Les gens sincères qui font de la politique n’aiment en vérité pas la politique

Plus j’avance dans ma vie politique, et plus je me rends compte que les gens qui font vraiment de la politique, n’aiment en fait pas la politique.

Ceux qui disent aimer la politique, aiment en fait la métapolitique, c’est à dire tout ce qui tourne autour de la politique : aussi bien l’argent, que le sentiment d’être utile aux autres, que l’autorité et le respect des gens, que les débats d’idées et que plein d’autres choses que leur apporte la politique, mais qui ne sont pas la politique !

Car une personne qui fait de la politique de manière lucide se rend forcément compte que ses choix impactent la vie des gens et créent inévitablement des mécontentements, voire des injustices. Et quel choix terrible, et en même temps si nécessaire, de dire qu’on va licencier 20 personnes pour sauver 200 emplois, quand plus rien d’autre n’est possible.


Il y a deux types de personnalités politiques : les naïfs et les cyniques, lesquelles catégories ne font en fait pas de politique.

Il n’y a pas de politique naïve car il n’y a alors pas de choix.

Il n’y a pas de politique cynique car il n’y a alors pas d’humain.

Une vraie personnalité politique est forcément cynique car elle sait que ses choix vont causer du tort, mais aussi toujours naïve, car elle croît en l’Homme, cette saloperie.


En France, sous la Ve République, la politique est organisée par les partis politiques.

Mais si ceux-ci, historiquement, et presque jusque-là mais de moins en moins, faisaient élire des personnes conscientes politiquement, parfois même idéologisée, insérées dans la vie active, compétentes dans au moins un domaine et désireuses de se former ; le fait est que la plupart des partis ne recrutent plus que des tocards opportunistes qui veulent juste une place d’honneur, dont ils ne savent en réalité pas quoi faire.

Mais les citoyens sont faits de la même matière, et ne s’intéressent aussi à la politique, qu’au moment des élections. Et il faut voir ces personnes qui se présentent, et puis qui abandonnent sans prévenir tout de suite après leur défaite. Comment avoir confiance en eux ? Comment déjà avoir confiance en celui qui renie ne serait-ce qu’une idée de son programme ? C’est une trahison, intellectuelle et morale, qui m’apparaît insurmontable.


Il y a encore que le politique ne fait plus la politique. Mais que celle-ci est aujourd’hui faite par la finance, par le juridisme, par l’Union européenne et la mondialisation. Et c’est bien gentil de faire semblant qu’on va voter pour celui qui va tout réformer, mais il ne le peut pas, et de plus en plus de monde feint de le découvrir après chaque élection.

De la même manière, la politique est de moins en moins humaine, et de moins en moins tournée vers l’Humain. Et petit à petit, les gens finissent par s’en rendre compte…


La défiance vient aussi du fait que le « tous pourris » se vérifie de plus en plus, par les médias et par la transparence qui trouvent leur utilité, laquelle est à double-tranchant ; et que plus personne n’attend réellement l’homme providentiel. Et MACRON a douché énormément d’espoirs de gens qui avaient fait semblant d’oublier le reste pour croire en lui…

Et c’est pareil à tout niveau, où l’on va encore voter par résignation, mais plus parce qu’on y croît. Et il faut aussi regarder l’épuisement des bases militantes qui à de rares exceptions, ne sont plus prêtes à donner autant qu’à une époque, parce qu’elles n’y croient plus non plus.

L’engagement que l’on trouve encore ne doit donc pas nous rassurer, car il est souvent insincère. Et la preuve en est l’abandon des programmes et des convictions à la première occasion, parfois simplement parce que l’opposition n’a été qu’une occasion d’existence.


Personnellement, j’ai encore envie d’y croire, mais je n’y crois réellement plus.

La politique est trop dure, et je suis sûrement trop faible car trop sincère. On fait naître trop d’attentes et proportionnellement tant de déceptions.

Je suis trop déçu de moi-même, mais aussi des gens pour lesquels il y a fatidiquement un moment où on a plus envie de faire pour eux, parce qu’on fait sans eux.

Et pourtant, j’ai encore cette envie d’essayer, mais qui ne peut que fatalement se heurter à l’inconstance de l’Humain qui préférera toujours la communication la plus sexy qui soit, à la vérité la moins bonne à dire.

Mais je crois pouvoir dire que je n’ai en fait jamais aimé la politique, mais en fait les Humains, au travers de l’engagement politique. Et c’est peut-être bien là la seule chose qui me réconforte.



2 réflexions au sujet de « Les gens sincères qui font de la politique n’aiment en vérité pas la politique »

  1. Jean-Marie CORBIN

    Quand on voit la vacuité intersidérale et sidérante de nos élus sur des vrais sujets de société (il suffit de lire le compte Facebook de Mehlhorn pour voir la pleutrerie du personnage à répondre autrement qu’avec des poncifs sécuritaires sans effets possibles), on prend alors conscience de l’inutilité des politiques en politique.

    Plus généralement, devant l’échec à faire prendre conscience à son prochain et à se positionner face à aux vraies questions de société, on se met en retrait de cette société en déclin (parce que le déclin est réel et perceptible tous les jours) en formant ses proches et notamment à sa descendance à se tenir prêt au chaos final …

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