Sur le documentaire « Vietnam » (The Vietnam Wars) de Ken BURNS et Lynn NOVICK (2017)

C’est d’abord un documentaire qu’il fait avoir le temps de regarder, car ce sont 9 épisodes de 52 minutes.

Ensuite, il faut s’accrocher, parce que sur les neuf épisodes qui se veulent chronologiques, les cinq premiers se déplacent allègrement dans le temps.

Bien sûr, on ne peut échapper, surtout à la fin à ce sentiment d’écœurement : 3 millions de morts, 13 ans de guerre pour aboutir à une défaite totale du Sud, 660 milliards de dépenses. Et je ne parle pas des conséquences de l’usage massif de défoliant, et des bombes non explosées…

Le conflit a été bombardements (plus sur le Cambodge que pendant toute la seconde guerre mondiale), notamment d’une piste (Ho-Chi-Minh) en permanence réparée, et l’attaque de collines, au prix de lourdes pertes, pour être ensuite abandonnées… Avec des ressources illimitées pour le Nord-Vietnam de l’URSS et de la Chine.

Tout cela au nom du communisme que le Nord voulait répandre au Sud, pour qu’au final, le pays entier s’ouvre au libéralisme en 1986 et normalise ses relations avec les États-Unis d’Amérique (EUA) en 1994…

Le pire étant que les Américains avaient donc analysé en 1966 qu’ils ne pourraient pas gagner cette guerre, et qu’ils ont continué à y envoyer ou laisser des soldats jusqu’en 1973.

Avec le général WESTMORELAND qui à chaque nouvelle phase du conflit, demandait à chaque fois plus de dizaines voire de centaines de milliers de soldats…


Au passage, tout le monde ayant oublié que c’est KENNEDY, dont il ne faut pas écorner l’image, le même qui avait exhorté les EUA de ne pas aider les Français en Indochine, qui est celui qui est responsable de la participation américaine à ce conflit.

Ce qui coûtera la place de président à son successeur JOHNSON, et permettra aussi à NIXON d’être brillamment réélu en 1972.

Et en même temps, les Américains ont offert quinze ans de libertés en plus aux Sud-Vietnamiens…


La force de ce documentaire, ce sont les témoignages des deux camps.

Avec des Nord-Vietnamiens qui semblaient quand même conscients, mais qui allaient faire cette guerre sans poser de questions.

Des Sud-Vietnamiens, subissant des hommes politiques incapables et corrompus, marionnettes américaines, qui n’avaient pas envie de se battre, et ne comprenaient pas ce conflit fratricide.

Et des Américains, que la guerre transformait en animaux, objectifiant leurs ennemis pour tolérer de les assassiner, qui seront plusieurs dizaines de milliers à devenir héroïnomanes, et qui vivaient très mal les manifestations des hippies, lesquels refusaient de voir que les Nord-Vietnamiens n’étaient pas des tendres, et qui donnaient aux soldats le sentiment d’être dans le « mauvais camp ».

On retrouve également cette incompréhension des soldats américains, voyant les Sud-Vietnamiens ne se battant pas alors que c’était leur pays, avant le « jaunissement » du conflit ; qui rappelle en France en 2019, l’incompréhension des militaires français qui, alors eux se battent au Mali pour les Maliens, voient beaucoup de ceux vivant en France qui se foutent de ce conflit.

Il y a encore l’hypocrisie des deux côtés qui a passablement retardé le règlement du conflit avec des Nord-Vietnamiens refusant d’admettre avoir des troupes au Sud, et des Américains niant leur illégitimité à participer à cette guerre.


Au final, le Nord avait compris qu’il ne pourrait pas gagner tant qu’il y aurait les Américains, dont la force militaire leur était bien supérieure.

Les EUA ont tenté de les déstabiliser, de les démoraliser, de leur tuer plus de soldats que ce qu’ils ne pouvaient en fournir, mais dans un pays de 25 millions d’habitants, cela n’a pas suffi.

Les Soviétiques auront ensuite leur Afghanistan, et à ce moment, se verront retournés les techniques qu’ils ont soutenus au Vietnam…

Toutefois, après avoir vu ce document, on ne peut que s’interroger de savoir ce que les Américains sont allés faire en Irak…



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Une réflexion au sujet de « Sur le documentaire « Vietnam » (The Vietnam Wars) de Ken BURNS et Lynn NOVICK (2017) »

  1. Jean-Marie CORBIN

    Si vous êtes pressés et que vous ne voulez pas vous farcir 9 épisodes de 52 minutes, vous pouvez en 8 minutes 52 visionner le discours de Charles de Gaulle du 1er septembre 1966 à Phnom Penh dans les archives de l’INA.

