Des réflexions sur l’affaire Vincent LAMBERT

Après onze longues années, est-il encore possible de parler de cette histoire de manière dépassionnée ? Qui n’a pas encore son avis sur l’affaire LAMBERT, et choisi son camp entre le maintien en vie, et l’arrêt des soins ?

C’est la situation d’un homme, à la fois fils, et en même temps mari et papa, dont la vie s’est arrêtée à cet accident de moto intervenu en 2008 ?

Car quelque soit la réalité d’un état de conscience minimal, le fait est que Vincent LAMBERT ne pouvait plus que sur-vivre couché dans un lit, hydraté et alimenté par un autre, qu’il soit humain ou machine.

Une machine, pour autant, qui ne le maintenait pas artificiellement en vie, et pose effectivement le problème que Vincent LAMBERT n’était pas en situation de fin de vie, comme 1700 autres personnes en France qui se trouvent dans un tel état pauci-relationnel.

Et une machine, qui même débranchée, ne l’aurait pas forcément tué. Et il aura ainsi déjà survécu une première fois à trente-et-un jours sans alimentation, avant d’être nourri à nouveau sur décision de Justice.


Il se pose dès lors le problème de la Justice, et de tous ces recours qui ont mis des années pour aboutir.

Certes, il a fallu cinq ans avant que le médecin ne propose l’arrêt des soins en 2013, parce qu’il y a quand même eu des tentatives de rééducation jusqu’en 2011.

Mais il a encore fallu cinq ans pour que cette famille, qui s’est outragusement déchirée en public, parvienne à épuiser toutes les possibilités de recours dans un sens comme dans l’autre.

Avec des vices de procédure, et des erreurs de droit, à n’en plus finir.

Le premier médecin étant quand même celui qui a fait tout arrêter parce qu’il avait oublié de prévenir la famille. Et après, il se répand dans les médias pour donner son avis, et dire qu’il est parti pour protéger les équipes médicales. C’est aussi gênant que les avocats des parents qui chantent et dansent la Remontada.


Dans cette affaire, je comprends que sa femme ait voulu l’arrêt des soins, peut-être pour respecter les volontés de Vincent LAMBERT que je ne connais pas, et peut-être aussi, de manière tant égoïste qu’altruiste pour elle et leur enfant, pour pouvoir passer à autre chose, et recommencer à vivre.

Et dans le même temps, je comprends aussi ses parents gardant l’espoir qu’il se réveille, et que la vie continue différemment, et ne voulant donc pas qu’on interrompe les soins.

Au-delà même de leur appétence malsaine pour les médias, du comportement scandaleux et indécent de leurs avocats, et des associations pro-vie qui ont trouvé à matière à exister.

Car pendant onze ans, ils n’ont pas forcément été aussi présents que ce qu’ils le racontent.

Des parents qui se disent très cathos, mais qui ont conçu leurs gamins hors-mariage parce qu’ils étaient déjà mariés chacun de leur côté quand ils se sont rencontrés, on repassera !

Dans leur jusqu’au-boutisme, leurs disputes publiques auront surtout eu pour effet de les déposséder de Vincent LAMBERT, devenu une affaire devenue nationale, avec d’un côté ceux qui montraient son visage, et de l’autre ceux qui le floutait à l’extrême.


Il n’y en a pas moins une hypocrisie terrible sur les mots et les réalités de l’arrêt des soins.

Est-ce que l’euthanasie ne serait finalement pas plus humaine, en tant qu’elle arrête le cœur une bonne fois pour toutes ?

Plutôt que la méthode de la sédation profonde qui consiste à provoquer sur plusieurs jours une insuffisance rénale qui provoquera une insuffisance cardiaque ?

Moi, la sédation m’a permis de passer du temps avec ma grand-mère, quelques heures tous les jours, avant son décès.

Et je suis très heureux de la dernière conversation que j’ai pu avoir avec elle, deux jours avant sa mort, dans un instant de deux minutes de lucidité.

Mais j’ai lu dans ses yeux qu’elle comprenait aux miens qu’elle allait mourir.

Moi la sédation m’a fait du bien personnellement pour accompagner ma grand-mère, mais je doute, dans les rares moments de lucidité qu’elle a eu, que ce fut profitable pour elle.

