soit que nous nous connaissons si bien ou si mal que nous n’avons rien à nous dire sinon des banalités. Et généralement, ça finit qu’on arrête avant de se disputer sur une controverse théologique qui ne peut que nous séparer. Une résolution peut être de créer des lieux de dialogue, qui soient par exemple numériques notamment !


Je n’aime pas la politisation du pacte

Si la République était réellement laïque, elle ne prendrait pas part dans la signature de ce pacte, ou alors, elle le ferait par l’intermédiaire du Préfet. Est-ce de l’action sociale ; je ne vois pas quelle compétence de François DUROVRAY, comme président du Département, cela vient-il chatouiller pour nécessiter son graffiti personnel. De là à penser qu’il a accepté pour faire des photos et dire qu’il agit pour la paix, il n’y a qu’un pas que je franchis d’un bond.


Pour retrouver le texte du pacte sur un plus grand format :

Pacte-fraternité-2016

Cliquez dessus pour agrandir


Maintenant, il ne nous reste plus qu’à vivre ce pacte, sans pour autant croire que tout va aller mieux parce qu’il a été signé. Car ce n’est pas le premier ni le dernier à être passé entre trois bons copains religieux qui eux, n’ont aucun problème à vivre ensemble. Non, la vraie difficulté peut exister à la base, surtout quand la politique vient s’y mêler. Montrons nous optimistes et commençons donc par parler de ce (ou Celui) qui nous rassemble : Dieu ?

Ce que les scandales « Piss Christ » montre de chrétiens de 2014

Depuis huit jours, un homme à Ajaccio (Corse) mène une grève de la faim contre la venue de Piss Christ (ou Immersion), oeuvre de l’américain Andres SERRANO. Cette réaction violente n’est pas la première contre la photographie controversée de 1987. Rappelons-nous du scandale provoqué à Avignon en 2010 lors de l’exposition de la pièce. Or, cette contestation révèle un malaise des chrétiens de 2014 face à la personne du Christ.

Oui, le nom de cette oeuvre est un blasphème. Et après ? L’artiste a plongé un crucifix dans un verre rempli de son urine et de son sang, ce qui donne l’image d’un crucifix sur un fond orangé. En même temps, on ne nous le dirait pas, personne ne pourrait le savoir. Le scandale porte donc sur le fond de l’oeuvre plutôt que sur sa forme, qui bien exposé, est objectivement intéressante pour ne pas dire belle d’un point de vue artistique.

Une synthèse de la vie du Christ

Jésus s’est littéralement « fait pisser » dessus pendant toute sa vie publique. Par certains juifs notamment, à commencer par les Pharisiens, mais par beaucoup de gens du peuple ce qui l’incitera à dire « Nul n’est prophète en son pays. » Le summum de cette haine se traduisant par son assassinat par les Romains, étrangers à sa religion. Encore aujourd’hui, des chrétiens se font pisser dessus comme en Irak. Or, Jésus nous dit que ce que nous faisons au plus petit de nos frères, c’est à Lui que nous le faisons.

Le Christ vivant en évangélisation

Tant qu’on parle de cette oeuvre, on ne parle pas d’autre chose. Oui, notre Dieu est vivant et nous pouvons lui donner un visage ; celui du Christ. C’est une chance que ne partagent pas les juifs et les musulmans qui ne peuvent pas représenter Dieu (ou Muhammad pour les seconds). Depuis plus de 25 ans, cette photo fait le tour du monde et participe à parler du Christ, d’une manière qui peut certes nous déplaire, à un large public. Réjouissons nous donc que 2000 ans plus tard, notre religion existe encore et fasse parler d’elle.

Interroger la réaction intégriste

Le vrai problème que rencontre certains intégristes est que cette représentation casse leur image du Dieu parfait, policée, dans les nuages au dessus des problèmes des Hommes. Or, en dénigrant cette oeuvre, ils nient l’Incarnation du Christ et sa nature humaine. Pire, ils récusent l’humanité (et la divinité même) des substances que sont l’urine et le sang. Non, cela n’a rien de sale et ces liquides sont naturels. Sur la Croix, Jésus n’a-t-il pas perdu du sang et de l’eau de son flanc percé ?

Toutes ces questions  « artistiques » sont secondaires et font perdre un temps fou et une énergie précieuse aux chrétiens. Le message du Christ est un message de paix, d’Amour et de solidarité. Nous avons du travail et il n’y a pas besoin d’aller à la périphérie pour agir.