Hypocrisie des réactions suite au caillassage des pompiers à Grand-Vaux : j’interpelle la Préfète

Savigny-sur-Orge, le 19 février 2017


En copie à :

Monsieur le Préfet délégué à l’égalité des chances,

Madame le sous-Préfet de Palaiseau,


Objet : Interpellation relative à votre réaction suite au récent caillassage des pompiers de l’Essonne à Grand-Vaux (Savigny-sur-Orge)


Madame le Préfet,

Je me permets de vous interpeller à la suite de votre réaction sur le compte Facebook de la Préfecture, relative à l’attaque dont ont été victimes les pompiers de l’Essonne à Grand-Vaux (Savigny-sur-Orge), ce 17 février 2017.

Nous pouvons, à la manière des attentats, déplorer ce genre d’attaques à chaque fois qu’elles se produisent. Nous pourrions aussi essayer de les prévenir, plutôt que d’en arriver à devoir mobiliser Police ou Gendarmerie dès que les pompiers doivent intervenir en zone sensible.

Or, force est de constater que ceux qui se disent les plus choqués par ces événements sont également ceux qui, consciemment ou inconsciemment, contribuent à ce qu’ils arrivent !

Comment s’étonner que les corps constitués de l’État de droit (pompiers comme policiers) ne soient pas respectés, quand l’État de droit ne se donne pas à respecter, voire qu’il ne s’applique plus du tout en certains lieux de la République ? Et ce n’est pas parce qu’un hélicoptère va survoler le quartier un soir que les choses vont changer ! Au contraire, cela va exciter la population si ce n’est pas accompagné d’un travail de terrain.

Faut-il donc attendre d’avoir des femmes et des hommes blessés pour que l’État se soucie de condamner ce qui se passe à Grand-Vaux ? Où est l’État quand il s’agit de condamner les tags de nature antisémites, homophobes, misogynes, extrémistes, sur les murs de l’ancien passage commerçant ou dans les halls d’immeubles ; ces prémisses de la violence qui appellent à la haine ? Une campagne gouvernementale ne dit-elle pas d’ailleurs que cela « commence par des mots et finit par des crachats, des coups, du sang » ?

Je retournerai la question du maire de Savigny-sur-Orge commentant votre message :

Qui se moque du quartier, et qui abuse des habitants ?

Bien sûr, ceux qui commettent ces actes que nous condamnons. Mais l’État que vous représentez n’agit-il pas avec un autre mépris à l’encontre de la population de Grand-Vaux ?

L’attitude des services de l’État vis-à-vis du quartier de Grand-Vaux, tant au quotidien qu’à l’occasion de la rénovation urbaine, n’est pas plus moralement défendable que celle d’une bande qui caillasse les pompiers, même si les deux comportements n’engendrent pas les mêmes conséquences !

D’un côté, il y a le maire de Savigny-sur-Orge, prétendument chargé de l’ordre public sur le territoire de sa commune. Depuis combien d’années est-ce que les habitants lui demandent d’enterrer les poubelles pour éviter qu’on puisse mettre le feu aux bacs, voire ensuite de les projeter sur le dernier centre commercial du quartier ? Cela limiterait certaines interventions des pompiers, sans toutefois empêcher les feux de voiture ou d’habitation.

Mais sans jamais remettre en cause sa « politique » sociale à destination de la Ville, chaque année plus contrainte du fait d’économies, l’édile semble naïvement imaginer que tout changera dès lors que nous aurons un nouveau président et un nouveau gouvernement, qui instaureront une nouvelle Justice. C’est refuser de voir pourquoi des gens commettent des crimes et des délits.

D’un autre côté, il y a l’État que vous représentez, qui semble s’imaginer qu’en achetant la paix sociale à coup de dizaines de millions d’euros de travaux de rénovation urbaine, alors les violences s’arrêteront. Pourtant cette rénovation, outre juste qu’elle espère déporter une partie de ceux qui commettent ces agressions, repoussant ailleurs le problème, se fait d’une manière contraire à l’État de droit.

Or, cette insécurité juridique participe, pour une part peut-être négligeable mais déjà trop importante à un sentiment d’insécurité du présent et de l’avenir.

Les violences qui en résultent se nourrissent de ces manquements, même si les gens ne savent pas forcément les nommer, et qu’ils ne vont pas les citer en justification de leurs actes.

J’affirme donc que vous contribuez à créer un climat d’orage, tandis que vous vous étonnez ensuite qu’il éclate. Où est la cohérence ?


Car combien de fois vous ai-je interpellé, ainsi que votre prédécesseur et M. le Préfet délégué à l’égalité des chances sur les nombreux manquements à la Loi constatés lors de cette rénovation ?

Comment, en République, peut-on tolérer autant d’opacité (illégale) quant à la communication de tous les documents publics concernant la rénovation ? Est-ce que l’État cache une certaine réalité à la population ?

Comment peut-on accepter l’attitude du délégué du Préfet, M. Yves BOUCHET, qui affirme que les documents communicables comme le protocole de préfiguration, n’ont pas besoin d’être communiqué au public ?

Comment faut-il comprendre la pression exercée par le cabinet du maire de Savigny-sur-Orge sur l’équipe dédiée au renouvellement urbain, qui n’a pas le droit de me recevoir en rendez-vous ou de répondre à certaines de mes questions ?

Comment peut-on accepter de telles entraves à la coordination et au fonctionnement du Conseil citoyen, dont je me demande bien aujourd’hui à quoi ont servi les travaux. Le cadre de référence des Conseils citoyens n’est pas respecté !

Comment ne pas s’interroger sur de la corruption quand trois études déjà réalisées sur les trois dernières années sont doublées ? Est-ce qu’il faut juste dépenser tant d’argent, et est-ce qu’on ne pourrait pas le mettre à la place au service des résidents ?

Comment les habitants peuvent-ils s’y retrouver avec autant de discours différents ; chaque acteur ayant le sien, avec son propre calendrier contradictoire avec celui de l’autre ?

Comment croire un seul instant du sérieux de la concertation quand le scénario préférentiel pour la rénovation doit être choisi dans quatre mois, alors que rien n’est censé être encore prêt pour se nourrir des réflexions de la population, quand cela ne prend pas en compte les premiers travaux du Conseil citoyen ?


Franchement, est-ce que tous ces mensonges et ces absences de réponses ne contribuent pas à créer une certaine excitation, voire une haine vis-à-vis de l’État, et de ceux qui le représentent ?

Si donc l’État se refuse d’être irréprochable, et bien qu’il soit dans son rôle de condamner ceux qui atteignent à l’intégrité physique de nos forces de sécurité, alors il est réellement hypocrite de reprocher à d’autres de ne pas mieux valoir que lui ; plutôt de leur reprocher de s’engouffrer dans la brèche qu’il a contribué à créer dans le vide que constitue son retrait ou son absence.

Je vous demande donc de nouveau de faire toute la transparence sur la rénovation urbaine de Grand-Vaux, ce qui pour une part, dissipera certaines craintes et une certaine excitation au sein de la population. Ensuite, d’inviter le maire de Savigny-sur-Orge à mener une politique de proximité pour calmer les esprits, plutôt que d’instrumentaliser ce qui se passe à Grand-Vaux pour des raisons électoralistes et politiciennes.


Je vous prie de croire, Madame le Préfet, en l’assurance de mes respectueuses salutations.

Olivier VAGNEUX



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