Les trois phases de la stratégie de croissance du Front national

Au commencement était un groupe de nostalgiques de l’Algérie française qui obtenait 0,75 % des suffrages à l’élection présidentielle de 1974, dans l’indifférence générale. Et puis la crise pétrolière a pris de l’ampleur, et puis la gauche a été en difficulté et a eu l’idée de diviser la droite en faisant monter l’extrême-droite… En 2002, la gauche divisée se fait doubler et le FN se retrouve au second tour. En 2017, ce fut au tour de la droite…

Aujourd’hui, l’hypothèse du Front national reste toujours improbable mais n’est plus impossible quand ce parti qui cristallise toutes les oppositions récolte les voix d’un tiers des électeurs, et qu’il aurait certainement pu en avoir plus si sa candidate avait mieux réussi sa campagne. Au mieux, le parti ne progresse plus, sauf qu’il stagne actuellement. Or, comme il ne se porte jamais aussi bien que quand la gauche est au pouvoir, le FN peut continuer de progresser !


Étape 1 : Fédérer les extrêmes-droites (1972-2007)

Comment passe-t-on de 0,75 % en 1974 à 14,38 % en 1988 ? Tout d’abord en ralliant tous ceux qui rejettent l’immigration avec une bonne médiatisation et des slogans aussi simplistes que « 1 million de chômeurs, c’est 1 million d’immigrés de trop ». Ensuite en s’opposant à l’Union européenne. Cela représente 10 à 15 % des Français mais atteint vite son plafond de verre, d’autant qu’une droite forte, comme fut celle de Nicolas SARKOZY en 2007, peut empiéter sur le score.


Étape 2 : Rallier les oubliés de la mondialisation (2007-2017)

Marine LE PEN gauchise alors le discours économique pour s’attacher les voix des ouvriers et des plus pauvres, qui votaient jusque-là pour la gauche, anticapitaliste, communiste ou socialiste. Cela lui permet de rallier environ 27 % des Français (score moyen des régionales de 2015) mais rencontre aussi une limite par le fait que ceux qui veulent conserver le « système » actuel sont plus nombreux que ceux qui veulent se jeter dans l’inconnu d’un nouveau « système »


Étape 3 : Chercher les « classes moyennes », les intellectuels et les artistes (2017-…)

Il est possible que les délaissées de la mondialisation soient de plus en plus nombreux, et finissent par atteindre 50 % de la population mais rien n’est moins sûr. Le Front national, au-delà de son nom, de son histoire et de sa famille dirigeante, va maintenant se normaliser pour achever sa dédiabolisation et axer son discours sur la libération des classes moyennes. Ce faisant, il va commencer à agréger des intellectuels et des artistes, et pourrait bien gagner un jour…


Le Front national progresse de la lâcheté des autres partis qui lui abandonnent successivement leur électorat. Or, parce que la droite conservatrice et la gauche sociale-démocrate n’ont plus de camps (qui sont en train d’exploser), alors ces derniers pourraient finir par se retrouver aspirés dans un nouveau FN, qui parce que très à gauche économiquement et très à droite politiquement, ne peut plus que se centriser et manger à terme les déçus du centrisme macronien…



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