Archives pour la catégorie Réflexions

Les Conseils citoyens ont-ils une personnalité juridique ?

Mystère de la Justice administrative. On m’oppose au Conseil citoyen de ma commune, lequel n’a pourtant pas de personnalité juridique propre pour se défendre.

On commencera par remarquer qu’il s’agit d’une question qui n’est pas évoquée dans la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 24 février 2014, celle-là même qui créé les conseils citoyens. Donc que le législateur ne se l’est pas posée. Peut-être pour ANRU III ?

Pour autant, le questionnement semble s’être ensuite imposé puisque tant des fiches outils que des documents d’interprétation par des ministères, des préfectures ou des associations spécialisées, qui en parlent postérieurement à cette loi.

Si donc je les comprends bien, un Conseil citoyen ne peut avoir de personnalité juridique que si celle-ci est inscrit dans ses statuts, ce qui n’est pas le cas dans ma commune.

Ou de facto, si le Conseil citoyen est indépendant financièrement, et très honnêtement, je ne vois pas comment cela serait possible. Et là encore, celui de ma commune est dépendant.

Se pose alors la question de savoir qui représente juridiquement le Conseil citoyen ? Est-ce la Préfecture qui a institué ce Conseil par arrêté ? Est-ce l’intercommunalité parce que chargée du renouvellement urbain par le Contrat de Ville qui alloue les fonds ? Ou est-ce la Commune, au nom de sa proximité avec la structure ? Mystère encore !

Il apparaît donc que les Conseils citoyens peuvent avoir leur personnalité juridique propre, mais à certaines conditions.

En l’occurrence, ces conditions ne sont pas réunies dans le cas de ma commune. Donc je ne vois pas trop comment ce Conseil citoyen va pouvoir se défendre, sauf à faire modifier le contrat de Ville pour obtenir les moyens de payer un avocat…

Et dans le même temps, comment la Justice administrative aurait-elle pu savoir pour l’indépendance de mon Conseil citoyen ? Je suis curieux de savoir comment la situation va évoluer…



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La série House of Cards (US) a-t-elle pu faire perdre Hillary CLINTON ?

Je ne sais pas pour vous, mais les deux principaux sentiments que l’on acquiert à la vision de la première série originale Netflix House of cards (donc la version US) sont que les démocrates sont de sales types (pour rester poli) et que le pouvoir politique s’abîme dès qu’il devient une affaire familiale, que ce soit celle d’un couple ou d’un héritage père/fils.

Or, Hillary CLINTON possédait le double désavantage d’être démocrate et surtout d’être la femme de… Alors même si House of cards n’a été vu que par 9 millions d’Américains, selon les chiffres donnés par Netflix, le différentiel entre CLINTON et TRUMP en 2016 n’est que de 3 millions de voix. Insuffisant pour faire l’élection, mais sûrement pas négligeable pour travailler les consciences et instiller dans la société un profond sentiment anti-démocrates.

Qui est Frank UNDERWOOD, personnage principal ? Un démocrate qui n’est bon que dans la conquête du pouvoir, et qui d’ailleurs l’abandonne rapidement après l’avoir gagné car ça ne l’intéresse pas réellement. C’est sinon un raté, qui n’aura pour seule réforme que de piller le fonds d’indemnisation des victimes des ouragans pour financer une réforme du travail inefficace ; un homme trop lâche pour guerroyer, aux comportements misogyne, violent voire raciste.

À bien y regarder, il s’agit d’une série profondément anti-démocrate qui aligne les clichés véhiculés dans les spots républicains. Les démocrates contre les armes à feu. Les démocrates à fond pour soutenir les personnes homosexuelles. Les démocrates pour régulariser massivement les immigrés sud-américains, vus comme des réservoirs de voix. Les démocrates pour demander l’assistanat au moyen notamment du système de santé pour le plus grand nombre.

En face, les républicains sont indemnes. Ils s’opposent à tout, mais c’est le jeu politique. Ils présentent un candidat qui finit par foirer parce que rattrapé par les démons des choses qu’il a faites pendant la guerre. Outre qu’on peut donc pardonner à cet homme, les autres républicains sont absents ; et finalement pas si terribles puisqu’on veut même leur proposer de travailler avec les démocrates, qui sont ceux qui créent finalement le plus d’opposition en interne !

Et puis il y a l’image de la corruption du pouvoir, exprimée au travers de ce couple qui ne s’aime plus lui-même parce que chacun de ses membres aime trop le pouvoir, et qui se trompe abondamment toujours pour servir leurs intérêts. On peut alors voir un effet psychologique inconscient pour l’électeur de vouloir sauver le mariage CLINTON, déjà fragilisé par l’affaire LEWINSKI, et de vouloir éviter plus de troubles ou de tentations à Hillary (ou à Bill), qui nous sont familiers.

