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De la rénovation urbaine au renouvellement urbain, d’une sémantique à l’autre

Albert CAMUS disait : « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. »

Prenons maintenant l’objet « politique de la Ville ».

Peut-être trouverons-nous ici la raison de ce glissement sémantique, lourd de conséquences, qui nous fait passer de la « rénovation urbaine » au « renouvellement urbain » ?


La rénovation urbaine contient cette idée de réparation de l’existant. Elle s’applique uniquement au bâti. Elle s’attache au fait que la population vivra mieux dans un environnement rafraîchi et moins « dépensivore ». Qu’elle prendra soin de ce qui a été fait pour elle.

Sa philosophie politique est de dégonfler la cité par la régénération du cadre de vie. Elle attend la paix sociale du fait d’une reconnaissance des habitants pour les efforts consentis.

Le renouvellement urbain est plus large. Il change l’urbanisme et réinvente la Ville. Il s’applique également à la population, en partant du principe que c’est à cause des habitants que le bâti se dégrade, et qu’il en faut d’autres pour recréer une autre vie de quartier.

Sa philosophie politique est de détruire la cité et d’en empêcher la reconstitution à l’identique au moyen d’une gentrification.

Ce faisant, elle se refuse à tout regard historique et sociologique critique, car le gros problème des Grands ensembles tient à la trop forte densification, à l’aspiration naturelle de l’Homme de posséder (un bien immobilier) et au contexte économique qui augmente plus vite les prix de l’immobilier que les salaires, qui vous fait perdre votre travail et vous empêche de payer vos charges, ou au fait qu’un propriétaire peut louer son bien à une personne qui pourra en prendre moins bien soin parce qu’elle n’est pas propriétaire.


À Savigny-sur-Orge, dans le quartier de Grand-Vaux, ce n’est clairement plus de la rénovation urbaine mais bien du renouvellement urbain, sous couvert d’un discours intellectuellement malhonnête qui dit que c’est de la rénovation urbaine.

On ne répare pas les bâtiments existants, porteurs d’une identité. On les démolit et on change l’urbanisme du quartier.

On ne garde pas la population existante, mais on la remplace par une nouvelle, plus aisée.


Or, si la rénovation urbaine est économiquement et socialement acceptable par le reste de la population, parce qu’elle essaie de résoudre une partie des problèmes, le renouvellement urbain ne peut pas l’être parce qu’il ne fait que déplacer les problèmes sans les résoudre.

Bien sûr, certains verront leur avantage à se débarrasser d’une partie de la population ; laquelle devient dès lors le problème des autres.

De la même manière, beaucoup ne comprendront pas le manque de reconnaissance des habitants du quartier rénové ; déjà parce que l’État agit avec un paternalisme condescendant, mais ensuite et surtout parce que l’urbanisme n’est qu’une partie du problème à résoudre.


En 2018, le problème est que l’État dit qu’il fait du renouvellement urbain, avec la définition de la rénovation urbaine. C’est à dire qu’il fait croire qu’il fait du « renouvellement urbain » pour changer la vie des habitants des quartiers en difficulté.

Or, il ne fait clairement pas de rénovation urbaine ; d’abord, parce qu’il s’est aperçu qu’il n’obtenait pas les résultats espérés, ensuite parce qu’il est plus intéressant pour lui de casser les cités, et de réinventer des espaces moins densifiés.

Ce faisant, l’État fait le jeu économique des promoteurs, des architectes et des urbanistes, et ne tient plus son rôle social d’assistance aux citoyens les plus défavorisés, dans une optique d’égalité.

Rénover, c’est impitoyablement s’attaquer au problème quitte à ne pas le résoudre. Renouveler, c’est déplacer le problème du fait de cette capacité à pouvoir faire abstraction de l’ancien pour créer le nouveau.

C’est pourquoi à mon sens, les personnes politiques commettent une grave erreur de vouloir renouveler plutôt que rénover. Parce que tôt ou tard, les conséquences sociales n’en seront que plus fortes. Et qu’on créé en plus le ressentiment auprès de personnes qui se sentent déjà oubliés ou qui utilisent cette excuse à dessein.

