Héléna PERROUD, l’avocate de POUTINE qui vous fait détester son client…

Je voudrais ici exprimer mon profond malaise par rapport à des propos entendus lors de la conférence de Madame Hélèna PERROUD au 4e salon du livre d’Histoire de Savigny-sur-Orge.

La dame, qui n’est d’ailleurs pas historienne de formation, donnait une conférence de 50 minutes intitulée « Un regard sur Vladimir POUTINE », visant à faire vendre son livre « Un Russe nommé POUTINE ».

Elle se présentait notamment en qualité d’ancienne collaboratrice à l’Élysée au cabinet du président CHIRAC, ce qui m’interpelle d’autant plus vivement sur la politique russe de la France si elle faite par de telles personnes…

Car ce fut bien une heure de propagande pro-POUTINE ; et quelle mauvaise propagande, remplie de mensonges et de mauvaise foi. Du révisionnisme historique en quelque sorte, si tant est qu’on puisse écrire l’Histoire du présent.

À la fin, agacé par son tour d’horizon soi disant « à 360 degrés », je lui demande si son livre développe un regard critique sur POUTINE, et si le cas échéant elle est capable de formuler une critique contre POUTINE.

Et après avoir essayé de m’endormir, elle me dit juste qu’il apparaît trop brutal, mais que ça va mieux parce qu’il pratique le soft power avec Russia Today et Sputnik News (mais qu’en gros, nous, on a France 24, donc qu’il peut le faire)…

Or, toute la conférence n’a été que démonstration par l’absurde que tout ce qu’on peut reprocher à POUTINE ne serait en fait pas grave, parce que d’autres font aussi des choses contestables… Mais ce n’est pas mieux, et je le dénonce avec autant de force quand il s’agit des États-Unis !

Et elle, d’insister qu’elle n’est pas une agent au service de l’état russe, ce qui sous-entendrait dès lors qu’elle soit objective, mais devrait aussi la préserver d’être, pardonnez-moi l’expression, « une idiote utile », dont la fascination pour POUTINE lui fait perdre toute raison !


En avant-propos, je tiens à préciser les éléments suivants :

– Je suis personnellement favorable à Vladimir POUTINE, non pas parce qu’il serait le meilleur, mais parce qu’il est le moins mauvais, et qu’il défend les intérêts internationaux de son pays, ce qui ne signifie pas non plus qu’il défend les intérêts de son Peuple.

– J’ai connu un homme qui savait défendre POUTINE, et qui le défendait intelligemment : Ivan Michel BLOT, ancien du GRECE, premier président du Club de l’Horloge, député RPR du Pas-de-Calais et député européen FN ; mais lui en plus avait rencontré POUTINE.

– Mes sources sont les documentaires français sur la Russie de France 2, de Arte et de LCP, les écrits de journalistes russes, notamment les amis d’Anna Stepanovna POLITKOVSKAÏA et enfin les témoignages d’amis russes, souvent des scientifiques et donc plutôt des intellectuels qui soutiennent POUTINE par défaut, mais qui ont quand même un regard critique.

– Je sortais d’une conférence de Charles ZORGBIBE qui m’a particulièrement énervée tant elle était mauvaise et fausse en de nombreux points… J’étais donc particulièrement remonté.


Je commencerai par dénoncer la malhonnêteté intellectuelle de la deuxième partie de sa conférence, dans laquelle elle disait décrypter trois malentendus que les Français ont de POUTINE (les guerres caucasiennes, sa politique européenne et son passé au KGB-FSB).

Et donc elle nous expliquait à la fois ce que nous pensions mal, et pourquoi c’était faux, et elle partait du principe qu’il n’y avait plus de malentendu dès lors qu’elle avait donné ses réponses.

Par exemple, que POUTINE soit passé par le KGB ne pose pas de problème parce que George H BUSH a été directeur de la CIA !

Et cela a été tout du long : les Russes peuvent bien avoir truqué les élections américaines de 2016 (elle ne l’a pas dit), ce sont les États-Uniens qui ont truqué l’élection présidentielle russe de 1996 !

