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Bravo Bernie SANDERS ! (Sur son abandon aux primaires du parti démocrate de 2020)

Voilà, c’est fini. À 78 ans, il s’agissait certainement de la dernière campagne de Bernard SANDERS dit Bernie. Pourtant, c’est bien lui qui a donné le rythme de cette campagne, tant au niveau des idées, que lorsqu’il est apparu comme l’homme à abattre, concentrant l’union décisive de tous ses adversaire. Et pour cela, et même si je ne partage pas ses idées sociales-démocrates, j’ai beaucoup de respect pour lui.

En 2016, on lui avait reproché d’avoir empêché le rassemblement du parti démocrate derrière Hillary CLINTON. Nul doute qu’en 2020, on reprochera de toute façon à ses militants de ne pas faire l’union sacrée derrière BIDEN, alors qu’il faudrait peut-être regarder tout ce qu’ils se sont pris, notamment de la part des médias, qui en faisaient le candidat qui voulait transformer les États-Unis d’Amérique en nouvelle URSS. Une rhétorique de la terreur assez minable.

Je ne sais pas si SANDERS aurait pu faire mieux que CLINTON en 2016. Le vrai responsable de la défaite démocrate en 2016 est OBAMA qui ne s’est pas assez occupé des difficultés économiques de la Rust Belt, frappée par la crise bancaire et économique de 2008. De la même manière, le seul responsable de la défaite de TRUMP en 2020 sera TRUMP lui-même, selon qu’il aura convaincu l’électorat de ces swing states de rester avec lui, et de lui faire encore confiance.

Tout cela pour dire, et les premiers résultats des primaires le démontrent, que BIDEN ne gagnera pas pour qui il est, surtout que TRUMP va rapidement le marginaliser, en rappelant qu’à 77 ans, il s’endort pendant les discours, il bégaie et chercher ses mots et surtout qu’il y a un doute sur sa probité par rapport au travail de son fils en Ukraine. Bref, je reste convaincu que les démocrates qui n’allaient pas voter TRUMP auraient quand même fait gagner SANDERS.

D’autant plus que c’est SANDERS qui a écrit le programme du parti démocrate avec les idées de Green New Deal (et finalement d’écologie), de diminution des frais d’inscription à l’université ou de nouveaux programmes sociaux. Et je ne crois pas un instant qu’un BIDEN élu en ferait quelque chose, parce qu’il n’y croît pas. Il a été mou pendant toute sa carrière politique, mais en tant que centriste, il a finalement à concilier tout le monde, d’où qu’il ait été vice-président.

SANDERS devrait maintenant logiquement préparer Alexandria OCASIO-CORTEZ à lui succéder pour défendre l’aile gauche du parti. Il perd parce que les noirs américains ne l’ont jamais soutenu, que les jeunes et les hispaniques ne sont pas assez allés voter et que tous ses concurrents, y compris WARREN, ont fait bloc contre lui. Mais il aura au moins gagné d’avoir gauchisé le parti démocrate, tout en préparant son renouvellement, bien que minoritaire.

Et en plus, il aura gagné cela sans PAC (comités d’actions publiques) qui permettent à des entreprises de financer les candidats ! Tous les candidats avaient refusé d’en bénéficier, sauf BIDEN à cause des ennuis qu’on lui faisait par rapport à son fils. De toute façon, c’est OBAMA qui fera sa campagne, et c’est aussi pour cela qu’on a demandé à SANDERS de se retirer, de manière à permettre à OBAMA de sortir de sa réserve pour faire le duel contre TRUMP.



Pour en finir avec le procès en illégitimité de l’élection de Donald TRUMP en 2016

À l’occasion des élections américaines de mi-mandat, les différents médias ne cessent de rappeler que TRUMP a été devancé par CLINTON de près de 3 millions de voix, ce qui sous-entend qu’il serait illégitime. Or, le système américain des grands électeurs est justement intéressant, d’un point de vue démocratique, parce qu’il contrebalance les effets sociologiques de regroupement de population par affinités et niveau de richesse.

Du point de vue du système électoral états-unien, TRUMP a gagné. Il faut donc arrêter de vouloir imposer partout notre système français si démocratique que LE PEN, MÉLENCHON et DUPONT-AIGNAN font 45 % des voix au premier tour de la présidentielle, mais qu’ils n’ont ensuite que 6 % des députés à l’Assemblée… On devrait surtout s’interroger sur la concentration des bourgeois friqués et sur la ghettoïsation des immigrés qui provoquent ces résultats !


