Pourquoi je n’applaudis pas les personnels soignants le soir à 20 heures (autrement que parce que je suis un odieux connard)

Avez-vous remarqué de quelle façon sournoise il n’est pas possible de refuser de sacrifier à ce nouveau rituel républicain qui consiste à applaudir les soignants tous les soirs à 20 heures ?

Vos voisins, votre famille, vos amis ne peuvent pas entendre que vous puissiez simplement ne pas être à l’aise avec cette démarche, et ils cherchent immanquablement à vous culpabiliser.

Aussi vais-je commencer par un traditionnel couplet d’auto-flagellation rempli d’excuses larmoyantes et pleines de contrition.

Non, je n’ai rien contre ceux qui applaudissent.

Pire, j’ai même de l’estime pour tous ceux qui continuent de travailler, exposés au risque, qu’ils soient professionnels de santé, de l’éducation, du social, du commerce, de la distribution, des services publics… Et particulièrement pour tous ceux qui ont laissé leur famille pour s’enfermer sur leur lieu de travail.

Oui, je vous aime tous sincèrement, y compris mon médecin traitant que je n’ai jamais vu en cinq ans, et qui la seule fois où j’aurais eu besoin de lui pour juste constater sur cinq minutes, pour la Police, que j’avais 3 hématomes sur la gueule après m’être fait tabassé dans le quartier prioritaire de Grand-Vaux, m’a dit par téléphone, après deux heures perdues à essayer de le joindre, qu’il n’avait pas le temps de prendre un nouveau CLIENT qu’il n’avait jamais vu.


Alors, je n’applaudis peut-être pas le soir, mais moi déjà, je respecte les règles, je reste confiné, c’est à dire que je ne viens pas de me découvrir une soudaine passion pour le jogging, que je ne traîne pas mon chat en laisse pour me donner une occasion d’être dans la rue, que je ne demande pas à ma voisine infirmière de dégager, que je n’insulte pas les professionnels de santé prioritaires au supermarché, et que je ne passe pas non plus mes journées au petit parc voisin rénové pour 500 000 € afin de commencer à faire de la musculation.

Et surtout très important, je ne vote pas pour des connards qui lorsqu’ils sont membres des conseils d’administration des hôpitaux, approuvent les fermetures de lits et les fusions d’établissements. Ou qui plus largement diminuent année après année les budgets de la santé. Ou le maire de droite de ma commune qui a refusé de proposer au vote du Conseil municipal une motion de soutien à l’hôpital local parce qu’elle était proposée par une communiste.


Effectivement, je ne découvre pas les professionnels de santé. Cela fait des années que je les remercie et que je les soutiens, et je ne crois pas qu’il faille plus les remercier parce qu’il y a le coronavirus. D’autant que qu’est-ce que voudra alors dire le moment où les Français arrêteront d’applaudir tous les soirs ? Et puis pourquoi seulement eux, et pas tous les autres ? Je suis très dérangé par cette pratique des remerciements.

Je n’ai pas attendu le Covid-19 pour constater que les hôpitaux sont surchargés, qu’ils manquent de moyens et de personnels, qu’ils pratiquent dans des locaux vétustes et sous-dimensionnés. Je connais leurs conditions de travail : le stress, les burn out, l’espérance de vie qui diminue par des gens qui se brûlent la santé à essayer de faire leur travail avec leur conscience professionnelle et les faibles moyens qu’ils ont.

Pire, je suis tellement cynique que je ne suis même plus étonné de ce qui arrive, à force de dégradation du système de santé, et plus largement de tous les acquis sociaux figurant dans le programme d’action du Conseil national de la résistance, mis en place à la Libération. On manque de masques ? Juste la conséquence de la Cour des comptes qui dit que cela coûte trop cher d’en stocker dans les entrepôts nationaux. C’est sûr que la gestion de crise avec une France confinée pendant six semaines va nous coûter beaucoup moins cher !

Bref, moi je ne fais pas semblant, je ne suis pas hypocrite, je reste cohérent.


Parce qu’applaudir tous les soirs, c’est simple, cela n’engage pas réellement et donnerait même bonne conscience. On en oublierait presque que les soignants ont attendu quasiment un mois pour obtenir des masques FFP2 et des sur-blouses qui ne se déchirent pas… Or, pendant ce temps, on applaudit indifféremment, quelques soient les annonces, du simple bon de commande à la livraison effective. Sauf que des masques, des blouses, des respirateurs, on pourra toujours en fabriquer, des médecins et des infirmières, ce sera un peu plus compliqué.

Transformer les soignants en héros, c’est décrédibiliser leurs besoins, car un héros s’en sort toujours (sauf dans Armageddon ou dans K-19, le piège des profondeurs). Et même s’il doit mourir, il le fait en accomplissant sa mission de servir et de protéger. Donc qu’il y ait 10 ou 100 lits de réanimation, l’important serait finalement que le professionnel ait donné le maximum de lui-même. Cela en deviendrait d’ailleurs presque indécent que notre nouveau héros national en arrive à des considérations et des demandes aussi bassement matérielles.