Ainsi, c’est un tort de vouloir faire de l’immigration un problème exclusivement politique quand il est aussi un problème économique et social. De la même manière qu’il convient d’être prudent avec la rénovation en tant que c’est souvent moins un problème d’urbanisme qu’un problème politique qui pousse à vouloir renouveler.



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La rénovation de Grand-Vaux ou l’échec de ce pour quoi je fais de la politique

S’il n’y a pas de classification parfaite des comportements des personnes politiques, on peut néanmoins distinguer ceux qui essaient de résoudre les problèmes, tout du moins de s’en saisir ; et ceux qui les fuient, voire font comme s’ils n’existent pas.

À Savigny-sur-Orge, il n’est pas possible de nier les problèmes aggravés que rencontrent une partie des habitants du quartier de Grand-Vaux. Sans pour autant les réduire à cela, ni considérer qu’ils sont tous impactés aussi fortement.

Mais alors que le projet de renouvellement urbain devait être l’occasion de combattre un certain nombre de ces difficultés, au moins d’essayer de les enrayer ou de les réduire ; les choix faits par la municipalité de Savigny ne font que déplacer, déporter voire éclater les problèmes.

Autant d’études et d’enquêtes, qui nous ont coûté plusieurs centaines de milliers d’euros, ne nous ont rien appris de nouveau sur Grand-Vaux, sur les cités, sur ces causes qui créent un présent qu’on ne cesse de comparer au passé, en disant que c’était tellement mieux avant.

C’était tellement mieux de vivre dans un grand ensemble que 90 % des gens nostalgiques se sont barrés pour acheter un pavillon, parce qu’on préfère quand même avoir son chez-soi. Et donc des raisons pour lesquelles ces gens sont partis, ils n’en sont pas vraiment nostalgiques.


Oui, il y a une partie de la population qui pose des problèmes. Mais celle des habitants de la rue Monet va rester, et 40 % des appartements du groupement immobilier de l’Yvette seront toujours loués à des personnes en proie aux mêmes difficultés, qui continueront d’arroser les passants depuis les fenêtres. La logique est douteuse ; on n’ose pas aller jusqu’au bout.

Oui, il y a une grande partie qui est issue de l’immigration. Mais qu’est-ce qu’on fait de plus pour les intégrer, sinon pour dire qu’on va d’abord commencer à essayer d’intégrer celle qui est là et qui n’est pas intégrée, avant d’en accueillir plus ?

Oui, il y a des jeunes désœuvrés, mais toujours rien de fait pour responsabiliser les parents, sinon pour réellement occuper les jeunes, et de manière valorisante. Pas pour se substituer au travail des services municipaux que ces derniers ne veulent pas faire.

Oui, il y a du trafic de drogues, mais un nombre toujours plus croissant de Saviniens des autres quartiers qui viennent se fournir en cannabis, et qui iront juste ailleurs (à priori qui retourneront dans les halls du 6 rue Paul-Gauguin).

Oui, il y a 17 % de chômage à Grand-Vaux, mais on ne créé aucun emploi supplémentaire. Aucun cluster. Aucune fibre accélérée pour permettre le télétravail. Aucune aide à la création de micro-entreprises ou d’emploi de services. Au mieux, il y aura plus de job dating.

Oui, ça manque de commerces à Grand-Vaux, mais ce n’est pas parce que tu créés des locaux commerciaux que tu n’auras pas des épiceries africaines qui vont venir s’y installer, et pas le poissonnier tant fantasmé, qui vendra tellement cher ses produits, que les gens continueront d’aller à Carrefour.

Oui, il y a un islam intégriste qui se développe dans Grand-Vaux, et aucune autorité religieuse pour essayer d’encadrer les pratiques, parce que la laïcité est un bon motif pour que la République ne regarde pas ce qui la dérange. Et donc des gamines de 12 ans qui ne peuvent pas suivre une activité proposée par un homme.

Oui, une police de proximité pourrait résoudre certains problèmes, mais les policiers avouent eux-mêmes que leurs cibles sont plutôt les petits vieux du marché Davout qui se font arnaquer par des vols à la fausse qualité (lire l’interview du commissaire FRANCHET dans 20 minutes).