Pour comprendre la carte :

En rouge foncé, les états où TRUMP a obtenu plus de 30 % d’avance sur CLINTON,

En rouge clair, ceux où TRUMP a obtenu plus de 20 % d’avance sur CLINTON,

En rose, ceux où TRUMP a obtenu plus de 10 % d’avance sur CLINTON,

En jaune, les états où le score s’est joué à moins de 2 % entre les deux favoris

En bleu pâle, les états où CLINTON a obtenu plus de 30 % d’avance sur TRUMP,

En bleu turquoise, ceux où CLINTON a obtenu plus de 20 % d’avance sur TRUMP,

En bleu foncé, ceux où CLINTON a obtenu plus de 10 % d’avance sur TRUMP,

En gras, le nombre de grands électeurs de l’état.


L’enseignement majeur de cette carte est que les états dans lesquels les démocrates sont très majoritaires (plus de 20 % d’avance sur les républicains) sont plutôt des états très peuplés, comme la Californie ou New-York, ce qui se traduit par un grand nombre de grands électeurs ; et que les états dans lesquels les républicains sont très majoritaires (plus de 20 % d’avance sur les démocrates) sont des états assez peu peuplés, avec 5,6 grands électeurs en moyenne.

De telle sorte qu’à chaque scrutin, les démocrates sont en principe assurés d’obtenir un minimum de 117 grands électeurs, sur les 270 qu’il faut obtenir pour être élu, tandis que les républicains ne sont normalement garantis d’en avoir que 79. On observe donc bien ici une concentration des électeurs démocrates entre eux dans certains états localisés de l’Ouest et du Nord-Est, tandis que l’électorat républicain est beaucoup plus diffus dans la population.


Pour autant, la victoire de TRUMP relève bien d’un large mouvement populaire de fond, lequel se traduit par le fait qu’il a emporté la plupart des états clés indécis, les fameux swing states, souvent de justesse, à quelques dizaines de milliers de voix près. Car son discours économique protectionniste et anti-système a davantage su rassurer les ouvriers de la Rust Belt que le programme de CLINTON, héritière des échecs d’OBAMA, lui-même élu grâce à ces états.

Or, ce sont les seules voix de ces ouvriers industriels, minoritaires mais traditionnellement acquis aux démocrates, et qui auraient pourtant voté Bernie SANDERS, qui ont manqué à CLINTON. Et les analystes et les politologues, qui sont du système donc croient le connaitre, ne comprennent toujours pas qu’à cause de l’immigrationisme et du libéralisme des démocrates, ces gens aient pu aller voter pour TRUMP, alors que le parti républicain est celui du patron !

La France vit ce même mouvement, avec des socialistes qui à force de défendre l’immigration et de céder à la finance donc d’abandonner leurs usines, ont vu leur électorat ouvrier partir au Rassemblement national. Et les Français de droite, comme les États-uniens démocrates n’ont toujours pas compris que JUPPÉ aurait gagné face à MACRON grâce à sa ligne centriste, comme SANDERS aurait gagné face à TRUMP grâce à sa ligne anti-système, mais plus à gauche.


On peut donc toujours trouver injuste que ne participent au vote final que les seuls grands électeurs issus du parti arrivé en tête, ce qui est une règle qui n’est globalement pas contestée en dehors des périodes d’élections ; il suffirait en fait aux démocrates de mieux se répartir sur le territoire pour l’emporter puisqu’ils sont effectivement majoritaires en nombre.

On peut d’ailleurs repenser à toutes ces études parues dans les années 2000 et tendant à prouver que l’immigration allait permettre aux démocrates de s’emparer définitivement des différentes places du pouvoir américain. La preuve en est que non, grâce à ce système, et en cela, il me paraît tout autant démocratique que le vote populaire.

On rappellera enfin que TRUMP, qui aura quand même remporté 30 des 50 états, est quand même le quatrième président à être élu sans la majorité des suffrages populaires, et que même si ce système favorise les républicains, il n’empêche que ces derniers arrivent à être majoritaires à la Chambre des représentants, même sans jerrymandering, là encore parce que dans les districts, les démocrates sont plus concentrés entre eux, que les républicains !




Pourquoi Hillary CLINTON a perdu / Pourquoi Donald TRUMP a gagné ?

À en écouter les commentateurs de la vie politique, on a l’impression que TRUMP a gagné parce que l’Amérique réactionnaire fantasmée (blanche, obèse, rurale, pollueuse, armée, à la messe tous les dimanches, raciste…) s’est plus largement plus déplacée que l’Amérique moderne, bo-bo et colorée qui aurait due faire triompher Hillary CLINTON. Je pense a contraire qu’on ne peut justement pas dresser l’électorat-type de TRUMP.

