En 1981, ce n’est pas GISCARD qui a perdu mais bien MITTERRAND qui a gagné

Le drame actuel de la politique française, c’est que les personnes politiques ne sont plus élues par conviction, mais pour éliminer tous leurs autres concurrents. Malgré toutes les justifications de la droite pour expliquer vainement les 48,2 % de GISCARD à la présidentielle de 1981, c’est bien MITTERRAND qui l’a emporté en créant l’adhésion autour de son programme. La seule et dernière fois que la gauche récente a gagné par approbation.

On peut additionner tous les facteurs que l’on veut : les diamants de BOKASSA, la distance aristocrate de GISCARD, la crise économique et le premier million de chômeurs, la vengeance de CHIRAC qui appelait à voter pour MITTERRAND, l’usure de vingt-trois ans de droite au pouvoir, le modernisme giscardien qui heurtait les conservateurs ; GISCARD n’a pas perdu l’élection sur son bilan, mais MITTERRAND a été élu pour son projet et le rêve qu’il y associait.

Il est intéressant de relire les témoignages accueillant favorablement l’élection de François MITTERRAND. La gauche, qui misait tellement sur 1974 et le programme commun et qui a manqué l’élection de 2 dixièmes de points, pensait disparaître de l’Histoire sans cette victoire. Elle craignait que la politique alterne entre un coup de droite conservatrice et un coup de centre libéral. Et pourtant, MITTERRAND a réussi l’exploit au moyen de ses 110 propositions !

La large majorité législative donné dans la foulée au PS allait au-delà du bonus conséquent à l’élection du nouveau président. Les Français étaient en attente d’un nouveau 1936 ; de nouveaux droits qui assureront d’ailleurs la réélection de MITTERRAND en 1988 malgré les rapides échecs de sa politique, et son complet reniement à partir du tournant de la rigueur. Le paradoxe reste que la gauche s’est choisi le droitier MITTERRAND né en 1916 pour la représenter.

Aucune des solutions de la gauche n’était pourtant nouvelle. Mais les Français les ont voulues pour avoir ce même changement qui a fait élire HOLLANDE ; peut-être parce que ces recettes fonctionneraient, en tout cas parce qu’elles étaient plus porteuses d’espoir que le réalisme de Raymond BARRE. Les ouvriers se voyaient sauvés par les nationalisations. Les salariés imaginaient leurs nouveaux congés. Les rêveurs imaginaient déjà les résultats des grands travaux.

En 1981, GISCARD avait épuisé son projet de 1974 quand MITTERRAND n’avait jamais pu essayer le sien. Projet contre projet, c’est celui de la gauche qui a triomphé, ce qui ne veut pas dire que celui de GISCARD, comme celui de SARKOZY en 2012, étaient mauvais. Si MACRON peut gagner la présidentielle de 2017, c’est parce qu’il a compris cette part de transcendance qui fait rêver les Français. Si HOLLANDE a creusé l’écart en 2012, c’est aussi en vendant du rêve !

Alors quelle responsabilité des Français qui ne sont finalement que des doux rêveurs ? Le programme de MITTERRAND a ruiné la France, tout comme le mandat de HOLLANDE s’est révélé un échec parce qu’il ne reposait que sur des promesses oniriques. La force d’un grand dirigeant politique, c’est d’arriver à enrober d’imaginaire collectif (1) les idées nécessaires les plus difficilement applicables (2), puis de réussir à les mettre en œuvre (3). Or, les trois manquent en 2017…



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