La rénovation ne va rien résoudre. On déporte juste une partie de la population, le plus loin possible pour ne plus en être responsable, en se disant qu’elle ne foutra plus la merde quand elle sera mise en minorité. Et qu’en continuant avec les mêmes recettes qui ne fonctionnent déjà pas, le reste de la population va se plier et rentrer dans le rang…

Que des gens qui n’ont pas de diplôme, ou qui ont toujours vécu en marginaux, vont tout à coup trouver le droit chemin et travailler 35 heures pour 1200 euros par mois, quand ils gagnaient 2000 euros en 20 heures. Je crains juste qu’ils ne recommencent là où ils sont.

On fait surtout semblant que les actuels habitants de Grand-Vaux sont des gens qui auraient mal tournés. Mais regardez d’où ils viennent, beaucoup ont été relogés par le bailleur et viennent d’autres cités en rénovation, dont personne n’est capable de citer une réussite !

C’est finalement l’échec de la République qui ne croît plus en elle-même, ni en la supériorité de son modèle. Alors elle dilue tant qu’elle peut, même si la solution approche de son stade de saturation, et que ça commence à se voir.


La mère des problèmes de Grand-Vaux reste la concertation de la population. Et alors que la rénovation permet d’échapper aux obligations du SDRIF, MEHLHORN rajoute une population de 400 logements (1/4 du quartier) qui va tenir 20 ou 25 ans, puis qui finira en louant ses biens immobiliers à des plus pauvres qui ne pourront pas s’en sortir, et tout recommencera.

Et parce qu’on sait que le nom de Grand-Vaux est sali pour longtemps, alors on fait tout pour emmurer plus la population en lui apportant tout ce qui doit faire qu’elle n’a plus à sortir de sa zone, pour venir embêter les autres Saviniens.

De toute façon, l’ANRU n’apporte l’argent que pour investir ; on sait très bien que le fonctionnement ne sera pas aussi idyllique, ne serait-ce que parce que l’État ne va pas continuer de prendre en charge l’entretien de tout ce qu’il fait créer.


Ce n’est donc pas pour en arriver à ce projet de merde, dont la seule victoire pour MEHLHORN est d’avoir 200 arbres en plus, que je me suis engagé en politique.

Mais contrairement à ce que disent d’autres pour se rassurer, il sera trop tard aux prochaines élections municipales de 2020…

Ce n’est pas comme cela qu’on améliore la vie des gens, et je pense donc qu’on va faire plus de malheureux partout.

Comment voulez-vous que les comportements des habitants de Grand-Vaux évoluent si le projet n’est pas fait pour eux, mais juste pour permettre aux architectes et aux urbanistes de se défouler un coup ?

Et dire que ce ne sera pas dégradé parce que c’est neuf, ou que les gens sont propriétaires, est faux : regardez partout autour de vous !

Juste que le prétexte de l’urbanisme est une bonne métaphore pour expliquer le nettoyage, à coup d’enzymes blanchissants, de la population qui se prépare.

Face auquel on n’entend pas beaucoup voire pas du tout tous les grands défenseurs des droits de l’Homme qui continuent d’en appeler à une immigration ; quand on voit comment ils la traitent par la suite.

Toute cette hypocrisie me dégoûte à tout niveau. Mais c’est aussi parce que je suis le seul à développer ce point de vue, que j’en ai marre, et que je me rends bien compte que tout ce que je propose n’est pas en phase avec notre société.

Je m’arrête donc en soulevant qu’il y a un paradoxe entre mon image de fachô, et la manière dont les gentils gauchistes traitent les habitants de nos quartiers. Je suis certainement paternaliste, même si je veux donner aux habitants les moyens de s’en sortir par eux-mêmes ; mais je ne considère pas que la rénovation doit ressembler à cela, où l’on prétend tout faire, alors qu’on ne fait rien, parce que dans le fond, ces habitants seraient des singes incapables de se prendre en main s’il n’y a pas le bon gauchiste blanc pour leur montrer une voie qui va dans le mur, mais comme elle est au-delà de l’horizon, personne n’ira voir ce qui s’y passe…



Vos questions : comment va se dérouler la rénovation urbaine de Grand-Vaux ?

