Archives pour la catégorie Expression libre

La série House of Cards (US) a-t-elle pu faire perdre Hillary CLINTON ?

Je ne sais pas pour vous, mais les deux principaux sentiments que l’on acquiert à la vision de la première série originale Netflix House of cards (donc la version US) sont que les démocrates sont de sales types (pour rester poli) et que le pouvoir politique s’abîme dès qu’il devient une affaire familiale, que ce soit celle d’un couple ou d’un héritage père/fils.

Or, Hillary CLINTON possédait le double désavantage d’être démocrate et surtout d’être la femme de… Alors même si House of cards n’a été vu que par 9 millions d’Américains, selon les chiffres donnés par Netflix, le différentiel entre CLINTON et TRUMP en 2016 n’est que de 3 millions de voix. Insuffisant pour faire l’élection, mais sûrement pas négligeable pour travailler les consciences et instiller dans la société un profond sentiment anti-démocrates.

Qui est Frank UNDERWOOD, personnage principal ? Un démocrate qui n’est bon que dans la conquête du pouvoir, et qui d’ailleurs l’abandonne rapidement après l’avoir gagné car ça ne l’intéresse pas réellement. C’est sinon un raté, qui n’aura pour seule réforme que de piller le fonds d’indemnisation des victimes des ouragans pour financer une réforme du travail inefficace ; un homme trop lâche pour guerroyer, aux comportements misogyne, violent voire raciste.

À bien y regarder, il s’agit d’une série profondément anti-démocrate qui aligne les clichés véhiculés dans les spots républicains. Les démocrates contre les armes à feu. Les démocrates à fond pour soutenir les personnes homosexuelles. Les démocrates pour régulariser massivement les immigrés sud-américains, vus comme des réservoirs de voix. Les démocrates pour demander l’assistanat au moyen notamment du système de santé pour le plus grand nombre.

En face, les républicains sont indemnes. Ils s’opposent à tout, mais c’est le jeu politique. Ils présentent un candidat qui finit par foirer parce que rattrapé par les démons des choses qu’il a faites pendant la guerre. Outre qu’on peut donc pardonner à cet homme, les autres républicains sont absents ; et finalement pas si terribles puisqu’on veut même leur proposer de travailler avec les démocrates, qui sont ceux qui créent finalement le plus d’opposition en interne !

Et puis il y a l’image de la corruption du pouvoir, exprimée au travers de ce couple qui ne s’aime plus lui-même parce que chacun de ses membres aime trop le pouvoir, et qui se trompe abondamment toujours pour servir leurs intérêts. On peut alors voir un effet psychologique inconscient pour l’électeur de vouloir sauver le mariage CLINTON, déjà fragilisé par l’affaire LEWINSKI, et de vouloir éviter plus de troubles ou de tentations à Hillary (ou à Bill), qui nous sont familiers.

Même si House of cards n’a certainement pas fait perdre CLINTON, cette série présente une Amérique malheureuse, de plus en plus pauvre et de moins en moins bien comprise et soutenue par ses élus, sous une succession de présidents démocrates finalement tous médiocres, en plus d’être corrompus. Or, d’habitude, le méchant est un républicain, fort de sa carrure mais va-t-en guerre. Donc je pense que oui, dans le contexte, cela n’a pas spécialement aidé CLINTON !



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Coup de gueule contre l’affiche de la Nuit blanche 2017

Je ne savais pas que se moquer de la dyslexie (c’est comme cela que je prends cette affiche), donc se moquer d’un handicap, était désormais une communication acceptée voire encouragée par la mairie de Paris, d’habitude si soucieuse du respect. À quand une affiche répétant les syllabes comme si ceux-ci étaient prononcés par une personne bègue, ou une affiche contenant des injures, tel un syndrome Gilles-de-la-Tourette ?