Avec à chaque fois des affirmations de l’ordre du divinatoire : par exemple, si les communistes étaient passés aux élections de 1996, alors il y en aurait eu pour 70 ans de socialisme à nouveau. Mais qu’est-ce qu’elle en sait ?

Au final, elle établissait que POUTINE est un bon président parce que l’espérance de vie a augmenté de 7 ans sous son mandat (de 65 ans en 2000 à 72 ans en 2017), que la fécondité a aussi bien augmenté (de 1,16 enfant par femme en 2000 à 1,76 enfant par femme en 2017), et enfin que les attentats islamistes ont cessé (dont on sait pourtant aujourd’hui qu’une partie étaient le fait du FSB…). Donc que la fin justifiait a posteriori les moyens.

Cela ne justifie pas pour autant la manière dont POUTINE est arrivé au pouvoir, pas plus que la manière dont il conserve le pouvoir.

Pour le reste, elle a dit d’autres choses qui sont vraies, mais sans les compléter d’arguments plus forts ni en plus les étayer, et à la limite complotiste (l’Occident contre l’Orient).

Ainsi, tout opposant à POUTINE est une créature manipulée par l’Occident, et tous les anciens dissidents de l’URSS trouvaient POUTINE formidable.


C’étaient aussi des excuses ou des disculpations pour tout les faits reprochés à POUTINE :

– Les guerres dans le Caucase ? La faute aux musulmans qui veulent faire de la Russie un califat.

– L’assassinat de la journaliste Anna Stepanovna POLITKOVSKAÏA ? Mais POUTINE a eu des mots très bien après sa mort pour dire que ce n’était pas lui, et qu’il déplorait son assassinat.

– Le naufrage du Koursk ? POUTINE n’a pas été assez bien informé du problème, sinon il serait intervenu.

– La Crimée ? Mais les habitants ont fait un référendum remporté à 95 % (ce qui n’est pas possible, je l’ai déjà évoqué ici). Et puis, c’est l’OTAN qui n’a pas respecté les accords secrets de 1990 !

– Ses propos sur Boris BÉRÉZOVSKY ? La faute à un mauvais montage qui ne le laisse pas s’exprimer.

– La gestion de l’attentat de 2002 dans une école ? Les islamistes.

– Sa modification de la Constitution pour rester au pouvoir ? C’est parce que les Russes ont le sens du temps long !

Et puis du jour au lendemain, la Russie est entrée dans une ère de paix de prospérité. Le tableau était magnifique : la corruption a disparu et le pays s’est développé.

Et puis la démocratie russe peut être imparfaite parce qu’elle est jeune ; et POUTINE est de toute façon mieux que ELTSINE ; et il est de mieux en mieux réélu à chaque fois parce qu’il fait du bon travail ; et il n’y a pas de problème économiques et financiers en Russie ; et les embargos européens ont permis au pays de devenir autonome… Et cela pendant une heure…

Et puisque la dame avait déconstruit notre désinformation, aucune contestation possible sur l’état des libertés publiques, l’indépendance politique des anciennes républiques soviétiques (avec la légitimation pour la Russie qu’elle serait chez elle sur les territoires qui ont pu être russes par le passé), la réalité économique du pays… Si nous pensons mal, c’est à cause de l’Occident qui déteste la Russie et nous manipule, alors que la Russie nous aime !


Alors sans me risquer dans une analyse psychologique de la dame, elle m’a donné l’impression de ces Russes blancs qui soutiennent tout ce qui n’est pas soviétique, tout en étant animé par la crainte propre aux orthodoxes qui ont connu les Mongols et les Ottomans, d’une guerre de civilisation (elle a d’ailleurs cité BRZEZINSKI en semblant persuadé que c’est lui qui avait théorisé le Heartland (MACKINDER) et le Rimland (SPYKMAN)).