Même si House of cards n’a certainement pas fait perdre CLINTON, cette série présente une Amérique malheureuse, de plus en plus pauvre et de moins en moins bien comprise et soutenue par ses élus, sous une succession de présidents démocrates finalement tous médiocres, en plus d’être corrompus. Or, d’habitude, le méchant est un républicain, fort de sa carrure mais va-t-en guerre. Donc je pense que oui, dans le contexte, cela n’a pas spécialement aidé CLINTON !



Que cherche-t-on au catéchuménat ? Pourquoi demande-t-on les sacrements chrétiens ?

Voici une petite analyse sociologique que j’ai réalisée, au regard de mes quelques années d’expérience en tant qu’accompagnateur du catéchuménat sur le secteur pastoral de Savigny-Viry (diocèse d’Évry). Elle s’intéresse aux motivations des personnes qui demandent à recevoir les sacrements chrétiens de l’initiation (baptême, eucharistie, confirmation). Comment peut-on encore vouloir devenir chrétien en 2017 ?

Avant toute chose, il convient de préciser qu’il n’y a pas réellement de différence de motivations entre des personnes qui ont été baptisés voire ont communiés enfants, puis ont tout abandonnés, et qui reviennent adultes à l’occasion de leur demande de confirmation ; et des personnes qui n’ont jamais reçu d’instruction chrétienne. Dans les deux cas, il s’agit d’un réveil de religiosité, qui peut être motivé par une des raisons que je développerai successivement.


1. La révélation du Christ

C’est une personne qui ressent un appel de Dieu et qui cherche à y répondre. Et il n’est pas rare d’accueillir des personnes d’autres cultures, qui cherchent pourtant à rencontrer le Christ.


2. La quête de sens à sa vie

Pourquoi je vis ? Pour quoi faire ? Quelle vie après ma mort ? C’est la démarche de personnes qui, généralement en fin de carrière professionnelle, ou en début de retraite, se posent de grandes questions existentielles, et viennent voir les réponses de l’Église.


3. La quête identitaire

Cela concerne généralement des personnes qui sont les seules de leurs familles à ne pas avoir reçu les sacrements chrétiens, par exemple dans une fratrie. Beaucoup de personnes issues de l’immigration connaissent cette situation à cause de guerres, et cherchent alors à se rapprocher de cette manière de leurs familles.


4. La démarche administrative en vue d’un sacrement

Il s’agit d’une personne qui doit recevoir le sacrement pour pouvoir se marier ou être parrain / marraine d’un enfant. Cela correspond à une demande des pays latins comme le Portugal, l’Espagne ou l’Italie. À l’accompagnateur de faire naître une démarche de foi de tout cela, car dans le cas contraire, c’est pénible pour les deux personnes.


5. La quête d’intégration

C’est une démarche sociale et sociable accomplie par des personnes généralement timides ou réservées, qui cherchent un groupe bienfaisant. Or, l’Église peut répondre à leur attente grâce à sa dimension communautaire, familiale et communiante. Malheureusement, cela est aussi vrai pour les sectes.


6. Le soutien psychologique

C’est la démarche de personnes qui recherchent un confident, d’une part en la personne de Dieu, mais surtout en la personne de l’accompagnateur (pour qui ça devient rapidement invivable lorsqu’il est consulté pour tous les choix que la personne doit accomplir).


7. La recherche d’un cadre pour sa vie

C’est la démarche de personnes qui, soit veulent se racheter d’une vie passée, et cherchent des règles à respecter, différemment de la Loi. Ou c’est la démarche de personnes un peu perdues qui veulent trouver des repères moraux pour avancer dans leur vie. Et le christianisme est plutôt apprécié en cela en tant que sa morale est compatible avec notre culture et nos valeurs.


Il y a sûrement d’autres motivations, ou d’autres classifications possibles. Voilà en tout cas et pour ma part, celles que j’ai relevées en Essonne entre 2013 et 2017. Je ne m’oserai pas à ajouter de chiffres statistiques, même si je les situe globalement, parce que mes observations reposent sur trop peu de personnes, et ensuite et surtout par respect pour tous ceux qui m’ont inspirés ces jugements de leurs motivations.



Pourquoi je ne suis pas favorable à la légalisation de l’euthanasie

Le décès de l’écrivain Anne BERT en Belgique (octobre 2017) relance une nouvelle fois le débat de l’euthanasie en France.

Ce sujet est éminemment sensible et casse-gueule dès qu’on veut en parler, eu égard au fait que l’Homme a peur tant de la souffrance que de la mort ; aussi bien de la sienne, que de celle des autres, qui préfigure la sienne.

