Archives pour la catégorie Réflexions

Sur l’exposition consacrée aux Chrétiens d’Orient à l’Institut du monde arabe

J’ai été personnellement déçu de cette exposition, qui se tient à l’Institut du monde arabe à Paris jusqu’au 14 janvier 2018, et que les médias ont plutôt tendance à encenser, à de rares exceptions. D’une part, je regrette le trop peu de pièces (dans le sujet des chrétiens d’Orient) qui sont présentées. D’autre part, je ne supporte plus ce politiquement-médiatiquement correct qui tend à donner une mauvaise compréhension de l’Histoire.

Prévoir sinon une bonne heure et demie pour tout faire !

Tout d’abord, une économie de 5 euros : l’audioguide, qui n’apporte véritablement rien de plus que les explications écrites ; lesquelles sont soit transcrites en blanc sur gris clair, soit laissées dans la pénombre, ce qui gêne nombre de personnes âgées. Je trouve que c’est dommage.


L’exposition se découpe en quatre parties :

1) la naissance et le développement du christianisme en Orient

2) les Églises orientales après la conquête arabe

3) les Églises, entre Orient et Occident

4) Être chrétien dans le monde d’aujourd’hui


La première partie est très intéressante, notamment pour se rendre compte que ce sont vraiment toujours les mêmes textes que nous lisons 2000 ans après. Toutefois, elle est à mon sens un peu pauvre, assez concentrée géographiquement dans la provenance des artefacts et pas toujours claire dans l’explication des divisions qui font la richesse de cet Orient.

La deuxième partie est scandaleuse en tant qu’elle veut nous faire croire que les chrétiens n’ont fait que subir des Arabes une obligation fiscale, parfois accompagnée de massacres quand le calife était ce qu’on appellerait « un déséquilibré ». Et nulle mention du pacte d’Omar qui obligeait les chrétiens à porter un signe bleu ou de l’interdiction d’entretenir les lieux de culte…

La troisième partie tend à nous dire que les problèmes des chrétiens d’Orient sont le fait de l’implication politique et économique de l’Occident. Qu’en gros, s’il n’y avait pas eu les croisades, début du problème, il y aurait toujours autant de chrétiens. Et que si l’Europe s’était gentiment laissée envahir par les Ottomans, ils ne se seraient pas vengés sur les chrétiens…

La quatrième partie est assez hors sujet en tant qu’elle présente davantage l’Orient actuel que l’Orient chrétien. Et que les problèmes qu’elle veut nous dire être ceux des chrétiens sont en fait ceux de toutes les minorités, en gommant naturellement toute responsabilité de l’islam et en allant justifier cela par la politique. Je n’ai pas trop accroché notamment sur les photos.


L’exposition reste intéressante pour la qualité de ses pièces ; mais c’est clairement le commentaire qui pose problème. On veut faire des chrétiens d’Orient des liens entre les cultures occidentales et islamiques ; ce n’est pas faux mais le rôle prêté est exagéré. Et bien sûr, pas un mot pour dire qu’il y a un problème en tant que l’islam, depuis la Nahda, est devenu intolérant et veut débarrasser l’Orient des chrétiens, ce à quoi on est en passe de parvenir.


Les pièces qui m’ont personnellement le plus marquées sont :

– les représentations du Christ marchant sur l’eau, et de Jonas mangé par « la baleine », du IIIe siècle.

– la lettre déroulée du sultan Soliman à François Ier, de 1519.

– la première presse du monde arabe avec ses caractères en corps 64



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Droit administratif : comment s’assurer de l’existence de liens entre les actes attaqués ?

En droit administratif, un requérant qui veut contester plusieurs actes administratifs (décisions, délibérations, arrêtés…) doit adresser autant de requêtes différenciées (en autant d’exemplaires que nécessaire). Toutefois, plusieurs actes connexes, faisant apparaitre des liens évidents entre eux, peuvent être attaqués au moyen de la même requête.


Attention : si le juge administratif est également en mesure de « joindre » les affaires lorsqu’il y a eu plusieurs requêtes déposées visant des actes connexes, l’inverse n’est pas vrai. Ainsi, une requête attaquant conjointement des actes administratifs indépendants les uns des autres sera impitoyablement rejetée, à moins d’être corrigée suffisamment tôt, normalement dans les délais du contentieux (deux mois).

