Archives pour la catégorie Expression libre

Le « coming out » pour les autres

Je tombe parfois sur des articles de personnalités qui font leur coming out, et révèlent alors leur homosexualité. Sauf que dans chacun de ces articles, il y a toujours cette petite mention que ces personnes « sortent du placard » au cas où cela pourrait aider d’autres personnes à « libérer la parole » et à révéler leur homosexualité. Et c’est là que je me dis qu’il y a quand même un sérieux problème sur lequel je voudrais m’arrêter un peu.

En premier lieu, je pense qu’il faut distinguer le coming out d’un ministre ou d’un artiste, qui va effectivement faire la Une de Match ou de tout autre représentant de la presse à scandale ; et le coming out du voisin inconnu dont tout le monde se fout. Et dans ce cas là, je m’interroge sur la part communicationnelle de la démarche de ces premiers. Le font-ils pour qu’on parle d’eux, ou sont-ils vraiment sincères et altruistes dans leur manière de l’annoncer au monde entier ?

Et je bloque aussi par rapport à cela, en tant que si tu n’es pas toi-même ministre ou artiste, cela ne va intéresser personne ; de la même manière que cela n’intéresse vraiment personne que tu affirmes ton hétérosexualité, parce qu’elle reste malgré tout la norme, malgré tous les effort déconstructeurs d’un certain nombre d’idéologues. Partant de là, pourquoi y aurait-il aussi un besoin que d’autres personnes revendiquant leur sexualité pour s’identifier à elles ?

D’autant plus que nous sommes en 2018 et plus dans les années 1980. C’est à dire que tous les stéréotypes sur l’homosexualité, s’ils n’ont pas disparus et reviennent certainement même en force dans certains lieux de la République, ont quand même pris un sacré coup. Et quelque soit nos « sentiments » par rapport à l’homosexualité, force est de constater qu’il s’est passé une normalisation sinon une banalisation de cette sexualité dans la société occidentale contemporaine.

Si donc personnellement, je me fiche globalement de la sexualité des personnes, tout comme je ne ressens pas le besoin d’étaler ma sexualité, je m’étonne de cette homosexualité qu’on affiche pour les autres, plus qu’on ne la revendique pas réellement pour soi ; auquel cas il n’y a pas besoin des médias pour la vivre, même si tout amoureux veut certainement crier haut et fort son amour, quoiqu’il s’agisse plus là d’afficher une sexualité qu’une personne précise…



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Quand la détention fabrique des clandestins ; cette prison française qui créée des sans-papiers

C’est une situation que j’ai découverte dans le cadre de mon activité d’écrivain public bénévole à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), et qui est en fait un des nombreux dysfonctionnements de l’administration pénitentiaire française dans son ensemble. Il n’est pas possible à une personne étrangère, légalement détentrice d’un titre de séjour, de le renouveler si celle-ci n’est pas définitivement condamnée !

Vous le savez, les titres de séjour sont normalement délivrés par la préfecture du département dans lequel on vit, à l’issue d’un certain nombre de démarches.

Ces démarches, et celles nécessaires au renouvellement des titres, doivent être effectuées personnellement en préfecture.

Je ne vais ici pas rentrer dans le débat, légitime, de savoir si des personnes étrangères qui sont en prison ont encore leur place en France. D’une part, parce qu’on peut être mis en prison préventivement, puis être relâché en tant que la Justice ne vous reconnait finalement pas coupable. D’autre part, parce que le Préfet a le pouvoir de prendre une obligation de quitter le territoire français, à l’encontre d’une personne (condamnée ou pas), qui représente une menace pour l’ordre public.

Bref, une fois en prison, vous avez donc besoin d’une permission de sortie pour pouvoir vous rendre en préfecture, effectuer les démarches de renouvellement de votre titre de séjour.

SAUF que l’administration pénitentiaire n’accorde de permissions de sortie qu’aux personnes qui ont été définitivement condamnées. C’est à dire que si on vous a enfermé préventivement, ou que vous contestez en appel le jugement qui vous a condamné à de la prison, vous ne pouvez pas demander de permission de sortie pour aller renouveler votre titre, et vous devez attendre d’être définitivement condamné, au risque qu’expire votre titre entre-temps.

Ainsi, non seulement vous êtes condamné pour ce que vous avez fait, mais c’est la double peine, puisque vous perdez en plus votre droit de séjour en France, qui vous avait été légalement accordé. Et je ne parle pas du cas pour mille, ou peut-être même pour dix-mille ou cent-mille, de la personne qui a été enfermée à tort, ou qui sera relâchée à l’issue de son procès, et qui va perdre ses papiers parce que l’administration l’aura empêchée de les renouveler.

Même si donc la préfecture pourrait ensuite s’opposer au renouvellement de ce titre, du fait que la personne soit en prison, quoique encore une fois cela ne veut pas dire qu’elle est reconnue coupable par la Justice, ce n’est pas juste et ce n’est pas normal qu’on créé une situation dans laquelle une personne qui avait des papiers et qui était régulièrement en France, va se retrouver en situation irrégulière de clandestin expulsable… Je ne trouve pas cela normal !



Pourquoi je ne vais pas aux obsèques de ma grand-mère

C’est une décision qui m’a été difficile à prendre, et qui je le sais, me sera longtemps reprochée. Mais j’ai choisi, en conscience, et après des heures de réflexion et de tortures, de ne pas aller aux obsèques catholiques de ma grand-mère.

Tout d’abord, parce qu’elle était protestante, et que je l’avais entendu dire, il y a plusieurs années, qu’elle souhaitait des obsèques protestantes. Je pense donc que des obsèques catholiques ne respectent pas ses dernières volontés.