Une habitante de Grand-Vaux m’interroge via mon Facebook sur le déroulement de la rénovation du quartier de Grand-Vaux. J’y réponds ici, à partir des éléments rendus publics lors de la réunion du 18 avril 2018, ainsi que de ceux que j’ai pu glanés ici et là. Je précise aussi que nous n’avons encore aucune réelle idée de la date du début de ces travaux (qui ne devraient pas commencer avant 2021), ni du temps que tout cela va prendre !


Avant même les travaux, le bailleur va commencer à reloger les habitants pour vider les bâtiments. Probablement dès 2020. Par ailleurs, il est prévu au mieux que les travaux se terminent en 2027. Je relèverai cependant l’imprécision et la grossièreté des documents qui ont été présentés au public. Ils ont oublié de dessiner des routes, d’expliquer la dernière étape et ils ne sont pas super précis-précis, dans leurs croquis d’architectes.


Phase 01

Les premiers habitants concernés par le relogement sont ceux de la barre Utrillo.

Ensuite, la Ville va redessiner la rue de Grand-Vaux qui permet actuellement de quitter ou de rejoindre la RD 25.

C’est à dire que la bretelle qui fait une grande boucle et permet de rejoindre rapidement la RD 25 vers l’autoroute va être supprimée, et qu’on rentrera et sortira de la RD 25 par l’actuelle sortie de la RD 25 en direction de Grand-Vaux.

La grosse butte entre la RD 25 et la rue de Grand-Vaux va être aplanie pour y bâtir deux immeubles (R+1).

La dizaine de place de parkings situés sur le côté du gymnase Douillet va être supprimée pour y bâtir trois immeubles (1 R+5 et 2 R+4). Ne resteront que les places devant l’entrée en haut de l’escalier.

La nouvelle crèche et la PMI seront construites en face de cette entrée du gymnase (en R+1).

Les box en bord d’Yvette et la barre Utrillo vont être détruits.

Enfin, la route de Grand-Vaux va être refaite et prolongée en direction de la crèche et de la rue Ouzilleau, pour remplacer l’actuel chemin de terre seulement accessible à pied.


Phase 02

La barre Van Gogh et la tour verte vont être détruites à leur tour, tout comme la crèche.

À la place des box, quatre immeubles (2 R+4, 1R+5 et 1 R+6) vont être construits en bordure de l’Yvette.

Une place des commerces va ensuite être aménagée à l’emplacement des actuels 2 et 4 rue Utrillo. Elle sera entourée de cinq autres immeubles (2 R+4, 1 R+5, 1 R+6 et 1 R+7).

Neuf immeubles vont être construits derrière la copropriété de l’Yvette, c’est à dire à la place du parc actuel : 2 R+2, 3 R+3, 1 R+4 et 3 R+5)

Les rues Van-Gogh, Gauguin, Wlaminck et Ouzilleau seront refaites, et un pont accessible aux voitures sera créé entre la rue Utrillo et la nouvelle rue de Grand-Vaux.


Phase 03

La tour blanche, le centre commercial, ainsi que les box situés dans le parking sous la dalle vont être rasés.

Trois autres immeubles vont être construits en bord d’Yvette (1 R+3 et 2 R+4).

Quatre immeubles vont remplacer la barre van Gogh (2 R+3 et 2 R+4).

Une maison de quartier va être bâtie au pied du souterrain qui mène à Grand-Val, et qui doit être réaménagé.


Phase 04

La barre Degas, ses box, et l’actuelle maison de quartier vont être rasés.

À la place de la tour blanche, il y aura quatre immeubles (2 R+2, 1 R+3 et 1 R+4). En bas d’un des R+2 et du R+4 devrait être installé un pôle de service public.

À la place du centre commercial, il y aura quatre immeubles (1 R+2, 2 R+3 et 1 R+4) et dix pavillons.

