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Sur mon rapport aux miracles – juin 2019

Cet article fait suite à l’état de mes réflexions sur le sujet en octobre 2018, juste avant de commencer une formation théologique sur les miracles dans l’évangile.


La formation s’intitulait : « Les miracles dans les évangiles, preuves ou signes ? »

J’essaierai donc simplement de répondre à cette seule question.


Pour moi, les miracles ne sont pas des « preuves ».

Mais ils ne sont pas plus des « signes » pour ma foi.

Aujourd’hui encore, les miracles ne font pas sens dans ma foi, c’est à dire que je n’en ai pas besoin d’eux pour croire que Dieu existe et qu’Il nous aime.

Pour autant, je pense qu’ils étaient des preuves nécessaires du temps de Jésus.

Mais qu’il n’y en a plus « besoin » depuis la Résurrection, qui est le grand miracle.

Et que ce sont des signes pour d’autres chrétiens qui en ont besoin, et qu’à ce titre, ils participent à la structuration de l’Église.

Je ne sais toujours pas me positionner par rapport aux « miracles » contemporains, type Lourdes etc…



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Sur l’absence de culture du débat dans l’Église catholique

Parmi les pistes évoquées pour revivifier l’Église catholique, il y a le « marronnier » (thème récurrent) du débat et de la culture du débat qui revient régulièrement.

Pour certains, c’est par le débat que se libérera la parole, et que l’Église pourra avancer.

Pour d’autres, le débat devrait être intrinsèque à l’Église, prise dans son sens littérale d’assemblée.


Effectivement, l’Église n’est pas une démocratie.

Mais la réduire à une hiérarchie qui relaierait, couche après couche, la vérité qu’est Jésus, n’est pas une justification suffisante, du fait que le concile Vatican II a non seulement cassé l’organisation pyramidale de l’Église (Lumen Gentium), mais surtout qu’il a formulé le concept essentiel de hiérarchie des vérités (Unitatis Redintegratio), qui nous permet sincèrement de revenir sur les dogmes, et autres constructions postérieures.

À des époques beaucoup plus cadrées, SEPÚLVEDA et LAS CASAS ont pu s’affronter lors de la fameuse controverse de Valladolid, devant déterminer si les Amérindiens avaient une âme.


De mon point de vue, l’Église en France souffre de la même absence de la culture du débat que le Français moyen, trop abreuvé et abruti du manichéisme des gentils contre les méchants. Il n’y a qu’à voir les débats des élections européennes.

Certes, la culture, dans son sens large, fait défaut. Mais les Français n’ont pas plus envie de se cultiver, que les chrétiens de se former à la théologie, et en bien d’autres domaines…

Ces derniers sont majoritairement devenus des consommateurs qui ne ressentent pas le besoin de débattre, et préfèrent se déresponsabiliser en laissant la réflexion à d’autres, au cas où elle risquerait d’aboutir à un choix les engageant. Ils se contentent du prêt-à-penser ambiant, et ne demandent rien de plus.


Des lieux de débats, comme des groupes de parole, il en existe, et il n’est pas forcément nécessaire d’en créer d’autres.

Par contre, il faudrait que les gens les fréquentent, et qu’on y retrouve pas toujours la même élite intellectuelle, absolument pas représentative de l’Église.

Or, nous avons de plus en plus de personnes qui se réclament de vouloir agir, mais qui se refusent de placer leurs réalisations dans un cadre de pensée.


Toute ma réflexion, et toute ma douleur, sont que les chrétiens ne veulent plus ouvrir le débat, qu’ils ne veulent plus être libres et autonomes, qu’ils ne connaissent pas et ne comprennent pas Vatican II (et je suis gentil de ne pas parler des Écritures), qu’ils n’ont pas envie de se former, de délibérer en commun ou d’engendrer leur conscience, et finalement qu’ils préfèrent que rien ne change pour qu’un prêtre ou un sachant continue de leur dire quoi penser à leur place…

Dès lors, non pas que le Christ ne soit pas au milieu de leurs actions, et qu’il faille impérativement intellectualiser tout agir, mais il m’apparaît difficile d’inscrire son action à la suite de Jésus, si on ne le connaît pas, et qu’on ne connaît pas l’Église… Le débat est d’autant plus nécessaire dans l’Église qu’il permet donc aux chrétiens de projeter leurs réalisations à la suite des actes des apôtres, et de tendre tous ensemble vers un objectif commun et identifié.



