Sur le désamour des partis politiques : ils ne font plus le job en 2017

Le grand drame de la politique est que les Français n’ont plus confiance dans les représentants qu’ils élisent. Au sommet des structures qu’ils réprouvent, il y a les partis politiques accusés de « tous pourris », un peu devant les journalistes qui sont vus comme partiaux et subjectifs. Pourtant, le rôle des partis politiques est inscrit dans notre Constitution. Alors pourquoi ne tiennent-ils plus leur place en 2017 par rapport à 1958 ?

Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.

(Article 4 de la Constitution du 4 octobre 1958)

Le politologue Maurice DUVERGER définissait deux types de partis politiques : les partis de cadre (composé essentiellement d’élus) et les partis de masse (dans lesquels les militants sont les plus nombreux). Or, force est de constater que les partis de masse n’existent plus puisque les Français se désintéressent de la politique, et qu’à l’intérieur des actuels partis, il n’y a guère plus que des candidats, qui se professionnalisent et élargissent ainsi le fossé avec les masses…

En 2016, il n’y aurait eu que 42 300 adhérents au Parti socialiste. Et pourtant, il s’agit du parti du président ; celui du pouvoir en place. Rendez-vous compte, 1 adhérent par commune, disons 1,5 ! Cela veut bien dire qu’il n’y a concrètement que l’élu PS du coin qui est à jour, et encore… Et quand on regarde le nombre d’adhérents LR par rapport à leur nombre d’élus, on voit bien que les principaux partis politiques français ne sont plus que des partis de cadre !


Le parti n’est plus démocratique

Si les partis de masse l’ont d’abord emporté sur les partis de cadre, c’est parce que la base voulait se faire entendre. Que la réflexion politique se faisait du bas vers le haut, avec un haut composé de gens du bas. Aujourd’hui, un parti ne développe plus de réflexion à la base. Les réflexions sont décidés en haut, à Paris, et sont ensuite disséminées dans les sections départementales puis locales sans qu’on ne puisse les amender. Et les partisans doivent les accepter…


Le parti n’est plus une famille solidaire

Cela est surtout vrai avec le Parti communiste, mais se vérifiait aussi ailleurs. Il y avait une véritable fraternité au sein des partis, qui tendait d’ailleurs parfois au clientélisme. Aujourd’hui, dans un parti, on se retrouve soit pour amasser de l’argent (sous couvert d’un autre événement), soit pour militer, quasiment exclusivement au moment des élections ou pour faire un coup d’éclat une fois l’an, soit pour faire des réunions inutiles pour connaître la ligne d’en haut.


Le parti n’est plus méritoire

Autrefois, le candidat était choisi par les militants et il s’imposait naturellement par rapport à certaines de ses qualités. Aujourd’hui, c’est à la décision d’obscures commissions d’investitures composées de cadre et qui choisissent non pas le plus méritant mais soit celui a la langue la plus râpeuse, soit celui dont on est certain qu’il versera 10 % du montant de ses indemnités. Il n’y a donc plus l’espoir pour le militant de base de progresser dans la hiérarchie du parti…


Le parti est obnubilé par l’argent

Pourquoi, alors que depuis 1990 les partis perçoivent des dotations d’argent public (jusque-là, ils ne vivaient qu’aux frais des cotisations et des dons), n’y a-t-il plus d’affichages ou de tractages ? Parce que les partis économisent, soit pour détourner de manière indirecte soit en vue des seules élections dont les résultats établissent la représentativité au niveau des temps de parole, ou encore le montant de la somme dite de fonctionnement qui sera allouée par l’État.


Le parti est dans une stratégie électoraliste (Qui trop embrasse mal étreint)

Finie l’époque où un parti savait pouvoir gagner les élections avec 50 % et une voix sur son seul programme. Encore plus l’époque où un parti visait à convaincre 100 %. La droite n’est donc plus à droite parce qu’elle cherche à rabattre le centre. L’extrême-droite tente de ramener à elle l’extrême-gauche. Quant à la gauche, ce sont les écologistes qui fléchissent son programme. Seule l’extrême-gauche qui tend aussi à l’écologie reste historiquement anti-capitaliste.


Tout le paradoxe est que les partis, qui voient positivement leur professionnalisation, ne se rendent pas compte que c’est cela qui les coupe du Peuple. Ils ne sont plus qu’une petite élite, qui comme les syndicats, ne représentent qu’eux-mêmes ! Mais les gens vont voter pour eux, sas toutefois être dupes, parce que leur rôle est consacré dans la Constitution, et surtout qu’ils sont l’organisation la plus simple pour participer à la vie publique. Voire la seule pour réussir.

À combien de personnes de talent n’aurions-nous pas confier une partie de nos destins si les partis avaient toujours fonctionné ainsi ? Aujourd’hui, les mouvements et les rassemblements prennent le relais des partis de masse, mais ne peuvent percer tant que le système financier, médiatique et représentatif n’est pas modernisé, ce que ne feront pas les partis à l’Assemblée, les seuls à pouvoir pourtant de changer les lois. Mais le temps forcera à moderniser le système.

L’abstention et le vote blanc tendent à se développer. Le désenchantement est patent et c’est pourquoi la plupart des mouvements permettent désormais plusieurs adhésions, ce qui a aussi peu de sens qu’une double-nationalité. Quand moins de 50 % des gens se déplaceront aux urnes, voire qu’ils ne seront plus que 20 à 30 %, c’est que la Révolution, ou que le VIe République sera proche, alors les partis seront forcés de se réinventer pour garder leur domination…



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