Une route va être créée qui ira de la place des commerces rue Utrillo jusqu’au croisement de la rue Degas et de la rue Van-Gogh.


Phase 05

À la place de l’actuelle maison de quartier, il y aura quatre immeubles (1 R+2, 2 R+3 et 1 R+4) et la maison de santé.

À la place de la barre Degas, il y aura seize pavillons.

Plus un immeuble (R+4) et sept pavillons dans les emplacements restants libérés par la démolition de la barre, de la tour et du centre commercial.

Enfin, le parking souterrain situé devant la barre Monet seront détruits.


Phase 06

Enfin, à la place du parking situé devant Monet, il y aura 10 pavillons, un immeuble R+3, 1 R+4 et 2 R+5.

Une route doit être créée dans le prolongement de la nouvelle rue Degas, qui va être réorientée pour être perpendiculaire à l’autoroute.

Sur les parkings de la rue Ouzilleau, et au niveau de l’église, il va y avoir un immeuble R+3 et dix pavillons devant la pointe de l’église, à la place de ce qu’il restait du parc.



Mon avis porté au registre de la concertation sur le projet de Grand-Vaux

Vite écrit. J’ai été pris par le temps…

J’ai donc bâclé la dernière partie listant tous les défauts de l’actuel projet…


Olivier VAGNEUX

75, rue du Bicentenaire de la Révolution française

91600 Savigny-sur-Orge

06-51-82-18-70

olivier@vagneux.fr


Objet : Avis DÉFAVORABLE au projet de renouvellement urbain de Grand-Vaux


Savigny-sur-Orge, le 24 août 2018


Avant propos

De manière liminaire, je dénonce la mascarade démocratique que constitue cette « concertation », sans aucune valeur légale !

Celle-ci est d’autant plus questionnante qu’elle délégitime finalement la concertation officielle qui s’est tenue depuis 18 mois.

Car c’est donc que le projet n’a pas été si concerté, qu’il y a de nouveau besoin de redemander son avis à la population sur le rendu de la concertation…

Dès lors, je condamne toute récupération perverse qui pourrait être faite de l’absence de réponse des Saviniens en tant que légitimation du projet de rénovation urbaine proposé en date du 18 avril 2018, au nom du principe que « Qui ne dit mot consent ».

Je précise que je me suis longuement interrogé quant à l’opportunité de participer à cette concertation truquée, et donc de lui donner corps.

Je me suis néanmoins résolu à écrire pour exprimer mon opposition franche au projet, et résumer des arguments que j’avancerai contre le futur protocole de financement du projet.


Mon avis se divisera en deux parties : une première qui soulèvera les problèmes de forme rencontrées avec cette concertation, et une seconde qui évoquera tous les problèmes de fond du projet.


I. Sur la forme : une fausse concertation

La concertation officielle étant terminée, et le projet étant déjà dans les mains de la Direction départementale des Territoires de l’Essonne, et de l’ANRU, on s’étonnera de la pertinence que peuvent avoir toutes les remarques portées au cours de cette nouvelle phase de concertation.


I. 1 – Une concertation officieuse, sans intérêt, qui intervient après la fin de la concertation officielle

De manière liminaire, on s’étonnera de l’organisation d’une telle concertation alors que :

– les partenaires en charge du projet ont annoncé la fin de la concertation prescrite dans la Loi le 18 avril 2018, laquelle devait s’achever par la prise en compte des réactions et des observations formulées ce soir là, lors de la réunion de présentation du projet, ce qui n’a en plus pas été fait.

– En page 24 du dossier de concertation, la conclusion annonce que le projet a été transmis à l’ANRU en juillet 2018. Il est donc de toute façon trop tard pour que les remarques portées au présent registre puissent être prises en compte.


I. 2 – Une concertation entachée d’un défaut de publicité

On s’étonnera ici qu’une telle concertation n’ait été relayée qu’en mairie et à la maison de quartier de Grand-Vaux, ainsi que sur les panneaux administratifs de la commune, au moyen d’une simple affichette A4.

