Proposition catéchuménale sur le thème de la Miséricorde

Le temps du catéchuménat (préparation des sacrements chrétiens) est un temps de conversion au cours duquel le catéchumène est appelé à se convertir, en devenant plus miséricordieux, à l’image de Dieu miséricordieux. Concrètement, il ne s’agit pas de faire abstraction de la Justice, de l’égalité, des règles qui permettent de vivre ensemble en société, ou des sentiments générés par notre cerveau, mais de « faire avec notre cœur ».

Attention cependant au danger de l’essentialisation (réduire la personne à une seule de ses dimensions qui serait positive car enfant de Dieu). Oui, l’Église nous demande de ne pas condamner les personnes parce que quelque part, nous ne valons pas mieux qu’elles (« Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre »). Elle nous invite cependant à discerner (et au besoin à pratiquer la « correction fraternelle »), donc à juger les actes des uns et des autres.

Juger les actes ne veut pas dire les condamner. Ce jugement ne doit pas nous faire réduire la personne à l’acte qu’elle a commis, et c’est pourquoi l’Homme ne peut juger une autre personne car au contraire de Dieu, il ne connaît pas tout de la personne qui a commis l’acte, ni de son histoire personnelle, ni de ce qu’il animait au moment de la commission de l’acte. C’est en cela que Dieu peut être miséricordieux car il a tous les éléments à disposition de son cœur.


Je propose une démarche sur une heure qui commence par interroger sur la toute puissance de Dieu pour montrer qu’il ne lui est donc pas impossible d’aimer tous les Hommes, y compris les pires salauds qui font du mal à sa Création.

Si Dieu est père, alors il est comme tous les parents que je côtoie à la prison de Fleury-Mérogis : malgré les conneries voire plus de leurs enfants qu’ils condamnent, ils les aiment toujours, même s’ils peuvent aussi les renier d’une façon ou d’une autre.

Jésus dans son sermon sur la montagne*, nous invite à être miséricordieux comme Dieu est miséricordieux, donc à convertir (ne serait-ce qu’un petit peu ; c’est l’effort qui est valorisable) notre cœur pour juger et pouvoir ou savoir pardonner en voyant l’Homme qu’il y a face à nous.

Je commercerai donc par poser ces questions à mes catéchumènes :

  • Dieu peut-il tout faire ou y a-t-il des choses qui lui sont impossibles ? Par exemple, peut-il empêcher un Homme de faire du mal ?
  • Que répondre à une personne qui demande pourquoi Dieu n’empêche pas le Mal ou pourquoi sa Création est foireuse s’il est vraiment si puissant ?

Après débat, au cours duquel chacun exprime sa foi quant à la puissance de Dieu, vient le temps d’évoquer la notion de liberté. Si nous lisons les textes mythologiques de la Genèse, Dieu a respecté la liberté des Hommes de manger le fruit de l’arbre de la connaissance mais il leur a alors dit dehors. Il a tenté pendant deux mille ans (ce qui est raconté dans le Premier Testament) de les aiguiller, et puis après Jésus, il leur a dit de se prendre en main.

Bref, Dieu nous laisse nous débrouiller ; il laisse la liberté à sa Création, ce qui n’empêche pas qu’il nous laisse à la merci de la folie des autres hommes, des catastrophes naturelles ou des accidents de la vie. Et pourtant il nous aime comme nous aimons nos familles et nos enfants. Et nous jardinons et nous plantons une fleur et nous espérons qu’elle vivra mais peut-être pas. Et nous avons des enfants, et nous espérons qu’ils vivront, et parfois il y a des maladies…

Non, la maladie, les accidents, les guerres ne sont pas voulues par Dieu pour nous mettre à l’épreuve. Elles sont la conséquence de cette liberté sur la Terre (certainement autrement plus stimulantes que ce qu’on vivrait dans le Jardin d’Éden tel qu’il est décrit dans la Bible). Et au milieu de tout cela, il y a la Miséricorde d’un Dieu qui aime toute sa Création, mais qui doit choquer notre sens de la Justice car tous les Hommes ne se comportent pas de la même façon.

Pourtant, nous sommes tous liés par ce qu’on appelle la « solidarité adamique », cette origine qui n’empêche pas que tels se comportent bien et d’autres mal. Et nous le voyons dans les lectures des paraboles du Fils Prodigue (Lc 15,11)* et du Bon Samaritain (Lc 10,25)*. Dieu est certainement malheureux des situations qu’il voit mais il sait aussi se réjouir du bien qu’il peut voir et nous invite à faire de même et à positiver notre regard sur ce bien dont l’Homme est capable.

La Miséricorde commence par reconnaître les errements de l’Homme, mais qu’au fond, il peut y avoir du bon dans chacun. Que tout Homme qui commet un jour quelque chose de bon peut être sauvé, quel que soit le mal qu’il aura également pu faire. La Miséricorde nous invite à dépasser nos certitudes, et les limites nécessairement imposées pour vivre en société, à nous mettre en route pour aller chercher ce qu’il y a de bien en tout Homme, ce qui peut être dur.

La vie chrétienne est une conversion à la Miséricorde et une conversion à l’Homme avec ses limites ; non pas à changer les autres, mais à dépasser notre propre regard sur les Hommes. Nous aussi, nous pouvons regarder avec le cœur, pour agir et faire ensuite.


*Attention au choix des traductions ; les Bible en français courant font souvent perdre quelque chose du sens.



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