De quoi donc est-ce que je me plains ? C’est le contribuable parisien qui paye au travers de la Mairie de Paris. Certainement quelques dizaines de milliers d’euros, puisque nous ne sommes rien de moins qu’en présence d’une collaboration internationale entre un graphiste berlinois, Manuel BÜRGER et un artiste parisien Pierre VANNI. Ils voulaient faire le buzz, et ils auront toujours réussi cela. Mais cela fera-t-il participer plus de monde ? Rien n’est moins certain !

Leur idée était apparemment d’imiter un collectif parisien invisible du nom de « Playground » qui déplace des lettres pour former et déformer des mots, au nom du principe que notre cerveau fait le travail de remettre les lettres en place ; ce qu’on appelle « la dégradation de Cambrigde ». Cette affiche traduirait aussi l’état du badaud après une nuit blanche, lequel aurait du mal à lire et à parler. Apparemment, les mecs n’ont jamais fait de nuit blanche…

Voilà en tout cas un bel exemple de la communication méprisante des bo-bos parisiens. Sûrement les mêmes bienpensants qui appréciaient les appels au meurtre de Mehdi MEKLAT  ; ou qui aiment à se moquer des accents étrangers, mais uniquement ceux des blancs, par exemple de Pénélope FILLON ou de Donald TRUMP ? Ou encore ceux qui ne veulent pas de voiture à Paris mais pouvoir rouler à 150 sur l’autoroute traversant la banlieue, pour gagner plus vite la province. Bref, ceux qui ne regarderont pas On n’est pas couché ce soir…

je trouve regrettable qu’on ne dépense de telles sommes que pour un certain art contemporain, au nom d’un certain multiculturalisme, à sens unique. Car c’est très souvent la culture classique qui doit s’écraser, voire cohabiter avec la culture moderne. Or, c’est l’art classique, malgré tous ses reproches, qui nous a permis d’arriver à l’art contemporain. Aussi, j’espère que la Ville de Paris investit autant voire plus pour la nuit des musées ou les Journées du Patrimoine…



 

Pourquoi je ne suis pas favorable à la légalisation de l’euthanasie

Le décès de l’écrivain Anne BERT en Belgique (octobre 2017) relance une nouvelle fois le débat de l’euthanasie en France.

Ce sujet est éminemment sensible et casse-gueule dès qu’on veut en parler, eu égard au fait que l’Homme a peur tant de la souffrance que de la mort ; aussi bien de la sienne, que de celle des autres, qui préfigure la sienne.

Or, plus les années passent et plus la recherche médicale avance, et plus l’espérance de vie progresse, et plus la souffrance et la mort deviennent des réalités qui nous sont insupportables. D’où des intérêts croissants pour l’immortalité et le transhumanisme.

Certainement aussi le fait que le fait religieux a régressé, donc que les Hommes ne croient plus en une vie après la mort, qu’ils veulent donc contrôler celle-là de bout en bout ; et justement qu’ils ne comprennent pas la mentalité djihadiste de gens qui meurent ici pour continuer de vivre ailleurs.


Je peux entendre que des personnes puissent avoir envie de mourir, mais j’ose affirmer que ce n’est pas à l’État, par nature protecteur des plus vulnérables et des plus faibles, d’en permettre ou d’en favoriser les moyens.

Et j’affirme qu’il faut maintenir son interdiction pour se prémunir d’un certain nombre de dérives ; sans pour autant que la Justice n’engage de poursuites lorsque l’euthanasie est réellement consentie. À celui qui demande la mort de s’en prémunir cependant.

Reste que la douleur des proches, qui est une des étapes du deuil, mais qui existe avant le décès, en préfiguration de celle qui sera quand la personne sera morte, peut faire refuser l’euthanasie, peut-être de manière égoïste ; mais je dis que chaque voix se doit d’être entendue.


Il convient, selon moi, de distinguer suicide assisté (provoquer soi-même son décès) et euthanasie (faire provoquer son décès par un tiers). Et là encore, il faut séparer l’euthanasie souhaitée et exprimée par la personne (comme Anne BERT), et l’euthanasie qui ne peut pas être demandée (un accident qui plonge brutalement dans le coma ou une personne qui ne s’est jamais prononcée puis qui n’est plus en état de le faire).