Et qu’il n’y ait rien eu ni dans le magazine municipal, ni sur le site internet de la Ville, ni sur les réseaux sociaux de la Commune, ni sur les panneaux lumineux de la commune, ni dans le quartier de Grand-Vaux, ni dans la presse locale…


I. 3 – Une concertation mal organisée

On commencera par s’interroger sur le temps qu’il a fallu pour mettre en place cette concertation entre la réunion du 18 avril 2018, qui correspond au mois de rédaction du dossier de concertation joint au registre, et le 04 juin 2018, qui est la date à laquelle la concertation a commencé. A-t-il fallu quarante jours pour imprimer les registres ?

Ensuite, on s’étonnera de faire durer cette concertation du 04 juin 2018 au 24 août 2018, laquelle période d’été constitue une période de vacances, au cours de laquelle les personnes sont absentes sinon ralenties. Pourquoi d’ailleurs s’arrêter au 24 août 2018 et ne pas attendre la rentrée, puisque le projet est déjà transmis à l’ANRU ?

On dénoncera encore la mauvaise organisation de la concertation sur trois sites, dont un (la maison de quartier) où ce registre n’était disponible que le mardi après-midi, lors de la permanence de la GUSP, laquelle chargée de mission était en congés en juillet et en août !

Enfin, on n’oubliera pas de relever qu’en 2018, le mairie de Savigny-sur-Orge ne dispose toujours pas d’une adresse mail générique ni d’un registre numérique pour dématérialiser et élargir la présente concertation…


I. 4 – Une concertation inadaptée à l’expression des Saviniens, et des habitants de Grand-Vaux particulièrement

La présente concertation nécessite de savoir correctement lire et écrire le français.

Or, plusieurs habitants de Grand-Vaux ont déjà exprimé leur détresse ou leur réticence, pendant les réunions publiques, quant aux faits d’utiliser des SMS pour poser des questions, ou d’intervenir oralement sur un point précis.

On relèvera de surcroît que ce type de concertation nécessite d’être disponible aux horaires d’ouverture des locaux de la mairie, et enfin de pouvoir s’y déplacer.


I.5 – Une concertation qui ne tient pas compte des remarques du 18 avril 2018

Lors de la réunion du 18 avril 2018, dont il n’est fait aucun bilan et dont aucune des remarques orales ou envoyées par SMS ce jour là n’est reprise, les habitants se sont exprimés jusqu’à ce que le maire en eût assez et décida d’arrêter la réunion moins de deux heures après qu’elle ait commencée… On se demande où sont ces remarques, et pourquoi elles n’ont pas été prises en compte dans le troisième scénario.


I. 6 – Une concertation sans méthodologie

Arrivé en mairie, on propose au citoyen sans explications un dossier à lire et un registre dans lequel il comprend qu’il peut écrire. Il eût été bien d’ajouter une notice ou une note explicative, ne serait-ce que pour expliquer qu’il s’agissait là non pas de poursuivre la première concertation, ou de dresser un bilan du projet à ce stade, mais bien de donner son avis sur le projet issu de la concertation, donc sur le projet présenté le 18 avril 2018.

De plus, on relèvera qu’il apparait difficile de participer à cette concertation sans avoir participé à la réunion du 18 avril 2018…


I. 7 – De la faiblesse du dossier de concertation

Enfin, on soulèvera la médiocrité du dossier de concertation proposé, lequel est imprécis, en plus de voir son contenu contrarié par les différentes déclarations du maire.

On soulignera l’absence des informations tirées des études de préfiguration, lesquelles sont confisquées par le maire commettant un abus d’autorité.

La présentation de la chronologie est malhonnête et donne à penser que la concertation a eu lieu sur 18 mois, alors qu’elle a été concentrée sur de toutes petites périodes, pour finalement conclure sur des éléments déjà connus, et faire semblant qu’il y a eu besoin de 18 mois de concertation pour les découvrir…

On déplorera enfin l’impossibilité de réaliser des comparaisons avant et après le projet relativement à la taille des immeubles, à la concentration et à la répartition de la population, aux nombres de places de parking…



II. Sur le fond : un mauvais projet

L’objectif du maire de Savigny-sur-Orge, qui se retrouve finalement seul à gérer ce projet ; (les partenaires n’intervenant qu’au moment de payer ou de signer les documents) ; est de dire qu’il a écrit un projet concerté dont on ne verra rien avant les prochaines élections municipales. Or, ce projet va se révéler catastrophique pour Grand-Vaux, et pour tout Savigny.