Pourquoi un tel engouement pour Notre-Dame-de-Paris ?

Je suis très surpris par les réactions des Français à l’incendie de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris. L’actualité médiatique s’est soudainement arrêtée, et on ne parle plus que de cela. Les politiques ont suspendu leur campagne (ce qui ne changera pas grand chose aux résultats). Et les gens que je croise sont déprimés et font la gueule…

Personnellement, je n’ai jamais été très attaché à ce lieu qui est une usine à touristes, et donc qui n’est absolument pas priant. Et quant à la maison de Dieu qui aurait brûlée, celle-ci est dans mon cœur ; et c’est justement tout le concept de la Nouvelle Alliance, qui au contraire de la Première, donc du judaïsme, n’a pas besoin ni d’une arche ni de temples…

Nonobstant, j’ai quand même donné 30 euros pour dire mon attachement à ce patrimoine.


Alors bien sûr, il y a tous les enjeux économiques et touristiques pour Paris et la région parisienne. Mais les gens continueront de toute façon de venir, car ils voudront voir comment avancent les travaux. Sur ce point, je ne suis absolument pas inquiet.

Il y a ces milliardaires qui tentent de surfer sur la vague, et de faire parler d’eux, alors qu’ils ne paient pas leurs impôts en France, et qu’ils n’ont pas sorti un centime pour les travaux qui étaient en train d’avoir lieu.

Il y a ces politiques qui vont donner de l’argent public (qui n’est pas le leur) et lancer des cagnottes (auxquelles ils ne participeront pas sauf de manière bien visible, un peu comme j’ai fait plus haut, à la différence que je suis vraiment catho). Je parie que le maire de ma Commune y songe, histoire de bien se faire voir de l’électorat catho à un an des élections municipales…

Il y a tous ceux qui se redécouvrent catholiques, et qui nous parlent de racines chrétiennes, essentiellement parce qu’ils veulent être du côté de ceux qui souffrent, et qu’on les plaigne, et qu’on leur dise qu’on les aime. Parce qu’ils n’iront pas les défendre autrement…


Je reste surpris d’autant d’émoi dans un pays mondialisé et laïcard, qui aime à montrer que la religion n’a plus d’emprise sur lui et qu’il s’est libéré de toutes ces conneries (sic!). Ainsi donc les Français restent attachés à un patrimoine nationaliste et réactionnaire. Sûrement les électeurs de Marine LE PEN ? Ou bien alors des Carlos GHOSN de circonstance qui ne paient pas leurs impôts en France, et délocalisent, mais veulent être jugés selon le droit français, plus favorable que le droit japonais ? Ah, les limites de la mondialisation…


Le fait est que la très grande majorité des Français ont un jour fait partie de ces 13 millions de touristes annuels, et que la cathédrale, ne leur est pas inconnue.

Tous les gamins de ma génération ont vu le Bossu de Notre Dame de Disney, et nombre de générations ont étudié HUGO par le biais du roman, sinon d’extraits de Notre-Dame-de-Paris. Et puis il y a eu aussi le succès de la comédie musicale.

Et même si tous ne sont pas rentrés dedans, elle symbolise quelque chose de la France, et plus particulièrement de Paris, comme la tour Eiffel ou les Champs-Élysées.

Un bâti intemporel qui dit quand même que la France n’est pas née à la Révolution française, mais avec Clovis. Qu’il y a eu des rois, et qu’il y a eu une influence chrétienne, et que cela n’empêche pas d’avoir une France multiculturelle aujourd’hui. C’est un lien avec l’Histoire. C’est aussi une nostalgie d’un passé glorieux et révolu.

Il y a encore qu’on ne parle que de cela, et que tout le monde a son mot à dire, certainement également terrorisés par la peur de l’incendie (le feu, la mort, la crémation). Comme pour conjurer le sort, et que cela n’arrive pas chez soi… Il y a aussi tous les cons qui provoquent sérieusement pour dire qu’il faudrait remplacer le lieu par une mosquée. C’est à ignorer car je doute que ce soit représentatif, même si certains sont plus que sérieux.