Lire aussi : Justice administrative : régulariser une requête attaquant illégalement plusieurs actes


La jurisprudence du Conseil d’État admet la recevabilité d’une requête contenant des conclusions multiples et visant à l’annulation de plusieurs décisions, sous réserve que ces décisions présentent entre elles un lien suffisant :

« Les conclusions d’une requête collective, qu’elles émanent d’un requérant qui attaque plusieurs décisions ou de plusieurs requérants qui attaquent plusieurs décisions, sont recevables dans leur totalité si elles présentent entre elles un lien suffisant » (CE, 30 mars 1973, Rec. p.265)


À titre d’exemple, les liens de dépendance entre plusieurs actes se caractérisent par la réunion des conditions suivantes :

– l’unicité de la procédure dans laquelle ces actes ont été pris (le fait que les actes attaquées ensemble aient été pris par la même personne, à la même date, et qu’ils aient le même objet)

– la similarité de base et de fondement juridique des actes attaqués (ceux-ci devant relever des mêmes législations et la contestation devant s’appuyer sur les mêmes codes de lois – ne pas attaquer une délibération d’urbanisme avec une délibération financière)

– la connexité des modes de contestation des différents actes attaqués (par le même type de recours et devant la même juridiction de même ressort)

… (liste non exhaustive à poursuivre)


L’auteur de ce blog n’est pas avocat ni juriste. Il tente juste de faire profiter de ses expériences de citoyen au plus grand nombre.



Quand le clip « Chocolat » de Lartiste feat Awa Imani transforme l’intolérance des Arabes en intolérance des blancs

Avertissement : Pour des soucis de simplification d’écriture, je vais employer les termes de blancs, noirs et arabes pour désigner ici respectivement des personnes d’origine européenne, des personnes d’origine africaine, et des personnes originaires du Maghreb. Espérant que vous comprendrez cette essentialisation, qui est le fait du clip, du moins tel que je le ressens.


Donc à l’origine, c’est une musique engagée pour dénoncer le rejet culturel et historique des arabes envers les couples mixtes lorsque Monsieur est arabe, et que Madame est noire. N’imaginons pas dès lors pas que l’inverse soit possible…

Laissons de suite la parole à Moussa SANOGO, ancien esclave en Libye, qui témoigne (cela ne reste qu’un exemple choisi à dessein) sur FranceInfo d’un rapport conflictuel qui existe en Afrique entre les noirs et les arabes, mais qui tend à s’importer en France.

« Pour les Arabes [les geôliers libyens], l’homme à la peau noire n’est rien, moins qu’un animal. Les animaux, on les traite mieux », estime Moussa Sanogo, qui a passé un peu plus de quatre mois en Libye.

Mais heureusement, l’homme arabe et la femme noire s’aiment, ils s’enfuient et leur amour est plus fort que tout. Et c’est bien ce que disent les paroles de ce mélange de hip hop et de rap, à l’origine de l’expression « sexy raffinée ».

Tout irait donc bien si ce n’est ce moment gênant qui commence à 2 minutes 27 dans le clip, dont je vous retranscris plus bas les paroles (en bleu, le blanc ; en rose, la noire et en rouge l’arabe). À noter que le rôle du blanc est joué par l’humoriste Alban IVANOV.


Eh, qu’est-ce qu’il y a ?

Tu fais quoi ici ?

Eh attends toi, deux minutes, je parle à ma femme Aladin. OK

Oh là là…

Ta femme ? heu, ça fait deux ans qu’on n’est plus ensemble.

Comment ça, on n’est plus ensemble, et ça fait deux ans.

Ça fait deux ans, et tu le sais très bien

Non, non, moi, j’ai jamais dit que j’étais plus avec toi

Moi, j’ai dit que je ne suis plus avec toi

Ouais, eh ben, c’est pas toi qui décides. Moi, si je veux être avec toi, je suis avec toi.

Mais c’est dans ta tête ça

Donc Aladin, il va reprendre son cheval, et il va retourner avec son copain le génie.

Tu peux le respecter, là ?

Et toi, tu vas rentrer à la baraque.

Non, chez moi, je rentrerai chez moi.

Et c’est quoi cette musique, Chocolat, Chocolat, quoi tu t’es pris pour Omar SY (Intouchables). Y a pas de chocolat.