Je vais donc essayer de lister un certain nombre d’arguments qui ont pu, de manière combinée, être décisifs. Certains auront peut-être convaincu dix personnes ; d’autres des centaines de milliers… Toujours est-il que le résultat est là, et que le TRUMP bashing commence à devenir lourdingue. Le pire étant les médias et les commentateurs (qui vivent de cela, éditorialistes de tous poils) qui refusent de reconnaître leur plantage, et d’annoncer que ce sera catastrophique.


Les républicains reculent globalement (TRUMP fait 700 000 voix de moins que ROMNEY)

Je pense effectivement que Bernie SANDERS aurait pu gagner cette élection car il aurait obtenu le soutien des jeunes et des oubliés de la mondialisation, dont Hillary s’est privée, les croyant acquis. Ce faisant, elle a obtenu près de 5 millions de voix en moins que Barack OBAMA en 2012. Mais si on regarde l’élection du Congrès, les républicains perdent plusieurs postes et sont à la limite de conserver la majorité. Ce n’est clairement pas un raz-de-marée pour TRUMP.


Pourquoi Hillary CLINTON a perdu ? (liste non exhaustive)

  • parce qu’elle est profondément impopulaire
  • parce qu’elle est aux affaires depuis trop longtemps
  • parce qu’elle communique mal sur son bilan et ses réussites, donnant l’image d’une bourgeoise loin des plus pauvres
  • parce que Bill n’est pas si populaire que l’on voudrait faire croire
  • parce que son vice-président n’était pas bon et s’est vautré dans son duel avec Mike PENCE
  • parce qu’elle a été trop idéologue dans sa volonté de supprimer le second amendement sur le port d’armes
  • parce que le financement de sa campagne s’est révélé douteux (par le Qatar notamment)
  • parce que les affaires des emails et de la fondation Clinton l’ont desservi
  • parce qu’elle s’y croyait déjà
  • parce que le bilan de Barack OBAMA est mitigé
  • parce que Hillary n’a parlé qu’à l’Amérique des villes en oubliant l’Amérique des campagnes
  • parce que ses soutiens ont été ridicules ; le comble ayant été MADONNA proposant de sucer les électeurs
  • parce que les partisans de Bernie SANDERS ont préfère s’abstenir
  • parce que trop peu d’Américains se sont déplacés aux urnes
  • parce que le vote afro-américain, hispanique et féminin ne lui était pas acquis
  • parce qu’OBAMA a beaucoup déçu, entrainant les démocrates dans sa propre chute, qui se sont alors abstenus

Pourquoi Donald TRUMP a-t-il gagné ? (liste non exhaustive)

  • parce qu’il n’est pas que le clown qu’on nous a présenté
  • parce que derrière ses discours, il y a un fond (on voit l’évolution lorsqu’il a changé de directeur de campagne)
  • parce qu’il a su parler à l’Amérique profonde
  • parce qu’il a profité de l’effet Jesse Ventura (cf Michael MOORE ; on vote pour une personne connue parce qu’on ne veut pas voter pour le candidat du système mais qu’on a la flemme de faire un vote blanc ou nul)
  • parce qu’il a ciblé avec succès certains intérêts clientélistes qu’il était seul à défendre (les armes, la peine de mort, le cannabis, la non-vaccination, l’anti-avortement – pro life…)
  • parce que les électeurs républicains ne se sont pas reportés sur les autres candidats indépendants
  • parce qu’il incarne le rêve américain ; pouvoir devenir milliardaire, faire faillite mais se relever…
  • parce qu’il semble incorruptible en se finançant lui-même
  • parce qu’il possède une image naturelle de leader
  • parce que les Américains sont machistes
  • parce qu’il a su mettre en scène sa famille au contraire d’Hillary
  • parce qu’il a su s’imposer dans la téléréalité et les médias ; il a accaparé 70 % du temps médiatique, certes parce qu’on se foutait de lui, mais c’est bien de lui qu’on parlait.
  • parce que les Américains ont voulu s’opposer au système mondialisé

L’élection ne s’est pas jouée à grand chose, mais ce sont clairement les états du Nord-Est (de la Rusbelt ; la ceinture de rouille) qui ont fait triompher TRUMP, donc le facteur économique. Par delà ce choix, ce n’est pas une idéologie, ni même un camp politique, qui a été désigné mais la volonté de retrouver du travail là où il n’y en a plus. TRUMP, enrichi grâce à la mondialisation, a réussi à faire croire qu’il pourrait amender le système de l’intérieur. Nous verrons bien !