Des réflexions sur le second tour des élections

Municipales 2020 : le second tour n’aura pas lieu.

Il n’aura pas lieu, non pas parce que ce n’est pas constitutionnel car la Constitution ne dit rien dessus. Il n’aura pas lieu non plus parce que toutes les cartes sont rebattues dès lors que plus d’une semaine se sera écoulée entre les deux-tours, et que ce serait alors contraire au code électoral.

Non, il n’aura pas lieu parce qu’il est trop cher à organiser tout seul, et qu’on fera des économies à le coupler avec les élections départementales de mars 2021.

Faut quand même écouter le Gouvernement qui nous raconte qu’on ne pourrait pas l’organiser en septembre ou octobre parce que ce sera la période de relance de l’économie du pays. Donc en substance, il n’y a plus de démocratie quand on fait du fric…


Mais pourquoi réorganiser les deux tours, et ne pas sanctuariser les résultats du premier, qui ont été estimés sincères dans 30 000 communes alors qu’ils sont tout autant insincères que dans les 5000 communes qui n’ont pas élu leur maire dès le premier tour ?

Il y a de toute façon un problème juridique qui apparaît difficilement surmontable, surtout quand il va falloir mettre en route les intercommunalités sorties des urnes du 15 mars 2020…

Un jour de 2015 que je tractais sur le marché, un Morangissois m’a violemment pris à partie pour me reprocher que les élections à deux tours ne sont pas démocratiques, car dans une course d’athlétisme, on récompense le premier, et on ne réorganise pas une deuxième course entre les deux meilleurs.

Alors pourquoi un deuxième tour, et pourquoi l’organiser avec celui qui a obtenu 10,01 % mais en rejetant celui qui a obtenu 9,99 % ?

Ou pourquoi ne pas réorganiser de second tour quand le vainqueur du premier tour l’emporte avec 50,01 % des voix sur le second à 49,99 % ?

Surtout que ces chiffres correspondent aux suffrages exprimés, et non pas aux inscrits. Et avec les taux de participation qu’on a connus, on se rendrait vite compte que nos élus ne sont globalement pas ou plus très soutenus.


Le deuxième tour est d’autant plus injuste lorsqu’il fait battre la personne qui est largement arrivé en tête au premier, par exemple par l’union de tous les mécontents arrivés derrière.

Mais il permet à l’opposé de légitimer et de confirmer la victoire de celui qui est arrivé en tête aux deux tours.

Avec l’hypocrisie du système des municipales à prime majoritaire, qui octroie d’office la moitié des sièges, à celui arrivé en tête, ne serait-ce que d’une voix.

Or, si cela peut essayer de se justifier dans le cadre d’un duel, c’est autrement plus injuste en cas de triangulaire, quadrangulaire ou plus…

Le problème n’est pas tant la fusion de listes, ou le désistement en faveur d’un tel, appuyé ou pas par un appel au vote, pour autant que les électeurs y soient attentifs, que le comportement des électeurs qui n’est pas forcément cohérent, ou qui au contraire, l’est trop.


Je n’ai pas retrouvé depuis quand date la pratique d’un second tour, mais qui est finalement à la fois assez récente, et assez peu appliquée dans les autres pays.

Le second tour chercherait idéologiquement à dégager ou à renforcer un consensus, en s’appuyant sur le report des voix de ceux qui ont été éliminés au premier tour.

Mais il comporte de nombreux inconvénients en renforçant les grands partis, et généralement en créant les conditions du bipartisme, avec des phénomènes de vote utile et de choix par défaut. Les minorités en sont donc toujours exclues, et doivent sinon s’allier pour parvenir au pouvoir, ce qui généralement les compromet et les maintient dans leur statut minoritaire.

Il y a encore ce phénomène de choix au premier tour et d’élimination au second tour, généralement lorsque son candidat ne se qualifie pas, lequel paradoxalement aurait peut être pu battre les autres selon cette même logique en se qualifiant pour le second tour.


En conclusion, il n’y a pas de mode de scrutin meilleur qu’un autre, et la démocratie elle-même, selon CHURCHILL, est le pire des régimes, hormis tous les autres qu’on a déjà essayé.

Mais il y a une incohérence démocratique terrible à conserver les résultats du premier tour chez les uns, et à le rejeter chez les autres.

Et en même temps, il y aurait une incohérence à conserver les résultats du premier tour, une année après, sachant pourtant que ceux-là peuvent aussi changer en une semaine.

Bref, je n’ai toujours pas tranché mon avis sur l’opportunité de deux tours. Il faudrait vraiment organiser un débat qui confronte les arguments des POUR aux arguments des CONTRE.



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