Sur la malhonnête vidéo de désinformation « NPNRU – Un nouveau visage pour les quartiers »

C’est une bien jolie histoire que l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) tente de raconter aux habitants d’un quartier sélectionné dans un programme de rénovation. Le problème est qu’elle est fausse de bout en bout, et n’a d’autre but que de faire accepter ce projet et ses conséquences aux habitants. J’en veux déjà pour preuve qu’elle prend l’exemple d’une ville fictive plutôt que de montrer une rénovation réussie.

Pour commencer, je vous invite à visionner cette vidéo de 2 minutes 22.

Elle présente la rénovation du quartier fictif de Bas-Champs, construit dans les années 1960.

Elle accumule les clichés sur les quartiers à rénover. Évidemment, elle ne dit pas son coût…


Avec le temps, Mme … a vu son quartier se dégrader, et les niveaux de vie des habitants diminuer.

==> Le commentaire tente de nous expliquer que c’est parce que le quartier s’est dégradé (A) que les niveaux de vie des habitants ont diminué (B). Or l’étude de l’Histoire et de la sociologie des Grands ensembles nous montre que c’est exactement l’inverse qui s’est passé.

Les niveaux de vie des habitants ont commencé par diminuer (B), d’une part du fait de la crise économique des années 1970 ; d’autre part, parce que les nouveaux habitants qui venaient peupler les Grands ensembles à partir des années 1975 avaient moins de moyens.

Malheureusement, un quartier est proportionnellement entretenu en fonction de la richesse de ses habitants. À habitants appauvris, quartiers dégradés (A). D’où une spirale récessive d’une pauvreté qui appelle à d’autres pauvretés…


La boutique de M. SAID, tout comme les autres commerces, ont subi les conséquences.

==> Il convient ici de distinguer deux types de conséquences : celles liées à la dégradation du quartier (A) et celles liées à la dégradation du niveau de vie des habitants (B).

(A) Un quartier dégradé jouit d’une image négative qui ne donne pas envie aux commerçants de rester ou de s’installer.

(B) Un quartier appauvri ne permet pas au commerçant de faire des affaires.

La rénovation, pour être efficace, doit donc transformer l’image du quartier, qui comme nous l’avons vu précédemment est attaché à la richesse des habitants. En conséquence, pour restaurer une offre commerciale, il faut soit enrichir la moyenne des habitants (en trouvant du travail aux chômeurs ou en amenant des personnes plus aisées) pour qu’ils prennent soin de leur quartier soit remplacer les plus pauvres par de plus riches pour qu’ils consomment.

Nous allons cependant voir par la suite que la vidéo fait part de délais très court, qui ne peuvent en l’état qu’apporter une solution de déportation des habitants actuels (pauvres), pour les remplacer par de plus riches.


Mme … prend le bus pour aller travailler. Son trajet prendra une heure.

==> Pour information, la moyenne du trajet domicile/travail est de 68 minutes aller et retour en Île-de-France, et c’est la plus forte de France. Pour autant, la vidéo ne précise pas si 60 minutes correspond à un seul mouvement. Dans le cas où il s’agit d’un double-mouvement, alors Mme … est moins malheureuse que la moyenne !


Son fils, Ousmane s’implique dans une association d’habitants parce qu’il a plein d’idées pour l’avenir du quartier.

==> Je commence à avoir l’expérience de plusieurs rénovations urbaine en ayant enquêté ici et là. Or, dans la réalité, Ousmane n’est pas souvent là…


Les idées fusent : remplacer les immeubles vétustes

==> La vidéo montre le remplacement d’un immeuble de 11 étages par un immeuble de 3 étages. En admettant qu’il y ait 4 appartements par étage, ce sont les habitants de 32 appartements qu’il faut alors reloger.

La suite de la vidéo explique que les tours disparaissent au profit de maisons et de petits immeubles. Par conséquent, où est relogé la population qui habite actuellement le quartier ? Hors du quartier forcément…

Le remplacement par du neuf impliquera que les nouveaux loyers seront plus élevés donc entrainera une sélection des habitants avec ceux qui auront les moyens de rester, et les autres qui devront dégager.


ouvrir le quartier pour favoriser les échanges

==> Tout dépend si c’est possible

D’une part parce qu’on ne peut pas forcer les échanges.

D’autre part, parce qu’il y a des contraintes naturelles relativement insurmontables : une autoroute, une voie de chemin de fer, une rivière…


Les tours sont progressivement remplacés par des petits immeubles et des maisons. Le quartier s’embellit.

==> Les loyers des petits immeubles ou des pavillons sont généralement plus importants que ceux des grandes tours. Donc l’ANRU se félicite de créer une nouvelle ségrégation socio-spatiale en répartissant plus loin les personnes plus pauvres, dans de futurs quartiers à rénover (c’est leur fonds de commerce), au nom d’une mixité sociale, qui trop souvent est un échec .

La beauté est subjective. Mais j’en déduis que l’ANRU considère donc que virer les pauvres embellit un quartier…


Le centre d’activités nouvellement créé rassemble un ensemble de commerces, de services publics, de bureaux, et cela insuffle une nouvelle dynamique à la Ville.

==> Combien cela coûte ? Comment on force des nouveaux commerçants à s’installer ? Comment a-t-on changé l’image du quartier pour les attirer, sinon en chassant les pauvres ? Comment installe-t-on des services publics si la sécurité n’est pas assurée ? Comment développe-t-on des bureaux sans fibre optique ou sans partenariats ?


Les activités commerciales ne sont pas les seules concernées par le plan de rénovation urbaine. Ici, une médiathèque a été construite.

==> On notera que la vidéo qui présente la concertation avec les habitants ne précise pas que ces structures l’ont été à la demande des citoyens.

Très paradoxalement, la vidéo ne montre que des gens qui s’occupent de logement…


[Dans les années 1960] Bas-champs a été conçu comme une solution de logements rapidement sorti de terre. Les espaces de jeux et de détente n’avaient pas été pris en compte. Désormais, (les enfants) profitent d’un quartier qui leur sourit enfin.

==> Qu’est-ce qu’un quartier qui sourit ? Qu’est-ce que cela veut dire ?


Une ligne de tram a été créée et permet à Mme … de gagner 30 minutes par trajet. Le tram, c’est aussi un moyen d’ouvrir la banlieue vers l’extérieur.

==> À qui veut-on faire croire que le Tram était dans le projet de rénovation urbaine ? Comme s’il avait été financé par l’ANRU… Les deux projets ont pu être concomitants, mais la seule volonté de l’ANRU ne peut suffire à créer une ligne de tram, du fait des financements.


Aujourd’hui, Bas-champs est un quartier ou il fait bon vivre, et c’est l’ambition du renouvellement urbain : redonner vie à des zones délaissées depuis de nombreuses années en permettant aux habitants de s’y sentir bien, et ça marche.

==> Pour l’ANRU, le renouvellement urbain s’adresse à des zones sans vie…

Quels habitants s’y sentent bien ? Les nouveaux qu’on a installés ? Ou les anciens qu’on a virés ?

Ça marche tellement qu’ils ne communiquent pas sur les réussites, et prennent un exemple fictif pour leur vidéo…


Cette publicité d’une rénovation est mensongère car elle se fait de manière hors-sol sur un terrain où les financements semblent illimités et toutes les constructions possibles… Sauf que la manière la plus efficace de changer l’image d’un quartier est d’en remplacer la population. Or, de celle là, qui vivait dans les tours à la place desquelles il y a petits immeubles et maisons, mystérieusement aucune nouvelle… Tout le monde n’a pas la chance d’être comme Ousmane.



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