    Tout y est : https://fresques.ina.fr/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00116/discours-de-phnom-penh.html

    Pour ce qui est de la conquête de l’Irak en 2003 par les USA. Ils sont allés chercher du pétrole. En ont ils trouvé autant qu’ils le souhaitaient ? Pas si sûr …

    Transcription du discours de Charles de Gaulle
    Oui, la position de la France est prise. Elle l’est par la réprobation, par la condamnation qu’elle adresse en ce qui concerne les actuels événements. Cette position est prise aussi par sa résolution de n’être pas, où que ce soit, et quoiqu’il arrive, automatiquement impliquée dans l’extension éventuelles du drame et de garder en tout cas les mains libres. Mais elle l’est encore par l’exemple qu’elle a naguère donné en Afrique du Nord, en mettant délibérément un terme à des combats stériles sur un terrain pourtant que ses forces dominaient sans conteste, qu’elle administrait directement depuis 132 ans et où elle avait implanté plus d’un million de ses enfants. Mais comme ces combats n’engageaient ni son honneur, ni son indépendance, et qu’à l’époque où nous sommes, ils ne pouvaient conduire à rien, qu’à des pertes, des haines, des destructions sans cesse accrues, la France a voulu et a su s’en sortir. Sans que, bien au contraire, en aient souffert son prestige, sa puissance et sa prospérité. Eh bien, la France considère que les combats qui ravagent l’Indochine, n’apportent par eux-mêmes et eux non plus, aucune issue, suivant elle, s’il est invraisemblable que l’appareil guerrier américain puisse jamais être anéanti sur place, d’autre part, il n’y aucune chance pour que les peuples de l’Asie se soumettent à la loi d’un étranger venu de l’autre rive du Pacifique, quelles que puissent être ses intentions, et quelle que soit la puissance de ses armes. Bref, si longue et dure que doive être encore l’épreuve, il est certain qu’aux yeux de la France qu’elle n’aura pas de solution militaire. Dès lors et à moins que le monde ne roule vers la catastrophe, seul un règlement politique pourrait rétablir la paix. Comme les conditions de ce règlement sont bien claires et bien connues, on peut encore espérer. Tout comme celui de 1954, l’accord aurait pour objet d’établir et de garantir la neutralité des peuples de l’Indochine, et leur droit de disposer d’eux-mêmes tels qu’ils sont effectivement, et chacun étant entièrement responsable de ses propres affaires. Les contractants seraient donc les pouvoirs qui s’y exercent réellement, et parmi les autres États, tout au moins les cinq puissances mondiales. Mais, la possibilité, et à plus forte raison, l’ouverture d’une aussi vaste et difficile négociation, dépendrait évidemment de la décision et de l’engagement qu’auparavant aurait voulu prendre l’Amérique de rapatrier ses forces dans un délai convenable et déterminé. Sans nul doute, une telle solution n’est aujourd’hui pas mûre du tout, à supposer qu’elle le devienne jamais. Mais la France juge nécessaire d’affirmer qu’à ses yeux, il n’en existe aucune autre, à moins de condamner le monde à des malheurs grandissants. La France le dit au nom de son expérience et de son désintéressement. Elle le dit en raison de l’œuvre qu’elle a naguère accompli dans cette région de l’Asie, des liens qu’elle a y conservés, de l’intérêt qu’elle continue de porter aux peuples qui l’habitent, et dont elle sait qu’ils le lui rendent bien. Elle le dit à cause de l’amitié exceptionnelle et deux fois séculaires, qu’elle a pour l’Amérique, de l’idée qu’elle s’en fait depuis longtemps et que celle-ci se fait d’elle-même. A savoir : celle d’une nation champion de la conception suivant laquelle il faut laisser chaque peuple disposer à sa façon de son propre destin. Elle le dit compte tenu des avertissements que Paris a multiplié à l’égard de Washington, quand rien n’avait encore été accompli d’irréparable. Elle le dit avec la conviction qu’au degré de puissance, de richesse, de rayonnement, auxquels sont actuellement parvenus les Etats-Unis, le fait de renoncer à leur tour à une expédition lointaine, qui apparaît sans bénéfice, et sans justification, et de lui préférer un arrangement international organisant la paix et le développement dans cette importante région du monde, n’aurait rien qui puisse blesser leur fierté, contrarier leur idéal et nuire à leurs intérêts. Au contraire, si les États-Unis prenaient cette voie conforme au génie de l’Occident, quelle audience recouvreraient-il d’un bout à l’autre du monde, et quelle chance recouvrerait la paix, sur place et partout ailleurs. En tout cas, sauf en venir là, aucune médiation n’offre ni n’offrira aucune perspective. Et c’est pourquoi la France, pour sa part, n’a jamais proposé et n’en propose aucune.

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