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Mon bilan des Gilets jaunes : une France définitivement fracturée

Quand COLUCHE avait voulu se présenter à l’élection présidentielle de 1981, il avait dit : « Jusqu’à présent la France est coupée en deux, avec moi elle sera pliée en quatre !« 

La France a toujours été divisée en plusieurs blocs, et je crains qu’il n’y ait pas un classement catégoriel qui soit plus juste que les autres.

Je pense cependant que les études du géographe Christophe GUILLUY sur « la France périphérique », et celles du Baromètres des territoires qui aboutit la distinction de quatre catégories de Français (affranchis, enracinés, assignés et sur le fil) font actuellement référence.

Au passage, on remarquera que la France s’est souvent faite doublée par l’Angleterre parce que celle-ci était beaucoup moins divisée, et que les seules fois où la France a avancé unie, sont lorsqu’un dirigeant, se positionnant au dessus du lot, indiquait un objectif commun.


Il faut d’abord se rappeler que les révolutions en France se sont toujours faites par les bourgeois. Que ce soit en 1789, et tout au long du XIXe siècle, lorsque la bourgeoisie marchande a essayé de devenir l’élite en prenant la place de la noblesse, ou en 1968, lorsque la jeunesse bourgeoise cherchait à s’émanciper des vieux bourgeois.

Les gilets jaunes, qui n’ont d’ailleurs pas pris dans les grandes villes ni dans les banlieues, sont bien sûr cette France périphérique des « assignés » et des « sur le fil », qui est à bout. Mais à y regarder de plus près, ce sont surtout des bourgeois qui subissent leur déclassement, victimes des taxes et de l’inflation et cherchent donc à l’enrayer.

Ils voient le niveau de vie augmenter plus vite que leur salaire, et davantage ne comprennent pas que là où quelqu’un vivait très bien avec leur salaire il y a quarante ans, cette même personne soit aujourd’hui sous l’eau. De la même manière, ils supportent de moins en moins qu’une personne qui ne fasse rien, un assisté, grâce aux aides, obtiennent l’équivalent de la moitié de leur salaire, qui pour eux n’est pas mérité, et donc de moins en moins admis.


La perversité du système est telle qu’il suffit de donner de l’argent à ces personnes pour qu’elles se taisent en s’estimant satisfaites. Et là où MACRON est fort, est qu’il ne diminue pas le prix des produits, mais qu’il donne plus d’argent à ces gens pour qu’ils puissent quand même les acheter. Sauf que le même problème resurgira dans quelques années, du fait de l’inflation, sans parler du fait que l’argent donné à Paul est quand même pris à Pierre.

Dans les écoles, on apprend aux jeunes les Trente glorieuses avant 1974 et les Trente piteuses après le choc pétrolier. Or, cette représentation est faussée car l’État a dévalué sa monnaie quasiment jusqu’à la création de l’euro, sur lequel il n’y a pas de moyen de pression. De fait, les gens ont l’impression qu’ils n’étaient pas pauvres dans les années 1980, et surtout ils pensent que c’est l’euro qui les appauvrit.

La crise des gilets jaunes, qui aura durablement entaché le bilan de MACRON, n’est que l’éclatement d’un malaise français qui couve depuis des années, et ne peut faire que s’amplifier avec le temps, du fait de l’ultra-libéralisme qui creuse les inégalités de richesses, et du fait de la nature même du modèle social français.

Mais c’est surtout l’émergence d’une nouvelle catégorie de Français du milieu qui sait qu’elle ne pourra collectivement pas devenir aussi riche que les plus riches, et qui sait qu’on lui reprochera toujours d’être moins pauvre que les plus pauvres. Et donc elle en a marre, et elle le fait savoir, sauf qu’il n’y a aucune réponse politique durable à lui apporter.