II. 1 – Sur les deux premiers scenarii avant concertation (1ère partie)

En premier lieu, on relèvera que ce sont des projets de mâles blancs qui ne connaissent pas le quartier et qui répètent inlassablement et partout les mêmes erreurs depuis 20 ans sans qu’il soit possible de leur en faire remarque. Ce sont des scenarii animés de paternalisme et de néo-colonialisme. C’est la construction d’un ghetto moderne, au sein duquel on feint de tout apporter à une population méprisée, pour faire en sorte qu’elle n’ait plus à en sortir, car la réputation de Grand-Vaux restera mauvaise même après ces travaux !

En deuxième lieu, il convient de dénoncer les invariants qui prouvent la vacuité de la concertation, en tant que des choix opaques ont préalablement été effectués, puis imposés aux habitants. Pourquoi notamment laisser subsister une partie du Grand-Vaux historique ? On relèvera à ce propos que certains invariants, notamment par rapport à la destruction du bâti, sont en opposition avec le contrat de ville !

En troisième lieu, on dénoncera la politique de terreur qui a été mise en place par les partenaires en charge du projet, lesquels ont commis des propositions visant à effrayer la population pour la forcer à réagir (construire sur la copropriété, détruire une partie du parc de l’Yvette…), et considérer ainsi cette expression de réaction contre une participation…

En quatrième lieu, on dénoncera l’ajout de population à Grand-Vaux, alors que le classement ANRU permet justement de s’affranchir des obligations de densification du SDRIF…

En cinquième lieu, on critiquera la suppression de nombreuses places de parking dans les rues, et devant le complexe sportif David-Douillet.

En sixième lieu, on rejettera le déplacement de la jonction entre Grand-Vaux et la RD 25 à un endroit où elle est déjà saturée en heures de pointe. Et de remarquer que les travaux réalisés en 2016 sur la RD 25 ne servent dès lors plus à grand chose…


II. 2 – Sur la concertation pendant l’élaboration du projet

En premier lieu, on regrettera la faible participation des habitants du quartier aux différentes manifestations organisées dans le cadre de la concertation ; soit environ 70 réellement engagés sur un total de 4500.

En deuxième lieu, on déplorera les jeux de pouvoir ayant abouti à la multiplication des acteurs officiels et officieux : le conseil citoyen, les citoyens référents, les citoyens relais, les comités de résidents ; et finalement à la mise à égalité d’acteurs légitimes et d’acteurs illégitimes, dont la parole de certains de ces derniers prédominaient parfois plus que celle d’acteurs légitimes !

En troisième lieu, on relèvera que la concertation aboutit dans son ensemble à un rejet des différentes propositions issues des premiers scenarii, à l’exception notable de tout ce qui pourrait se faire hors du cadre de la rénovation urbaine, par simple volonté politique, ou action du bailleur, et des citoyens. C’est écrire l’échec de la pensée des partenaires…

C’est donc bien une fausse concertation qui a eu lieu pendant dix-huit mois, basée sur des mensonges, et entretenue par des personnes pour beaucoup en situation de conflits d’intérêts, ce qui était de nature à altérer l’objectivité de leurs positions.

De plus, à l’issue de cette concertation, on feint de s’étonner que la population s’inquiète plus de son futur relogement que du Grand-Vaux duquel elle va être chassé, alors que le projet l’empêche volontairement de rester…

On dénoncera enfin le totalitarisme intellectuel qui a consisté à dire que parce que les habitants ne voulaient plus vivre dans le Grand-Vaux actuel, c’est donc qu’ils voulaient quitter le quartier, et de prendre ce prétexte pour raser leurs barres.


