De l’impérieuse nécessité de condamner ce qui est condamnable

Récemment, j’ai été pris à partie par une personne qui me reprochait de ne pas condamner ouvertement les agressions commises dans ma ville tant à l’encontre des sapeurs-pompiers que des policiers municipaux. Bien sûr que je condamne ces agressions, mais je condamne d’abord et avant tout l’État qui sème le vent, et le maire qui se montre irresponsable en envoyant les agents sur des missions ne relevant pas de leurs compétences.

En plus d’être manichéen (soit c’est bien soit c’est mal), notre monde est très absolu, ce qui est plus pratique pour éviter de trop réfléchir. Donc soit on est favorable aux gentils, soit on est du côté des méchants. Et les gentils ne sont que parfaits, et les méchants très vilains. Alors quand on se retrouve avec une affaire telle que le conflit israélo-palestinien, il y a obligation de prendre position, et on s’interdit de dire que tant l’un que l’autre sont autant condamnables.

Or, là aussi, il y a des degrés de condamnation. Si deux actes sont condamnables, alors il faut condamner les deux et on ne peut se servir de l’un pour justifier voire excuser l’autre. Par exemple, quand deux musulmans christianophobes assassinent un prêtre et quand deux chrétiens islamophobes jettent du lard sur une mosquée ; bien sûr que les deux actes sont condamnables dans la mesure où ils atteignent à la Loi. Mais un cas est plus grave qu’un autre.

C’est alors qu’intervient le fameux « Pas d’amalgame ». Il y a quelques mois, Najat VALLAUD-BELKACEM, ministre de l’Éducation nationale affirmait que les musulmans de France ne devaient pas condamner les attentats parce que cela sous-tendait qu’ils partageaient une responsabilité avec les terroristes. Tout le problème est que certains (on parle d’un million de personnes)  se servent de cet argument pour masquer un soutien ouvert qui serait un délit d’opinion.

Alors qu’est-ce que serait 67 millions de Français prenant la parole chacun leur tour pour dire leur indignation face à telle cause ? Ce ne serait d’autant pas plus crédible que chacun peut jurer n’importe quoi, en pensant le contraire. Mais parce que dans les conversations, et les esprits, certains ne condamnent pas assez tôt voire pas du tout, alors ils créent une banalisation des faits condamnables et une échelle faussée des douleurs et des souffrances.

Ainsi dans ma ville, les agents communaux n’aiment pas que je leur montre qu’ils ont des réflexes de fonctionnement semblables à ceux qui existaient dans l’Allemagne nazie. Ben non, parce qu’ils ne tuent pas de juifs. Mais le nazisme n’est pas condamnable que parce qu’il fait violence physique à certains ; il l’est parce qu’il exerce une violence de quelque sorte sur l’individu. Et ne pas reconnaître cette prémisse, c’est justifier de courir vers un nouveau nazisme.

Il appartient donc à chacun non seulement de condamner les faits condamnables, et je condamne aussi, sans l’exprimer de la manière que certains voudraient voir, les agressions dont ont été victimes les forces de sécurité. Mais je donne à côté des preuves que la République que je veux n’est pas une dans laquelle il y a ces agressions. Après, il faut surtout s’engager pour dénoncer et lutter contre les faits condamnables. Donc aller au-delà du « c’est pas bien ».

La difficulté n’est pas tant dans cette deuxième action qui n’est pas à la portée de tout le monde. Certains n’ont pas envie de passer pour des délateurs. D’autres manquent réellement de temps. Mais tous pouvons, en apprenant l’information condamnable, faire la part des choses et de se dire que cela ne va pas. On le peut grâce à l’éducation, à l’instruction, parfois à la religion ou au métier, à l’expérience de vie. Et ne pas le faire, c’est dire l’échec de ces structures.

Si les gens ne le font plus, ou de moins en moins, c’est parce qu’ils ne savent plus penser ou ne veulent plus penser, préférant le « prêt-à-penser » que certains leur vendent en bloc. C’est aussi pour cela qu’il y a toute cette radicalisation si facile : à partir du moment où vous acceptez une première chose inacceptable, vous avez atteint un point de non-retour et il sera plus entendable d’aller dans le pire que de revenir au meilleur qui fait reconnaître notre imperfection.



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