À l’origine de ces applaudissements, il y a quand même la peur de notre propre mort du Covid-19, que l’on transpose de manière circonstanciée sur les professionnels de santé qui y sont les plus exposés.

Paradoxalement à vrai dire, car on en a rien à foutre que des centaines d’entre eux se suicident chaque année, et que ¼ y penseraient, à cause de ce manque de moyens !

Et peut-être pire, celui qui applaudit depuis sa fenêtre, et qui ne se rend pas compte qu’il n’est plus un malade ou un patient, mais un client ou plus exactement une variable budgétaire. Il devient une marchandise dont on cherche à se débarrasser le plus vite possible, d’où le développement des soins ambulatoires. La période d’observations post-opératoire, vous allez la faire chez vous, et vous nous appelez si vous pensez qu’il y a un problème…


J’ai envie de croire que tous les gens qui applaudissent sont sincères, qu’ils vont désormais s’intéresser aux questions de santé et aux raisons pour lesquelles les manifestations des professionnels se multiplient, qu’ils ne laisseront pas faire le démantèlement du service public, qui n’est que suspendu, en témoigne les propos du directeur de l’ARS de Nancy qui vient de se faire remercier, alors qu’il ne fait qu’exprimer fidèlement la politique du COPERMO.

Mais ce ne serait pas sincère, déjà quand je vois tous nos élus qui ne pensent qu’à récupérer la vague de la crise sanitaire pour pouvoir surfer dessus, à qui commandera et distribuera le plus de masques. Les mêmes qui ont fait pression pour maintenir les élections ou les échanges commerciaux, jusqu’au dernier moment, en espérant que ce ne serait qu’un ouragan qui dévierait au dernier moment. Eux qui disaient que la France ne manquait pas de masques, lesquels ne servaient d’ailleurs à rien contre cette grippette.

D’ailleurs, je ne doute pas une seconde que de tous les plans d’investissements et de soutiens annoncés, enfin d’abord pour les entreprises, l’argent finira pour renflouer le secteur privé de la santé sans oublier les multinationales de santé.

Enfin, il faudrait aussi voir à combien s’élèvera le plan massif à l’issue de la crise. En mars 2019, MACRON qui avait entendu le malaise des hôpitaux avait annoncé 300 millions € supplémentaires pour 2020, alors que le budget de l’hôpital est de 80 milliards € chaque année et que les dépenses ont tendance à augmenter de 1,5 milliard € chaque année.

Avec aussi ce problème que le public, pendant plusieurs semaines, a refusé de faire travailler le privé. La révision du numerus clausus ne changera rien, et certains problèmes, comme le comportements de certains musulmans dans les hôpitaux, restera invariablement sous le tapis.

Je suis allé une seule fois aux urgences, parce qu’on m’y a conduit de force. Dans la salle d’attente, nous étions 15, et j’étais le seul blanc. Et ça mangeait, et ça faisait du bruit, et les enfants couraient. La moitié des gens présents n’avaient a priori pas besoin de passer en urgences. Ils avaient surtout besoin d’une éducation à la santé, et davantage, de praticiens en secteur 1. Et il faut voir comment on me tombe dessus, en tant que candidat politique, dès que je propose la création d’un dispensaire avec des professionnels conventionnés.

On pourrait encore parler de la solidarité. Comment pourrait-on financer une nouvelle politique de santé publique ? La question est à peine posée que déjà les plus riches s’opposent à un rétablissement de l’impôt sur la fortune (4,2 milliards € en 2017) pour financer cette seule cause. Mais ce sera la même réaction chez toutes les catégories de Français. De l’argent pour le secteur de la santé, sauf si c’est moi qui le donne.


En janvier 2015, après les attentats contre Charlie-Hebdo, 84% des Français disaient avoir une bonne opinion de la police. En janvier 2020, ils ne seraient plus que 43 %. Pendant tout ce temps, leurs moyens humains, matériels et financiers n’ont fait que continuer de diminuer. Début septembre, c’est le commissariat de ma commune qui ferme pour être fusionné avec deux autres commissariats. Je n’ai malheureusement aucun doute que la courbe de soutien et d’intérêt à nos soignants suivra exactement la même trajectoire.



3 réflexions au sujet de « Pourquoi je n’applaudis pas les personnels soignants le soir à 20 heures (autrement que parce que je suis un odieux connard) »

  1. Jean-Marie CORBIN (L'esprit maquisard est en lui)

    Le suivisme et le conformisme. Goebbels aimait maintenir le peuple allemand à un niveau d’anxiété maximum car c’était LA condition pour obtenir un maximum d’impact sur la population.
    Relisons ça les 10 principes de manipulation des masses :
    1/ La stratégie de la distraction

    Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser ; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

    2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

    Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple : laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

    3/ La stratégie de la dégradation

    Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

    4/ La stratégie du différé

    Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

    5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

    La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

    6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

    Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

    7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

    Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

    8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

    Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

    9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

    Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !…

    10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

    Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

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  2. Josseaume

    totalement d’accord avec tout le texte ! Des populations complètement décervelées…le ridicule ne tue plus…et, en effet, dans 6 mois tout aura été oublié…les esprits sont déglingués parce qu’ils ont été volontairement déglingués : médias, politiciens, groupes de pression etc…

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