Dans tous les cas, je pense qu’il doit être permis à un médecin de faire valoir un droit de conscience pour refuser de pratiquer l’euthanasie.

Celle-la même qui existe déjà dans les faits au moyen de la sédation profonde et continue, permise par la loi Léonetti de 2016.

Et inversement, que l’euthanasie ne doit pas être proposée par l’équipe médicale pour récupérer des lits…

Mais que faire de l’avis de la famille, surtout si elle est divisée ? Et à partir de quand décide-t-on qu’une personne qui n’a plus d’activité cérébrale, n’est plus vraiment une personne ?

Et de nous demander si c’est effectivement encore une vie de se voir partir en ne pouvant plus bouger, ni manger, ni rien faire que d’attendre… Notons que je ne répondrai pas à ces questions qui appellent à des réponses personnelles.


La légalisation de l’euthanasie me semble dangereuse en plusieurs points :

  • elle intervient normalement dans une situation de faiblesse, au cours de laquelle la personne n’a pas forcément tous ses moyens. Et quand bien même la personne était d’accord avant, elle peut ne plus l’être après.
  • elle représente un caprice civilisationnel en ce qu’elle offre à l’Homme l’illusion de contrôler sa mort, et de l’arrêter dès qu’il estime qu’elle devient trop dure.
  • elle pose une question légitimant la mise sous tutelle d’un individu par l’état donc la perte de ses libertés : »L’État doit-il avoir droit de vie ou droit de mort sur ses citoyens ? »

Ma vision, certainement influencée par ma religion, est que la vie n’est pas merveilleuse, et que souffrir, sans lui attribuer aucune vertu, peut en faire partie, surtout à la fin.

Plusieurs de mes proches ont été sédatés jusqu’à la mort. Et même si c’était leur volonté, j’y vois une double lâcheté, outre celle de m’abandonner, que celle de fuir leur vie comme j’éteins ma console de jeu quand j’enchaine les défaites.

Je pense qu’une personne doit pouvoir se suicider (et généralement, cela est possible seul par surdose médicamenteuse), mais j’estime qu’elle n’a pas à faire reposer cette décision sur un tiers, donc qu’elle n’a pas à demander l’euthanasie à l’État. Après, chacun assume et y va de sa responsabilité.

Mais à partir du moment où l’avis de tiers est requis, il n’y en a pas un qui soit plus légitime qu’un autre ; et que tant qu’il existe une opposition, celle-ci doit, selon moi, être respectée.

Que donc certains veulent euthanasier leurs proches, à leur demande, chacun s’arrange avec sa conscience, et moi égoïstement, je m’interroge aussi quant à ma responsabilité dans ce qui reste un meurtre (dans l’action d’enlever une vie).

Mais ce n’est pas du ressort de l’État que d’assassiner (le mot est choisi) ses citoyens, et l’autoriser est une porte ouverte à la fin de tout respect pour la personne humaine, à partir du moment où on se met d’accord de dégager tous les improductifs qui coûtent à la société.

Le temps va passer, et mon avis changera peut-être. En attendant, il est celui-là.

 

 



Ma réponse à Yuval Noah HARARI sur les religions au XXIe siècle

Dans une interview au Point du 31 août 2017, le chercheur transhumaniste Yuval Noah HARARI, dont MACRON assure la publicité, dit ceci, que je souhaite nuancer :

« La religion est toujours très importante pour unir des gens et créer des conflits. Mais c’est tout ! Le « retour de Dieu » est un mirage, car les monothéistes n’ont plus rien à nous dire sur nos vies modernes. Que préconisent la Bible et le Coran sur l’intelligence artificielle ou la génétique ? Vous trouverez toujours des exégètes pour soutenir n’importe quelle position sur ces questions, mais il n’y a aucune vraie réponse dans ces textes sacrés, et pour cause. Ces religions ont depuis longtemps cessé d’être des forces créatives pour devenir des forces réactives. D’où pensez-vous que viendront les grands changements du XXIe siècle : de l’État islamique, qui ne fait que recycler de vieilles histoires, ou de la Silicon Valley ?