Alors là, dans un état de conscience minimal, que peut-il y avoir ? Rien certainement, et malgré toute la science, je n’en suis pas certain à 100 % tant l’humain est extraordinaire.


Je voudrais poursuivre le discours fachô, qui a certainement coûté quelques bons points à François-Xavier BELLAMY aux européennes. (J’ai voté blanc.)

Le complotiste que je suis ne peut pas croire au hasard que cet arrêt des soins ait été annoncé à deux semaines des européennes, et rendu effectif une semaine avant…

J’espère que l’actuel docteur n’est pas de ce type de saloperie !

Aujourd’hui, on défend le droit à la vie, et notamment celui des migrants qui sont effectivement entre six et huit à se noyer tous les jours dans la Méditerranée.

En 1975, on a autorisé l’avortement parce qu’il y avait la peine de mort.

En 1981, on a aboli la peine de mort pour montrer l’évolution de la société.

En 2019, on fait face à des personnes qui réclament un droit de mourir « dans la dignité » (alors qu’aucune mort n’est digne), dans le cadre d’un État qui dépossède les citoyens de leurs droits, de leurs corps et s’il le veut de leur vie.

Mais de quel droit un médecin peut-il décider de la mort d’un patient ? Et de quel droit un état peut-il s’approprier une personne ?

Il y a tant de questions éthiques qui demandent des solutions au cas par cas, que la loi ne peut résoudre en tant qu’expression de la volonté générale.

Et puis qu’est-ce que la vie ? Est-ce que c’est seulement quand on est bien, et est-ce que les maladies et les déchéances ne font pas aussi partie de la vie ? Non, tout n’est pas rose, tout n’est pas beau…


L’affaire Vincent LAMBERT interpelle, parce qu’elle nous renvoie à une situation dans laquelle nous pourrions tous nous trouver un jour.

Bien sûr, il y a les directives anticipées, mais elles ne sont qu’une partie du problème, et de la solution.

La question de la fin de vie mérite aussi d’être plus étudiée et plus approfondie, avec éthique.

Dans tous les cas, le décès de Vincent LAMBERT marque la fin d’un énorme gâchis.

Non pas parce qu’on a mis onze ans à arriver à la situation qui aurait été celle s’il n’avait pas été réanimé après son accident.

Mais parce qu’il n’y a pas de débat sérieux et serein, lequel a été réellement confisqué entre pro-vie et pro-choix, et que la plupart des gens qui parlent, mais aussi des journalistes, ne comprennent pas cette affaire tellement complexe.

Nul doute qu’il y aura d’autres affaires Vincent LAMBERT, en fonction de l’état des relations dans les familles.

Une de mes craintes néanmoins est ce jour où on en viendra à éliminer toutes les personnes dans ces cas parce qu’elles occupent des lits et ne rapportent pas d’argent. Et tout doucement, on s’en rapproche, dans le discours et dans les faits…



3 réflexions au sujet de « Des réflexions sur l’affaire Vincent LAMBERT »

  1. Jean-Marie CORBIN

    De 1914 à 1918, on ne s’attardait pas sur ce genres de questions.

    Pendant onze années des moyens techniques et humains ont été mis en oeuvre pour maintenir en mi-vie mi-mort Vincent LAMBERT. Ces moyens n’auraient-ils pas eu un usage plus judicieux pour d’autres personnes ? Un choix en fonction de moyens forcément limités. Aucun journapute ne s’est posé la question.

    Je me remémore d’une réflexion d’une relation qui était infirmier en milieu hospitalier il y a une vingtaine d’années. Dans le service de réanimation où il travaillait, il y avait un chef qui de par son acharnement, aurait « réanimé un steack ». Lors de périodes de congé de celui-ci, ses remplaçants se chargeaient de réguler la situation, tout étant une affaire de curseurs. L’hypocrisie d’une situation fréquente dans le milieu hospitalier connue et sue par la plupart …

    Répondre
    1. Vagneux Olivier Auteur de l’article

      Il y a aussi le coût des procédures judiciaires. Et relativement à la santé, c’est vrai qu’on va te rembourser la PMA, mais te dérembourser certains médicaments contre le diabète, Parkinson ou Alzheimer…

      Répondre

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