Ils ne s’appelleront plus « gilets jaunes » car le terme est galvaudé, mais ils existeront toujours, et reviendront sous une autre forme et avec une autre appellation, tant que les modèles économiques et sociaux n’auront pas évolué par la base, et qu’ils seront toujours les oubliés du système, condamnés à s’appauvrir, dans tous les cas désespérant de s’enrichir.



Sur la défense de Ségolène ROYAL à la suite des révélations sur son activité d’ambassadrice des pôles

Toujours aussi perchée Ségolène ROYAL… Déjà qu’elle est hyper-insupportable ! Elle rapporte tout à elle. Elle connaît tout. Elle a tout inventé. Elle croît qu’elle est populaire, et qu’elle va faire gagner les candidats qu’elle soutiendra aux municipales… Je ne suis pas étonné que l’appareil du PS ne l’ait pas soutenu en 2007, ils connaissaient déjà sa « bravitude », et ont juste voulu nous en protéger.

L’honnêteté intellectuelle m’oblige par commencer de reconnaître que c’est Valentine OBERTI et l’équipe de Quotidien, qui les premiers, se sont intéressés au sujet : ROYAL qui sèche ses rendez-vous d’ambassadrice des pôles (pour en fait préparer la campagne présidentielle de 2022, à laquelle elle renoncera probablement de participer, pour s’éviter une plus lourde défaite qu’à la primaire de la gauche de 2011, pour mémoire moins de 7 %).

Et donc là, la cellule investigation de Radio France qui s’y met à son tour, et qui accumule les preuves comme quoi elle ne bosse pas, voire comme quoi elle détourne les fonds et le personnel qui lui est allouée en tant qu’ambassadrice. Évidemment couverte par le Quai d’Orsay, qui n’a bien sûr aucun intérêt, à rendre publics ces informations…

Et ROYAL qui répond que tout est diffamatoire, alors que ses absences aux sommets internationaux sont publiques.

Et qu’on s’en prend à elle parce qu’elle est une responsable politique ! Je ne vois pas de quoi elle est responsable, et en quoi cela justifie qu’on ne doive rien dire.

Et qu’on ne peut pas la critiquer parce que son agissement pour le climat est une cause humanitaire et écologique. Si elle allait au bout de la logique, et comme le disait ROCARD, vu qu’on a qu’un « strapontin » au conseil de l’Arctique, autant ne pas se déplacer pour ne pas polluer, elle serait tout autant efficace.

Et parce que c’est une femme. Et donc, si on dit quelque chose contre elle, c’est qu’on est sexiste.

Et aussi que c’est insupportable qu’on s’interroge sur la probité des salariés qui travaillent avec elle. Là, je ne comprends même pas l’argument. En fait, il ne faut pas se poser de questions.

Et enfin que c’est un complot parce qu’elle dénonce la crise de l’hôpital ! Alors que je ne l’ai personnellement rien entendu dire sur le sujet…

Bref, il faudrait vraiment que quelqu’un dise à Ségolène ROYAL de se taire, et de se tenir discrète pendant quelques temps. Et si par la même occasion, MACRON pouvait confier son poste à une personne responsable qui bosserait vraiment dans l’intérêt de la France, et dans celui des pôles… Elle est vraiment hors-sol. Elle semble vraiment ne se rendre compte de rien. Et manifestement personne pour lui dire…



Pourquoi je pense que Donald TRUMP ne sera pas réélu en 2020

Autant je pensais que TRUMP pouvait être élu en 2016, car j’avais bien senti la déception des électeurs démocrates dans les états de la Rust Belt, qui ont pris de plein fouet la crise de 2008. Autant je pense que TRUMP sera largement battu en 2020, malgré ses bons résultats économiques, et quelque soit le candidat démocrate qu’il aura en face de lui, même si la candidature de Joe BIDEN n’a sincèrement rien d’excitante pour les États-uniens…

TRUMP a fait le job pour les électeurs républicains convaincus, mais les électeurs républicains demeurent minoritaires dans le pays. Ce qui fait l’élection américaine est l’enthousiasme suscité par le candidat démocrate qui déplace plus ou moins aux urnes les minorités ethniques.