Puis tout le monde danse


Certains ont été choqués par le refrain « cho-cho-cho-chocolat », qui n’est pas sans leur rappeler Annie CORDY. Personnellement, je suis plus choqué par cette pastille humoristique dans laquelle le blanc se comporte comme un salaud d’esclavagiste, lequel serait propriétaire de la noire, qui se défend pas trop mal. Notons cependant la lâcheté de l’arabe qui se garde bien d’intervenir… Et comment dire que les blancs sont tous des putains d’esclavagistes !

Mais s’il y a eu besoin de faire ce clip, ce n’est pas pour dénoncer le comportement des blancs (et certainement qu’il y a aussi des salauds qui croit encore à la colonisation), mais c’est le comportement intolérant des arabes qui n’acceptent pas les mariages mixtes… Et donc si on ne connaît pas le contexte, et qu’on y voit qu’une histoire d’amour, l’arabe est le gentil qui veut vivre sa romance au calme avec sa noire et le blanc est le méchant… Moi, ça me dérange…



Le voile racise-t-il les individus ?

Les femmes blanches pourront finalement participer aux deux ateliers non-mixtes du stage proposé par Sud Éducation 93, mais à la condition de porter un voile ! Ma question certainement très naïve : en quoi porter un voile pour un blanc le transforme-t-il en minorité racisée ? Encore une fois, nous sommes dans une logique tendant à dire que l’islam est une race pour pouvoir mieux dire que les musulmans sont victimes d’un racisme. 

Je passe rapidement sur le fait que les races n’existent pas, mais que c’est un concept non-scientifique qui a été créé à une époque où on cherchait des prétextes pour justifier que des individus puissent en dominer d’autres. Je ne m’attarde pas non plus sur le fait que les intervenants à ce stage sont essentiellement des personnalités issues de la lutte contre l’anti-racisme (?) et l’islamophobie (pour mémoire, 580 actes islamophobes en France en 2016 selon le CCIF).

Première question : qu’est-ce que la non-mixité ? Les organisateurs de ce stage sont tranquillement venus nous expliquer à la télévision que cela signifiait que ces ateliers étaient réservés aux non-blancs. Mais qu’est-ce qu’un non-blanc ? Est-ce qu’un métis ou un quarteron, pour reprendre les expressions racisées, pourra quand même participer à ce stage alors qu’un peu blanc ? Par ailleurs, un certain nombre de musulmans ne sont-ils pas blancs de peau ?

Deuxième question : en quoi le voile transforme-t-il un individu blanc en non-blanc ? En tant qu’il le transforme en minorité ? Est-ce donc à dire que le statut de minorité s’obtient en se distinguant de la majorité, si possible en prenant un trait commun à une autre minorité ? Est-ce donc si facile pour un blanc de rejoindre la minorité et d’abandonner son statut majoritaire ? La porosité des statuts n’a-t-elle pas pour but de permettre à une minorité de devenir majorité ?

Troisième question : Pourquoi ce stage ? Car pour avoir des individus racisés, il faut des individus qui aient une « conscience de races ». Or, justement parce que ce n’est pas naturel, il y a besoin d’une éducation pour construire une identité raciale aux personnes, et pouvoir ensuite la déconstruire. Regardons alors que le prétendu racisme d’État n’est pas si évident, puisqu’il faut deux jours pour l’analyser et découvrir en quoi il travaille inconsciemment nos esprits…

Mettre un voile modifie-t-il donc notre appartenance raciale ? J’aurais tendance à croire que c’est la foi qui fait le musulman et non pas le fichu qu’il (elle) porte sur la tête. De la même manière qu’un blanc qui met un voile ne devient pas musulman mais juste un blanc voilé… Mettre un voile à un blanc lui permet-il donc de se rendre compte de ce que « subissent » les musulmans en terme de regard des autres ? Pas possible dans un tel contexte d’antiracisme…

En somme, je ne trouve définitivement aucune logique si ce n’est des organisateurs qui tentent de dire qu’en fait tout le monde peut venir (pour ne pas que ce soit illégal). Quoiqu’il y ait en plus quelque chose de l’idée que les « races » sont poreuses, et que la majorité peut accepter de devenir minorité, tandis que la minorité peut se retrouver majorité… D’où l’absurdité de l’antiracisme qui est obligé de réorganiser une typologie raciale pour auto-jusitifier son combat.