Comme un enfant, un chant chrétien réellement infantilisant

Quand je trouve affligeantes les paroles d’un chant d’Église, je ne le chante pas. « Ce fut le cas avec « Comme un enfant » dont les paroles appellent à adopter un comportement d’enfant pour s’annoncer à Dieu, sûrement parce que l’enfant serait plus innocent. En réalité parce qu’il ne se pose pas de questions et qu’il se soumet plus facilement.

Là aussi, quelle idée de vouloir se présenter à Dieu ce qui constitue le refrain (Me voici, Seigneur ! Me voici, comme un enfant. Me voici, Seigneur ! Me voici, comme un enfant.) Ce faisant, est-ce qu’on anticipe notre propre mort ou est-ce qu’on nie l’omniprésence de Dieu qui n’est pas que dans l’hostie que l’on reçoit à la messe le dimanche ? Analysons les paroles.


Comme un enfant qui marche sur la route,

==> Où sont ses parents ? Pourquoi ne lui ont-ils pas appris à marcher sur le trottoir ?

Le nez en l’air et les cheveux au vent,

==> Il va tomber s’il ne regarde pas là où il met les pieds…

Comme un enfant que n’effleure aucun doute

==> Plus facile de croire sans se poser de questions. Du coup, est-ce une croyance ou bien même parlons nous de religion si nous ne doutons pas. Je ne doute pas que 2 + 2 = 4 parce que j’en suis sûr. Mais les maths ne sont pas une religion.

Et qui sourit en rêvant

==> J’espère qu’il sourit aussi quand il ne rêve pas. À moins que ce soit parce que le monde est trop triste qu’il se réfugie dans la religion, qui ne serait que joie et sourire !


Comme un enfant tient la main de son père

==> Les liens familiaux ne s’arrêtent pas en grandissant lorsqu’on lâche la main.

Sans bien savoir où la route conduit

==> Cherche-t-il à savoir où fait-il aveuglément confiance ?

Comme un enfant, chantant dans la lumière

==> Pourquoi chanterait-il dans le noir ?

Chante aussi bien dans la nuit.

==> Quel intérêt ?


Comme un enfant qui s’est rendu coupable

==> C’est pas bien ça.

Mais qui sait bien qu’on lui pardonnera

==> Donc il recommencera ! C’est seulement en grandissant qu’il prendra conscience de l’erreur et du pardon, surtout s’il reste certain qu’on lui pardonnera tout ce qu’il fait.

Pour s’excuser d’être si misérable

==> Génial, du misérabilisme. Tous misérables (frappons nous la poitrine trois fois pour demander pardon) donc Dieu est misérable puisqu’il nous a fait à son image…

Vient se jeter dans vos bras

==> Ouh, c’est limite avec les accusations de pédophilie dans l’Église. Bon, c’est très bien que l’enfant sache qu’il a (normalement) ses parents au cas où. Mais pourquoi revient-il toujours vers ses parents, et ne va pas vers le monde ?


Quel christianisme chantons-nous ? Manifestement pas un christianisme de convictions qui ne peuvent venir qu’avec l’âge (la foi de beaucoup d’enfants est d’abord celle de leur famille). Plutôt un christianisme de tradition qui vante la reproduction d’un modèle social.

Est-ce que les parents veulent voir grandir leurs enfants ou est-ce qu’ils font tout pour les retenir ? Je pense que Dieu est plutôt du genre du père libérateur par l’éducation (le cheminement du Premier Testament) que de celui qui refuse obstinément de couper le cordon.

J’ai donc un peu de mal à comprendre que les chrétiens puissent aujourd’hui chanter des paroles, qui au lieu de nous ouvrir vers le monde, nous renferment sur la matrice d’une relation Père-fils excluante du monde qui nous environne. Je ne supporte pas cette auto-infantilisation.

Quel est son but ? Nous auto-disculper de nos comportements adultes que l’on sait mauvais en les rejetant, du moment qu’on se rapproche de l’image de l’enfant. Ou nier une composante de notre vie telle que Dieu l’a voulue : l’enfant qui devient un jour adulte (ce qui serait grave).

Ce n’est pas parce que Jésus a dit « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. » qu’il faut nous infantiliser. Au contraire, voilà un formidable appel à travailler, en conscience, une innocence et une responsabilité d’adultes.