Mais là où TRUMP a foiré réside dans sa politique à l’égard des électeurs démocrates qui ont voté pour lui, et qui ne lui chercheront pas les excuses traditionnelles des républicains.

Il n’empêche pas les fermetures des usines. Il n’a pas fait son mur pour empêcher l’immigration. Et sa politique internationale est un bide tant avec la Corée-du-Nord qu’avec la Syrie, même si les soldats sont effectivement de retour à la maison…

Il faut aussi voir que les médias dans leur globalité, même si les républicains regardent des télés républicaines, et les démocrates des télés démocrates, n’ont pas pardonné à TRUMP d’être élu, alors que ce sont ces mêmes médias qui ont exaspéré les électeurs démocrates. L’élite n’a pas supporté que sa candidate, CLINTON, même si TRUMP fait partie de l’élite, ait perdu et aussi largement, et à cause de ces ploucs ouvriers de la Rust Belt encore une fois.

Vu d’Europe, la compréhension de l’élection américaine ou de la politique de TRUMP est d’ailleurs pathétique. Les gens restent en boucle sur le fait que CLINTON avait le vote populaire, ce qui veut uniquement dire que les démocrates vivent globalement plus entre eux. Puis ils s’imaginent des frontières sans barrières avec le Mexique, que les camps ont commencé avec TRUMP et qu’ils n’arrête pas d’expulser des immigrés. Alors qu’il y a des clôtures électriques et des barbelés partout sur la frontière, que les camps ont été institutionnalisés par BUSH, mais pas fermés sous OBAMA, et que c’est ce dernier qui détient le record du nombre d’expulsions.

TRUMP fait aussi tout ce qu’il faut pour ne pas être réélu entre ses tweets ridicules, ses colères qui lui font renouveler l’administration tous les six mois, et ses décisions qui n’ont aucun sens, et qui se contredisent les unes les autres comme avec les Kurdes. Ce que donc les médias se pressent de relever, ce qu’ils ne faisaient pas de la même manière avec OBAMA, qui faisait quand même moins de conneries, et qui a perdu pour sa politique économique.

L’impeachement n’aboutira pas, mais il permet de taper sur TRUMP, et de faire de la campagne à venir un référendum pro ou anti TRUMP. Cependant là où TRUMP perdra, malgré la faiblesse record du taux de chômage, et qu’il fasse ce qu’il faut pour résister à la Chine, sera que les électeurs démocrates se mobiliseront en masse pour le virer, et qu’il se retrouvera minoritaires dans la Rust Belt notamment, qu’il n’a pas autant sauvé que ce qu’il claironnait partout.

Maintenant, TRUMP ne s’attendait absolument pas à être élu en 2016. Il était très satisfait de son coup de com, ou de son coup de pub. Cependant, il a été élu et il a goûté au pouvoir. Je suis curieux de savoir comment il acceptera de la lâcher dans ce contexte.



Chanteloup-les-Vignes, ou l’epic fail (échec cuisant) des opérations de rénovation urbaine ANRU (1) et NPNRU (ANRU 2)

Saperlipopette ! Quelques « sauvageons » (faudrait surtout pas généraliser !) ont dégradé par le feu un chapiteau qui avait coûté 800 000 euros à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines).

Mais comment se fait-il que « la banlieue » ne se calme pas alors qu’on l’arrose avec l’ANRU de centaines de millions d’euros depuis quinze ans, quand cela a suffi à désarmer ces « putes » de gilets jaunes en cinq mois ? #TraduisonsLes


Il est intéressant de constater les ravages de l’idéologie libérale.

Ce n’est déjà pas parce que tu dépenses que c’est efficient.

Et donc tout l’argent investi dans les banlieues depuis vingt ans l’a trop souvent été à perte.

Objectivement, le bilan de TAPIE est meilleur que celui de BORLOO car les terrains de foot ont été plus utiles que la démolition et reconstruction de tours et de barres.

