Ce que je reproche aux analyses de Mgr Michel DUBOST sur le vote

Ce dimanche 27 février 2017, Mgr Michel DUBOST proposait aux jeunes du diocèse d’Évry une conférence sur le vote (« le goût de voter »), pour réfléchir à la question des élections. S’il est toujours intéressant de voir l’Église, une structure de moins en moins démocratique donner des leçons de démocratie, j’ai surtout été en désaccord avec la plupart des analyses de l’évêque. Mais un tel condensé de bienpensance est intéressant !


L’exposé de Mgr DUBOST voulait répondre à plusieurs questions :

  • Que représente le politique ?
  • Que peut-on faire ?
  • Comment en parler ? Comment agir ?

L’évêque a commencé en partant du constat d’un monde politique déboussolé. (Tant des citoyens qui ne se reconnaissent plus dans les politiques que des politiques qui donnent l’impression de ne plus comprendre le Peuple). Qu’en conséquence de cette perte de repères, c’étaient les questions de nationalisme, de protectionnisme et de lutte pour la sécurité qui prenaient la première place. Il a parlé d’un travail qu’il avait exercé auprès d’un institut de sondage qui lui avait appris qu’une campagne électorale se jouait du côté du camp dont les idées sont médiatisées.

Il a alors cité deux exemples : le choix du Brexit (en français de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne), et l’élection de Donald TRUMP aux États-Unis. Selon lui et une source qu’il n’a pas précisé, le point clivant entre ces exemples de populisme est le diplôme. Sous entendu que les diplômés ne se laissent pas tromper par le populisme… (donc que le Brexit et TRUMP seraient populismes).

Premier point de désaccord, ce sont les diplômés qui ont fait penché la balance en faveur de tel camp, justement parce qu’ils adhèrent à l’idée, et ne pratiquent pas qu’un vote de contestation.


Ensuite, il a dénoncé la professionnalisation de la politique, devenue selon lui une nécessité face à la complexification des tâches à remplir. Ce qui provoquerait une désaffection de la démocratie.

Deuxième point de désaccord, c’est ce qu’on veut faire croire aux gens pour leur dire de rester chez eux et de laisser les partis s’occuper de l’ensemble. Ensuite, ça ne me gêne pas qu’il y ait des technocrates dans nos administrations, s’ils travaillent dans nos intérêts. Et s’ils ne le font pas, c’est parce qu’ils n’ont même pas les mêmes problèmes que nous…


Après, il nous a rappelé que nous souffrions de notre éducation inspirés « des traités de Westphalie » (de la géopolitique westphalienne, c’est à dire quand en 1648, les puissances européennes se sont mis d’accord sur l’idée « Une foi, une loi, un roi ». Or, il est vrai qu’avec la mondialisation, la France ne peut plus être que chrétienne. Que donc nous devons apprendre à vivre mélangé.

Pour moi, la géopolitique westphalienne s’est achevée en 1789 quand la République est devenue notre identité commune. Peu importe nos religions, nous étions liés par les Droits de l’Homme et du citoyen (ce qui n’a pas empêché qu’un mois après ce texte qui affirmait la propriété, on a dépossédé l’Église de ses biens…). Je déplore aussi que l’évêque ait feint d’ignorer les communautarismes. Les gens ont tendance à se regrouper par affinités.


Il nous a rappelé que la Révolution de 1789 nous avait permis de prendre le contrôle de nos vies, et de devenir des sujets responsables. Que le collectif rassemblé autour de la personne du Roi n’était donc plus sacralisé, et que cela permettait que celui qui gueule le plus fort se fasse remarquer et prenne le pouvoir.

Qu’être chrétien, c’est être responsable et affirmer sa responsabilité !

J’ai déploré à ce moment là que l’Église encourage de plus le sentimentalisme au détriment de la réflexion intellectuelle avec laquelle elle est de plus en plus mal à l’aise. Que dans notre diocèse qui avait été à la pointe, les laïcs soient écrasés par des prêtres qui reprennent le pouvoir, et transforment par exemple les équipes animatrices en chambre d’enregistrement de leurs décisions d’animation pastorale…


Pour l’évêque, la sécularisation est déjà dans l’Évangile. Les Prophètes ont désacralisé l’autorité et l’économie en montrant qu’elles n’avaient pas la vérité (que seul Dieu possède).

Dire Dieu en politique, c’est promouvoir la dignité de l’Homme.