Tout d’abord, je pense qu’il convient de signaler, à la lecture de l’interview complète (7 pages) que le chercheur ne croit plus en l’Homme tel que nous sommes, mais veut idéologiquement le dépasser, donc qu’il n’y a pas de dialogue possible.

Alors, on peut, comme les rationalistes du XIXe siècle, dire que l’Homme sera plus intelligent une fois débarrassé des religions, mais c’est faux, et les Hommes seront tout autant irrationnels, avec toujours ce besoin de transcendance, donc ce besoin de religion.

Un Homme cherchera toujours à se dépasser, ou à s’améliorer. Et le jour où il ne le fera plus, c’est qu’il sera devenu une machine, car la machine applique un programme indépassable, qui tant qu’il ne peut pas s’améliorer lui-même, ne conçoit pas qu’il y ait meilleur qu’elle.


La religion est toujours très importante pour unir des gens et créer des conflits.

Un bon truc pour flinguer les religions est de commencer par les rendre responsables des guerres, alors que c’est presque toujours l’argent qui est derrière cela, et que Daech n’est par exemple qu’un groupe qui cherche l’enrichissement et qui se contrefout de la religion.

Je veux ici rappeler qu’on peut être religieux sans être belliciste.

Et dans le même temps, l’auteur qui prévoit l’invention d’une techno-religion, le dataïsme, ne peut donc pas imaginer qu’elle dure sans guerre.

Donc son Homme du futur, amélioré, est toujours aussi bidon que l’Homme actuel.


Le « retour de Dieu » est un mirage, car les monothéistes n’ont plus rien à nous dire sur nos vies modernes.

La Bible commence sur cette question de Dieu : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Le Nouveau Testament rajoute une idée d’amour aux relations humaines : « Tu aimeras ton prochain comme toi même ».

Même si les réseaux sociaux et autres évolutions ont réussi à nous diviser, et à nous isoler, nos vies modernes ne peuvent pas (encore) se passer des autres.


Que préconisent la Bible et le Coran sur l’intelligence artificielle ou la génétique ? Vous trouverez toujours des exégètes pour soutenir n’importe quelle position sur ces questions, mais il n’y a aucune vraie réponse dans ces textes sacrés, et pour cause.

En toute sincérité, ne s’intéressent à ces questions que les milliardaires de la Silicon Valley et d’ailleurs qui n’ont jamais eu à travailler donc à s’abîmer, et qui ne sont pas préoccupés par les soucis du quotidien.

À quoi bon vouloir améliorer l’Homme si on ne veut pas améliorer le monde ? Un Homme amélioré restera un connard et continuera de détruire la planète…


Ces religions ont depuis longtemps cessé d’être des forces créatives pour devenir des forces réactives.

Qu’on le veuille ou non, les religions créent des liens sociaux.

Mais oui, elles s’opposent aussi à certains changements qu’elles jugent néfastes.

Est-il vraiment néfaste de dire qu’on pourra toujours faire mieux que l’Homme, et qu’il n’y a pas vraiment d’utilité à créer des robots qui lorsqu’ils nous percevront comme des choses inutiles voire néfastes nous écarteront ?


D’où pensez-vous que viendront les grands changements du XXIe siècle : de l’État islamique, qui ne fait que recycler de vieilles histoires, ou de la Silicon Valley ?

L’auteur compare ici deux choses incomparables. L’État islamique est en soi une start-up qui a réussi, créé sur le modèle de celles de la Silicon Valley. Elle est d’ailleurs peut-être un avenir économique.

Mais le principal changement du XXIe siècle ne pourrait-il pas déjà être qu’on arrive à vivre ensemble, et peut-être même que cela ne viendrait pas de la Silicon Valley ?


En conclusion, je pense que les religions ont leur place dans la société moderne, et qu’elles ne sont pas incompatibles avec la recherche scientifique. Mais que basées sur l’Homme, c’est aussi normal qu’elles s’inquiètent du progrès lorsqu’il veut créer un Homme qui n’est plus humain…