Ensuite, ce n’est pas l’argent qu’on te donne (ou pas), qui te rend légitime à prendre la parole.

Et c’est quand même le discours qu’on soutient, pour mieux l’étouffer ensuite.


Après, il faut regarder ce qui est fait avec l’argent.

Et limite, il serait peut-être plus utile de le donner directement aux gens qu’on est censé vouloir aider avec…

Donc il y a toute la partie dans laquelle l’État se substitue aux bailleurs, lesquels ont bien compris le filon et laissent désormais pourrir leur patrimoine, en attendant les rénovations.

Et puis, il y a tous les équipements culturels et sportifs, les écoles et les transports, qui en plus de ne pas forcément intéresser le public local, n’est jamais financé pour le fonctionnement. Ce qui fait que cela s’arrête assez vite, puisqu’il n’y a pas d’accompagnement dans la durée.

On est sur des spirales structurelles de pauvreté, et on voudrait nous faire croire qu’un coup de pouce conjoncturel va changer quoi que ce soit. Il serait peut-être temps qu’on s’en rende compte, en imaginant que les pauvres vont devenir riches parce qu’on retape leur quartier…


Il faut surtout voir que sur 100 % d’une population d’un quartier qu’on prétend vouloir aider, il y en a à peine 30 % qui vont profiter de ces nouvelles structures, qui très vite perdent de leurs capacités.

Parce que l’ANRU se résume finalement à déplacer les gens pour les diluer dans le reste de la population, en essayant de repousser au maximum l’état critique d’équilibre.

ANRU 1 n’a pas amélioré la vie des gens, qui retombent dans la précarité dès lors qu’on retire les perfusions. Alors on a dit que c’est parce qu’on ne prenait pas assez en compte l’avis des gens, et on a fait ANRU 2 (NPNRU), et on recommence…

Et cela calme légèrement, au moins le tiers à qui on a acheté la paix sociale en les occupant. Et puis cela revient, dès lors que la brume de communication qui entoure l’ANRU a disparu. Et que les oubliés et déclassés refont blocs ou redeviennent majoritaires.


Et pendant ce temps, les tensions augmentent partout ailleurs, et c’est aussi cela que nous a dit la crise des gilets jaunes.

Particulièrement dans cette France périphérique où l’on mélange CP et CM2 dans des classes de 32, et qu’il faut faire 30 km pour faire ses courses ou voir son médecin. Et de laquelle les enfants se verront passer devant pour favoriser un système de quotas iniques.

Et à côté, ils voient ces quartiers rénovés dans lesquels tu as des classes de 9 gamins, le bus au pied de la tour, et le médecin et le cinéma à moins de 5 minutes à pied, sans parler de la discrimination positive pour faire Sciences-Po.


Depuis quinze ans, on applique des recettes qui ne fonctionnent pas, ou qui à tout le moins donnent de mauvais plats. Mais on refuse de l’admettre, de dire qu’on n’a pas de solutions, d’investir l’argent ailleurs pour recréer de la croissance et entraîner avec elle ceux qui en sont exclus, et on continue, et on s’étonne toujours de la même manière…

L’exemple de Chanteloup-les-Vignes n’est pas qu’une vengeance circonstanciée de dealers qui veulent empêcher la destruction de la meilleure place de vente. C’est surtout le symbole d’une économie souterraine des stupéfiants qui fonctionne à fond parce qu’elle rapportera toujours plus sur la durée que les réalisations des ANRU successifs.

Et malgré deux rénovations ANRU dans cette commune, il y a toujours le trafic de drogues, et il y a toujours les guet-apens contre la Police. Parce qu’aucune solution durable n’a été apportée. Alors oui, quelques uns sont aidés et s’en sortent, mais pour quels résultats et au détriment de combien d’autres ? Je crains que le futur ANRU 3 n’apporte pas de meilleures solutions…