Ensuite, parce que je suis fâché avec une partie de ma famille, et que je n’ai sincèrement pas envie de les voir. Je n’ai pas apprécié qu’on me dise que j’étais allé voir ma grand-mère tous les jours à l’hôpital, pour pouvoir me vanter après que j’étais allé la voir (ce que je ne pense pas avoir fait). De la même manière, je n’ai pas aimé qu’on mette en doute la sincérité de mes larmes quand je la savais partir.

Enfin, ses obsèques devaient se dérouler dans l’intimité familiale. C’est pourquoi plein de gens que je n’avais pas invité m’ont adorablement dit qu’ils allaient venir. Outre que je n’avais pas envie de pleurer devant eux, j’aurais surtout souhaité qu’on respecte mon intimité familiale.

Il y a sûrement encore une part psychologique de déni de la mort de ma grand-mère. Je laisse qui veut s’épancher sur la question. Peut-être aussi que je ne veux pas associer l’église sainte-Thérèse à ce départ ?

J’ai dit Adieu à ma grand-mère à l’hôpital. Je lui ai dit tout ce que je souhaitais lui dire. Je veux pouvoir passer à autre chose, mais je souhaite rester seul encore un petit moment. Je me moque de savoir qu’elle aurait quand même voulu nous savoir réuni une dernière fois à ses côtés ; je ne le peux pas pour les raisons évoquées plus haut.



Ma grand-mère, ma Mémé, Juliette CLÉOPHAX est décédée ce 07 juillet 2018

Quelques Saviniens pouvaient la connaître, en tant qu’elle était une des plus anciennes résidentes du foyer-logement César-Franck, depuis 2006.

Aujourd’hui, je pleure ma grand-mère dont le cœur s’est paisiblement arrêté de battre, dans son sommeil, dans l’apaisement des anti-douleurs, au lever du jour de ce samedi 07 juillet 2018, en la chambre n°263 de la clinique du Moulin de Viry.

C’est dur. Quatorze jours que je pleure. Avec elle, je pleure aussi mon enfance, insouciante, et je prends brutalement conscience que celle-ci est en fait terminée depuis quatorze ans. Elle était la dernière de mes quatre grands-parents ; je ne pourrais plus revenir dans le passé, et quitter ce présent qui me dégoûte et m’ennuie, pour être son petit garçon chéri.

Ma grand-mère était née le premier mardi de novembre 1925. Elle nous quitte le premier samedi de juillet 2018, dans sa quatre-vingt-treizième année. Avec tous ses ennuis de santé, il y a déjà bien longtemps que les médecins diagnostiquaient qu’elle ne serait plus parmi nous et je veux quand même me réjouir qu’elle ait pu vivre si longtemps.

J’avais eu tellement peur pour sa dernière opération ; je pensais qu’elle ne survivrait pas à l’anesthésie. J’étais tellement euphorique quand j’ai appris que cela s’était bien passé, j’en riais nerveusement. Je la voyais repartie pour encore quelques années. Mais cela n’a duré qu’une journée…

Je veux écrire l’importance qu’à eu pour moi d’accompagner ma grand-mère dans sa fin de vie, par les soins palliatifs. D’avoir pu parler avec elle jusqu’à mercredi soir, dernière fois où je l’ai vue consciente. Avoir le temps de lui dire que je l’aimais, que je lui demandais pardon pour mes bêtises ou ce que je n’avais pas pu être, de lui dire merci pour avoir été là.

De constater qu’elle ne souffrait pas, du moins que sa douleur était prise en charge, ce qui m’a enlevé cette angoisse. Avec elle, et en nous consolant mutuellement, de prendre acte de la séparation qui se préparait.

Je veux dire ma détresse d’avoir pleuré devant elle, de ne pas avoir su la rassurer quand elle me disait qu’elle ne sentait plus ses jambes, qu’elle appelait sa maman, ou qu’elle allait mourir. Quand au moment de partir mercredi soir, elle m’a attrapé la main, et elle m’a demandé de rester parce qu’elle savait que c’était bientôt la fin.

La dernière bonne nouvelle qu’elle aura pu entendre, dans son inconscient ou dans son subconscient, c’est que sa dernière petite-fille aura eu son bac. Comme un signe pour lui dire qu’elle nous aura accompagné jusqu’à la fin de notre jeunesse, et que nous sommes maintenant des adultes. Autre signe, elle part juste avant la réinauguration du square Jean D’HERS, dans lequel elle nous emmenait si souvent.

Je veux aussi réaffirmer ma foi en la résurrection, en cet espérance d’un jour retrouver ma grand-mère, parti rejoindre mon grand-père, mon petit frère Bruno, mon parrain, mes autres grands-parents… L’être humain est quelque chose de trop formidable pour qu’il n’y ait rien après ; il y a tellement peu de chances d’arriver à ce que nous sommes que tout ne peut pas s’arrêter là.

Je suis reconnaissant au personnel de la clinique pour la manière dont ils ont traité ma grand-mère. Néanmoins scandalisé par certains que je trouvais irrespectueux, mais aussi rassuré par d’autres que je trouvais très humains et très éthiques. Aussi merci à Christine DOURNES, directrice du foyer-logement, d’être venue la visiter ; d’avoir pris ce temps.

Dans ma dernière conversation avec ma grand-mère, je lui ai rappelé tout ce qu’elle avait fait pour nous, et tout ce qu’on faisait ensemble. Je lui ai rechanté les comptines qu’elle m’avait apprise. Mais je lui ai surtout redit que je me souvenais des arcs en ciel qu’elle me montrait quand j’étais petit. Alors à partir de maintenant, chaque fois que je verrais un arc-en-ciel, je penserais à elle, et bien sûr plus souvent.

En forme de testament, ma grand-mère a dit qu’elle comptait sur nous, et qu’elle avait une belle famille. Tachons maintenant de continuer cela !