Et donc ils sont profondément anti-islam, tenants de l’analyse d’Hélène CARRÈRE-D’ENCAUSSE qui s’est quand même plantée sur toute la ligne : la dislocation de l’URSS était politique, elle n’est pas venue d’une subversion démographique des musulmans du Sud… Je suis en train d’écrire sur le sujet, un article qui devrait paraître vers la fin de l’année 2019.


Je terminerai quand même en déplorant l’attitude du public qui ne connaît vraisemblablement pas l’Histoire de la Russie, et qui était littéralement fasciné, prenant tout pour argent comptant. Sans compter les quelques complotistes présents dans le public qui affirment sans savoir qu’ils aimeraient bien avoir un président comme POUTINE…

Je trouve donc que cette conférence n’avait clairement pas sa place dans un salon du livre d’Histoire, et surtout qu’elle manquait tellement de nuance qu’elle en devenait ridicule. Vraiment, que l’auteur assume d’être poutinienne ; et tant qu’à faire, qu’elle se concentre sur du factuel plutôt que de vouloir brosser un panégyrique qui est faux !

Car oui, l’Occident véhicule des conneries sur POUTINE, mais les déconstruire n’est pas une raison pour en rajouter, ou en créer de nouvelles !



5 réflexions au sujet de « Héléna PERROUD, l’avocate de POUTINE qui vous fait détester son client… »

  1. Nanker

    Cher Olivier

    vous avez subi un choc car les propos de Mme Perroud entrent en opposition directe avec les tombereaux de propagande déversés par nos médias crétins. Je me souviens encore des dimanches matins passés à couter « L’esprit public » de Philippe Meyer où l’on laissait en toute impunité un guignol du nom de François Bujon de l’Estang (mazette!) comparer tranquillement Poutine à… Hitler! (sic).
    Et la couverture médiatique moyenne de la Russie est à l’image de ce sinistre Bubuje.

    Répondre
  2. Benoit Faivre

    Bonjour,
    Je viens de lire votre commentaire.
    Il me surprend, tant sur le fond que sur la forme ; nous n’avons visiblement pas assisté à la même conférence.
    Pour ma part, j’ai trouvé que Madame Perroud s’attachait aux faits, sans prétendre à aucun moment être historienne, mais avec un double regard russe et français particulièrement percutant (ou du moins, j’ose le suggérer, plus aiguisé que le vôtre, ne serait-ce par cette double culture que vous n’avez pas).
    J’ai relevé plusieurs erreurs importantes dans ce que vous écrivez, qui discréditent complètement vos propos (où donc avez-vous entendu que Poutine ait fait changer la constitution pour rester au pouvoir?).
    Entre temps, j’ai lu son ouvrage, qui est remarquable, et sur la partie qui concerne les opposants au président russe, vous verrez avec quelle honnêteté intellectuelle elle traite le sujet.
    Peut-être bénéficieriez-vous d’une lecture dudit ouvrage? Il me paraît plus avisé de savoir de quoi l’on parle avant d’accuser à tort.

    Répondre
    1. Vagneux Olivier Auteur de l’article

      1) Avez-vous cette double-culture franco-russe qui vous donnerait cette capacité de juger tant de la conférence de Mme PERROUD que de mes commentaires ?
      2) Pouvez-vous svp m’énumérer les erreurs importantes de mon article ?
      3) Il s’agit de la révision constitutionnelle de 2008 qui a modifié l’article 81 de la constitution de 1993 et qui permet à POUTINE de gagner entre deux et quatre ans de mandat supplémentaire.
      4) Dire du bien de ses opposants, ou bien les traiter, ne signifie pas être démocrate. Vous raisonnez tout autant par l’absurde.
      5) Je n’ai jugé que de la conférence, qui n’avait pas sa place dans un salon du livre d’Histoire.

      Avancez des arguments et nous pourrons débattre, plutôt que d’affirmer que j’ai tort par principe parce que je ne suis pas franco-russe. Comme si seuls les franco-russes étaient capables de traiter le sujet, et que tout ce qu’ils disaient était forcément vrai…

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