II. 3 – Sur les propositions intégrées à la suite de la concertation

On commencera par dénoncer la méthode de concertation, qui a été, plutôt que de demander aux habitants ce dont ils avaient envie pour leur quartier, une succession de propositions venant de l’extérieur, qu’ils devaient approuver ou rejeter. Tout en rappelant qu’ils ne pouvaient pas se prononcer relativement aux invariants.

On relèvera ensuite la malhonnêteté intellectuelle relative à l’intégration des remarques issues de la concertation dans le projet :

La proposition de développement d’un projet de maison de santé à Grand-Vaux est une promesse du maire datant de 2015. Alors certes, cette maison est réclamée par les habitants, mais il aurait été plus honnête de la placer dès le premier scénario, pour ne pas faire semblant après d’obtenir une avancée.

La proposition de développement d’équipements n’est rien d’autre qu’une précision de la nature des bâtiments déjà présentés dans les premiers scénarios de manière neutre comme des espaces administratifs dévolus au service public.

Les propositions relatives aux copropriétés tiennent au rejet des idées présentées aux fins de pouvoir justifier d’une concertation, c’est à dire des propositions mauvaises qui ne pouvaient que faire réagir. À noter que la résidentialisation (qui est une mauvaise idée) et que la reconfiguration des stationnements, ont été obtenus au moyen d’une campagne de communication malhonnête, et que cela ne peut que diviser plus le quartier.

Enfin, on relèvera l’absence de concret dans la seule intégration d’une réflexion des habitants proposant de mieux prendre en compte les espaces verts…

On notera pour terminer toutes les remarques des habitants qui ont refusé d’être pris en compte, comme leurs demandes répétées de ne pas augmenter la taille de la population, ou de ne pas créer de ségrégation spatialo-sociale par le maintien d’une partie du Grand-Vaux historique.


II. 4 – Sur les scenarii proposés à l’issue de la concertation

De manière liminaire, on relèvera qu’il n’y a qu’un seul scénario qui est proposé…

Pour le reste, qu’il y a toujours trop d’habitants dans le quartier, alors que c’était déjà le problème. Que la résidentialisation va diviser plus les habitants dans un quartier qui manque de lien social. Que l’arrivée du T12 n’est pas assez pris en compte, et notamment le fait que des habitants viendront se garer dans Grand-Vaux. Qu’il existe toujours une frontière avec le Nord-Ouest du quartier. Qu’il n’y a plus de places de stationnements, là où on pouvait estimer qu’il en manquait déjà, que rien n’est prévu pour régler les problèmes actuels (agrandissement des réseaux…), lesquels ne sont pas vraiment réglés par ce projet, au niveau du désenclavement par exemple…

Ce faisant, les objectifs fixés par l’ANRU et le protocole de préfiguration ne sont que superficiellement atteints, mais les problèmes demeurent toujours au fond. Il serait encore une erreur de penser que les seuls problèmes actuels ne viennent que de la partie locataire, alors qu’il n’y a qu’à eux qu’on touche véritablement, et que la constitution de ce projet a marqué la frontière sociale entre deux Grand-Vaux…

Enfin, je ne trouve pas souhaitable de démolir la butte, et de construire à flanc de la RD 25 ; et je manifeste mon désaccord à ce que l’Église catholique soit dépossédée d’une partie de sa parcelle de l’église Notre Dame d’espérance, pour construire un immeuble, au nom du respect de la liberté de propriété.


Conclusion

Il s’agit d’un projet de densification, pensé par des personnes qui n’y vivront pas, pour régler le « problème Grand-Vaux » en déportant la population sensible actuelle, et en la remplaçant par des personnes plus riches qui ne devraient pas poser de problèmes.

Sauf qu’avec le temps, la Ville fermera les services publics par manque de moyens et les nouveaux arrivants partiront pour aller s’installer en pavillon. Ils seront alors remplacés par des personnes plus pauvres, et la délinquance reviendra. On recommencera alors le cycle propre aux cités ou aux grands ensembles, tel que Grand-vaux l’a connu dans les années 1960.

C’est pourquoi, et pour toutes les raisons précédemment invoquées, que je rends ici un avis défavorable au projet de renouvellement urbain, et que je demande qu’on réorganise une phase de concertation avec la population.

Olivier VAGNEUX