Or, plus les années passent et plus la recherche médicale avance, et plus l’espérance de vie progresse, et plus la souffrance et la mort deviennent des réalités qui nous sont insupportables. D’où des intérêts croissants pour l’immortalité et le transhumanisme.

Certainement aussi le fait que le fait religieux a régressé, donc que les Hommes ne croient plus en une vie après la mort, qu’ils veulent donc contrôler celle-là de bout en bout ; et justement qu’ils ne comprennent pas la mentalité djihadiste de gens qui meurent ici pour continuer de vivre ailleurs.


Je peux entendre que des personnes puissent avoir envie de mourir, mais j’ose affirmer que ce n’est pas à l’État, par nature protecteur des plus vulnérables et des plus faibles, d’en permettre ou d’en favoriser les moyens.

Et j’affirme qu’il faut maintenir son interdiction pour se prémunir d’un certain nombre de dérives ; sans pour autant que la Justice n’engage de poursuites lorsque l’euthanasie est réellement consentie. À celui qui demande la mort de s’en prémunir cependant.

Reste que la douleur des proches, qui est une des étapes du deuil, mais qui existe avant le décès, en préfiguration de celle qui sera quand la personne sera morte, peut faire refuser l’euthanasie, peut-être de manière égoïste ; mais je dis que chaque voix se doit d’être entendue.


Il convient, selon moi, de distinguer suicide assisté (provoquer soi-même son décès) et euthanasie (faire provoquer son décès par un tiers). Et là encore, il faut séparer l’euthanasie souhaitée et exprimée par la personne (comme Anne BERT), et l’euthanasie qui ne peut pas être demandée (un accident qui plonge brutalement dans le coma ou une personne qui ne s’est jamais prononcée puis qui n’est plus en état de le faire).

Dans tous les cas, je pense qu’il doit être permis à un médecin de faire valoir un droit de conscience pour refuser de pratiquer l’euthanasie.

Celle-la même qui existe déjà dans les faits au moyen de la sédation profonde et continue, permise par la loi Léonetti de 2016.

Et inversement, que l’euthanasie ne doit pas être proposée par l’équipe médicale pour récupérer des lits…

Mais que faire de l’avis de la famille, surtout si elle est divisée ? Et à partir de quand décide-t-on qu’une personne qui n’a plus d’activité cérébrale, n’est plus vraiment une personne ?

Et de nous demander si c’est effectivement encore une vie de se voir partir en ne pouvant plus bouger, ni manger, ni rien faire que d’attendre… Notons que je ne répondrai pas à ces questions qui appellent à des réponses personnelles.


La légalisation de l’euthanasie me semble dangereuse en plusieurs points :

  • elle intervient normalement dans une situation de faiblesse, au cours de laquelle la personne n’a pas forcément tous ses moyens. Et quand bien même la personne était d’accord avant, elle peut ne plus l’être après.
  • elle représente un caprice civilisationnel en ce qu’elle offre à l’Homme l’illusion de contrôler sa mort, et de l’arrêter dès qu’il estime qu’elle devient trop dure.
  • elle pose une question légitimant la mise sous tutelle d’un individu par l’état donc la perte de ses libertés : »L’État doit-il avoir droit de vie ou droit de mort sur ses citoyens ? »

Ma vision, certainement influencée par ma religion, est que la vie n’est pas merveilleuse, et que souffrir, sans lui attribuer aucune vertu, peut en faire partie, surtout à la fin.

Plusieurs de mes proches ont été sédatés jusqu’à la mort. Et même si c’était leur volonté, j’y vois une double lâcheté, outre celle de m’abandonner, que celle de fuir leur vie comme j’éteins ma console de jeu quand j’enchaine les défaites.

Je pense qu’une personne doit pouvoir se suicider (et généralement, cela est possible seul par surdose médicamenteuse), mais j’estime qu’elle n’a pas à faire reposer cette décision sur un tiers, donc qu’elle n’a pas à demander l’euthanasie à l’État. Après, chacun assume et y va de sa responsabilité.

Mais à partir du moment où l’avis de tiers est requis, il n’y en a pas un qui soit plus légitime qu’un autre ; et que tant qu’il existe une opposition, celle-ci doit, selon moi, être respectée.

Que donc certains veulent euthanasier leurs proches, à leur demande, chacun s’arrange avec sa conscience, et moi égoïstement, je m’interroge aussi quant à ma responsabilité dans ce qui reste un meurtre (dans l’action d’enlever une vie).

Mais ce n’est pas du ressort de l’État que d’assassiner (le mot est choisi) ses citoyens, et l’autoriser est une porte ouverte à la fin de tout respect pour la personne humaine, à partir du moment où on se met d’accord de dégager tous les improductifs qui coûtent à la société.

Le temps va passer, et mon avis changera peut-être. En attendant, il est celui-là.