Je ne vois la sécularisation que dans cet appel à distinguer ce qui est à Dieu et à l’empereur. J’ai regretté que Mgr DUBOST ne prenne pas l’exemple de Jésus qui a quand même passé sa vie à remettre en cause les lois juives, surtout celles atteignant à la conscience et aux libertés.


Mgr DUBOST nous a ensuite invité à nous engager, comme un service de charité, « dans la contemplation du Christ serviteur ». Que l’Homme s’accomplit en s’ouvrant aux autres. Qu’il n’y a pas de politique chrétienne mais des manières chrétiennes de faire de la politique. Il nous a alors conseillé de lire Docat qui résume la pensée politique et sociale de l’Église. Que l’Église inspire la politique. Il nous a témoigné d’un propos de Jacques DELORS (le père de Martine AUBRY pour les plus jeunes) qui disait qu’il est plus facile d’être chrétien dans l’opposition que dans la majorité. Il nous a redit que dans l’Histoire, la tentation du Bien était dangereuse.


C’est alors que Monseigneur s’est lancé dans une histoire des chrétiens et de la politique depuis 1789 des plus partielles et des plus gauchisantes qu’il m’ait jamais été donné d’entendre…

Que la Révolution avait été permise par le ralliement des députés du clergé au Tiers-état. Qu’ensuite, les chrétiens n’étaient pas à gauche (ceux qui auraient tué les prêtres au nom de la liberté) mais pas à droite non plus. Que la séparation de l’Église et de l’État s’était mal passée. Que les prêtres avaient représenté le plus gros quota de morts pendant la première guerre mondiale. Qu’après la seconde guerre mondiale, les chrétiens n’étaient plus à droite parce que c’était le camp qui était proche de HITLER. Alors ils étaient avec la gauche pour défendre la fin de la Guerre d’Algérie mais pas plus à gauche parce que la gauche était communiste. Qu’en 1968, beaucoup étaient devenus maoïstes. Qu’en 1981, les chrétiens s’étaient réconciliés avec la gauche parce que le protestant ROCARD avait rallié MITTERRAND…


Monseigneur s’est alors repris en développant la pensée sociale de l’Église en matière de politique qui se résume en trois points :

1. Donner une pleine reconnaissance à la dignité humaine (donc laisser une place à la minorité)

2. Pratiquer la solidarité (pour permettre à chacun de contribuer au bien commun)

3. Appliquer la subsidiarité (veiller que les décisions soient prises à l’échelle des personnes).


Il a ensuite développé quatre méthodes d’agir en chrétien :

1. Affirmer que le temps est supérieur à l’espace

2. Faire prévaloir l’unité sur le conflit

3. Admettre que la réalité est plus forte que les idées.

4. Reconnaître que le Tout est supérieur à la partie.


L’évêque a conclu en dénonçant une crise de la parole matérialisée par le poids des médias, la judiciarisation de la société, l’atomisation des personnes, l’affaiblissement de l’État-providence, les difficultés de l’Éducation nationale, le retour des problèmes d’identité, le manque de sens de l’Europe.


Au cours d’un temps de questions, l’évêque a présenté différentes définitions de la laïcité, laissant malhonnêtement penser que l’État ne se mêlait pas de religion.

Il faudra lui rappeler qu’il a quand même été nommé évêque aux armées sur décret du président de la République… Je n’ai pas voulu le faire en public.

Enfin, il a rappelé que nous n’élisions pas des prix de vertus mais que nous choisissons entre des visions représentées par des partis politiques. Que la politique consistait aussi à choisir le moins mauvais…

Je pense qu’on peut faire de la politique sans partis… Et qu’on peut aussi raisonner sans voir le négatif d’abord. C’est ce que propose Utopia, qui a quand même été écrit il y a 500 ans par St Thomas MORE, le saint patron des personnes politiques…

Que la plus forte évolution sociale contemporaine avait été l’installation des ascenseurs qui avait chassé les plus pauvres des combles des immeubles pour les repousser en banlieue. Il a terminé en nous conseillant de lire un livre de chaque candidat pour nous faire une idée.

À une dernière question sur le vote blanc ou l’abstention, il a répondu que cela revenait à voter pour le plus fort.

Je ne suis pas d’accord. Aux États-Unis, TRUMP n’aurait pas été élu si les contestataires s’étaient abstenus ou avaient voté blanc…


Il était enfin proposer à ceux qui le souhaitaient de remplir ce questionnaire pour débattre.

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