Dans tous les cas, je reste réellement surpris d’une telle appropriation, parce que la cathédrale incarne dans les stéréotypes le cliché du christianisme. Il n’y a qu’à voir comment TF1 illustre le chrétien dans la télé-réalité. C’est le mec resté au Moyen-Âge qui passe ses journées à prier dans un bâtiment de pierre blanche. Et non, c’est plus que cela.

Et donc finalement, c’est rassurant, parce que le christianisme n’a finalement pas une si mauvaise image, et que les gens sont certainement conscients de son utilité social. Et qu’ils ont envie que ce lieu existe, et que les chrétiens puissent y prier, et y vénérer leurs reliques. Sincèrement, je ne m’attendais pas à tout ce battage, et j’en suis agréablement impressionné !



Sur l’hypocrisie et la récupération autour de l’incendie de Notre-Dame-de-Paris

Je vais commencer par une affirmation personnelle : je demeure globalement insensible à l’incendie de la cathédrale parisienne. Je suis surtout triste pour les charpentes qui dataient du XIIIe siècle, et je participerai très marginalement au financement de la reconstruction, mais rien de plus de mon côté. La cathédrale n’est qu’un bâtiment au service de l’annonce de la foi, même si celui-ci avait été particulièrement travaillé.

C’est donc avec une profonde gêne que j’entends aussi bien les catholiques qui sont effondrés, qui vont prier pour le bâtiment (alors qu’on ne prie normalement que Dieu), et qui, pour certains y voient un signe de la vengeance de Dieu qui s’abattrait sur une France décadente ; que tous les laïcards qui tout à coup y voient un symbole intemporel, dont ils cherchent pourtant d’habitude à faire taire le message à l’origine de l’élan qui a bâti cette cathédrale.

Cette dernière réflexion doit d’ailleurs nous interroger sur le rapport qu’entretiennent les francs-maçons (qui se réclament des bâtisseurs de cathédrales) à ce type de lieux, parce que je les trouve étonnamment bienveillants. J’attends sinon encore une réaction des musulmans. Pas de celle que les femmes voilées enlèveraient leur voile en solidarité avec les chrétiens qui mettent un voile quand il arrive quelque chose aux musulmans, mais un petit mot d’amitié fraternelle.

Cependant, jusqu’à présent, je n’ai pas entendu dire grand chose d’intéressant, mis à part par le grand rabbin de France Haïm KORSIA. L’intervention de MACRON, dont je doute de l’émotion, transpirait la récupération avec un élément de langage à destination de l’électorat catho tous les deux mots. Que pouvait-il dire autrement qu’il reconstruirait l’église ? Qu’il allait la raser pour en faire le nouveau temple du libéralisme débridé ? Notre-Dame rapporte trop pour cela !

Ce qui est formidable est que la laïcité n’existe alors plus ; pas plus que la République puisqu’il existerait une communauté catholique, alors qu’il n’y a qu’une communauté nationale. Soudainement, plein de politiques se mettent à dire qu’ils sont catholiques, et des mecs comme MÉLENCHON viennent t’expliquer la place du christianisme en France et pleurer la cathédrale, dans le même style qu’ils ont utilisé pour réagir à la mort de Fidel CASTRO ou de Hugo CHAVEZ.

Je déplore encore le mode édition spéciale, qui donne à cet incendie, la même portée qu’un attentat, signal que certains bâtiments semble valoir autant que la vie humaine. Et puis les gens de s’étonner que la pierre ne brûle pas ; et d’autres de bloquer sur les présumées reliques, dont je me fous éperdument car elles n’apportent rien à ma foi (mais tant mieux qu’elles existent pour ceux pour qui elles signifient quelque chose). Et les interventions pour meubler…

Vient maintenant le temps de la collecte des fonds ; et alors que l’Église, dont on oublie toutes les affaires, est en crise économique, les chrétiens vont investir pour ce bâtiment, alors qu’il serait plus chrétien d’investir dans les paroisses, et de laisser le mécénat se charger de ce bâtiment public. Preuve que les gens sont plus attachés au symbole, qu’au message qu’il contient, et à ce pourquoi on l’a érigé… Je suis très gêné par tout ce que je vois.