D’une primaire ouverte à l’autre : dégagisme et extrémisme

Beaucoup de Français veulent voir un échec global du système des primaires ouvertes dans l’échec des primaires de 2016-2017. Réaction bien française de personnes qui ne retiennent que l’amertume d’avoir gaspillé leur argent, par rapport à un système que les Américains utilisent à grande échelle depuis presque cent ans. Pourtant, le système avait plutôt bien fonctionné en 2011-2012. Que s’est-il donc passé entre 2011 et 2016 ?

Car non, toutes les primaires ouvertes ne conduisent pas à un choix extrême, et organisées en 2011, ces mêmes primaires de 2016-2017 auraient vu la victoire d’Alain JUPPÉ à droite, et de Manuel VALLS à gauche, comme François HOLLANDE a gagné la primaire de 2011, et Nicolas SARKOZY l’aurait emporté s’il avait dû se soumettre à l’exercice en 2012. Et il y a cinq ans, on votait plus pour les chances globales de victoire du candidat que par rapport à son programme.

D’autant qu’il y a cinq ans, les candidats à la primaire n’avaient pas vraiment de programme. À quoi bon quand on pense à Bruno LE MAIRE et ses 1000 pages de programme qui ont fait 2,4 % et l’ont fait arriver cinquième derrière Nathalie KOSCISUKO-MORIZET… En effet, il y a cinq ans, les Français votaient dans une primaire pour le candidat qui serait le plus charismatique pour porter le programme du parti, parce que celui-ci en avait un réalisant la synthèse des courants !

Or, les partis ne jouent plus leur rôle, à commencer par leur négation du rôle des Congrès qui servent à élire des hommes plutôt qu’à choisir des idées, et avec quelle participation ? Moyennant quoi le seul moyen d’infléchir la ligne politique du parti est de choisir un candidat orienté idéologiquement. C’est ainsi qu’on en arrive pour avoir une politique de droite à choisir FILLON et pour avoir une politique de gauche à choisir HAMON, et que les centristes disparaissent.

Le dégagisme ne s’appuie pas sur le rejet des personnes (sinon ils auraient tous dégagés y compris FILLON et HAMON qui n’ont jamais rien fait d’autre de leur vie que de la politique). Le dégagisme de 2017 s’appuie sur le rejet des traîtres idéologiques qui vont trop au centre, pour embrasser une majorité de l’électorat, et en oublient leur base qui se sentant trahi va en réaction vers celui qui est tellement marqué, qu’il en restera même s’il en abandonne un peu.

La grande évolution des primaires ouvertes françaises concerne donc le rapport des électeurs aux organisateurs de celles-ci ; et le fait que davantage que de se choisir le meilleur candidat pour l’emporter, ils privilégient celui qui permettra qu’ils soient défendus au quotidien dans un jeu politique idéalisé. Or, ce calcul est illogique car il éloigne au contraire davantage le parti du pouvoir en le sectarisant ; il ne fonctionnerait que si le parti organisateur était déjà au pouvoir…



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