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10 réflexions au sujet de « Comme un enfant, un chant chrétien réellement infantilisant »

  1. rolland

    Je ne comprends pas du tout votre façon de voir ce chant. En chaque adulte habite l’enfant qu’il a été. Et si on lui laisse un peu de place dans notre vie d’adulte, il peut se passer des choses merveilleuses, que l’on soit croyant ou non.
    En vivant dans le monde qui nous entoure, il nous est permis de voir le merveilleux, de se promener confiant, sans peur inutile, car on a le droit de faire des erreurs. En effet, c’est en faisant des erreur que l’on se construit, que l’on grandit.

    Répondre
    1. Vagneux Olivier Auteur de l’article

      Pourquoi réservez-vous le merveilleux à l’enfance ? Plusieurs théologiens parlent par exemple d’une seconde ou d’une nouvelle naïveté lorsqu’on a atteint une certaine maîtrise des textes bibliques. On peut donc s’émerveiller et être naïf à tout âge, sans pour autant refuser de grandir.

      Répondre
      1. rolland

        Oui, on peut s’émerveiller à tout âge, mais je n’ai jamais écrit « refuser de grandir ». Je traduisais le  » Comme un enfant qui s’est rendu coupable » par « on a le droit de faire des erreurs. En effet, c’est en faisant des erreur que l’on se construit, que l’on grandit ». C’est une chance de pouvoir se tromper, de faire des erreurs en sachant que le ciel ne nous tombera pas sur la tête, et donc d’être en confiance « Comme un enfant tient la main de son père ».
        Mais pourquoi un enfant recommencerait son erreur, sa bêtise s’il « sait bien qu’on lui pardonnera » ? On peut mettre des limites à un enfant, pour qu’il comprenne. En lui montrant qu’on l’aime et qu’on croit en lui, et donc qu’on le respect, il ne sera pas tenté de recommencer. La communication non violente fait des merveilles.
        Quoi de mieux que la sagesse d’être adulte avec un cœur d’enfant ?

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        1. Vagneux Olivier Auteur de l’article

          Je ne suis pas d’accord avec vous. Je pense que lorsqu’on devient adulte, il est temps d’avoir un coeur d’adulte, lequel n’est parfois pas si éloigné d’un coeur d’enfant. Le contraire revient à nier l’évolution naturelle de la Création qui passe par différents stades de l’enfance à la vieillesse.

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          1. rolland

            C’est dommage ! Je préfère ne pas maitriser les textes bibliques et continuer à voir la beauté de ce chant.
            Garder un cœur d’enfant n’a jamais empêché d’arriver au stade de la vieillesse dans la souplesse. Cela permet de garder de la spontanéité, et de prendre du plaisir à être et à faire ce que l’on aime dans le respect des autres.
            Vous affirmez que ce chant est infantilisant, mais en quoi ce chant adopte une posture de supériorité vis-à-vis de la personne qui chante ? en quoi ce chant suggère ce qu’il estime bon pour elle ? en quoi ce chant interpelle la personne qui chante comme un enfant qui serait incapable de se débrouiller seul, de prendre de bonnes décisions ou de juger ce qui est bon pour lui ?

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            1. Vagneux Olivier Auteur de l’article

              Pourquoi pensez-vous que les enfants valent mieux que les adultes ? C’est peut-être parce que vous dites préférer ne pas maîtriser les textes bibliques que vous ne saisissez pas tout des propos de Jésus sur l’enfance ou les enfants, en les comprenant ou en les interprétant au premier degré.

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              1. rolland

                Je n’ai pas écrit non plus que les enfants valaient mieux que les adultes. L’enfance est la première étape de l’être humain. Elle a ses qualités que je fais le choix de garder dans mon cœur. Mais pour quelqu’un qui se targue d’avoir une certaine maitrise des textes bibliques, j’ai l’impression que vous ne comprenez pas bien se qu’écrivent vos contemporains.

                Répondre
                1. Vagneux Olivier Auteur de l’article

                  C’est vous qui le dites. Je pense que nos points de vue sont trop différents et que nous n’arriverons pas à nous convaincre. Je n’aime pas ce chant, mais vous l’appréciez. Voilà tout.

                  Répondre
    1. Vagneux Olivier Auteur de l’article

      Je ne suis pas certain que nous ayons toujours bien conscience de ce que nous chantons.
      « Tu es devenu enfant de Dieu » lors des baptêmes, signifierait que les non-baptisés ne sont pas des enfants de Dieu…
      « Si le Père nous appelle » dirait que seuls certains sont appelés…
      « Devenez ce que vous recevez » doit nous interroger sur les attitudes de ceux qui s’inclinent devant le tabernacle après la communion…

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