Les religions orientales dans l’Empire romain, par Jean-Louis VOISIN

Ce lundi 9 mai 2016, l’historien Jean-Louis VOISIN, professeur émérite à l’université Paris XII, était invité à Savigny-sur-Orge pour évoquer les religions orientales dans l’Empire romain, plus spécialement au IIe et IIIe siècle. Mais il n’a pas voulu parler du judaïsme ni du christianisme, ce qui a un peu laissé sur leur fin quelques auditeurs…

Pour commencer, l’orateur a commencé par définir le terme de « religion orientale« , inventé au début du XXe siècle par le professeur Franz CUMONT, c’est à dire une religion qui se distingue des cultes civiques traditionnels et prépare malgré elle l’expansion du christianisme. Le terme de « religion » est ici à considérer dans les deux sens que son étymologie permet : relier (« religare« ) ou relire (« religere« ).

Pour le professeur, il serait plus juste de parler de cultes gréco-orientaux car la plupart de ceux importés à Rome étaient grécophones. Mais avant cela, il était nécessaire d’étudier la religion romaine en tant que tel.


La religion romaine

À Rome, la religion est d’abord un devoir civique. Le Romain n’est pas un croyant, dans le sens moderne du mot, mais un pratiquant. La religion est polythéiste et tolérante puisqu’elle reconnaît d’autres cultes. Elle consiste principalement en des sacrifices qui doivent assurer la pax deorum, pour le bien être de la cité. Sans cela, se produisent des prodiges (comme des naissances anormales ou la venue de loups en ville), qui sont des signes à conjurer.

La religion est personnelle et permet d’assurer une vie heureuse. Elle est très présente mais occupe alors un rôle davantage politique et social que religieux.

Rien n’interdit aux Romains de changer de religion, ou de pratiquer plusieurs religions, tant qu’ils continuent de sacrifier aux cultes de la cité.


Le culte de Cybèle et de sa parèdre Attis

Ce culte apparaît pendant la deuxième guerre punique contre Hannibal. Pour sauver la cité, les Romains consultent les livres sibyllins et obéissent à une prophétie qui les auraient sauvés.

L’empereur Claude introduira ce culte dans le calendrier au moment du printemps. Il apporte une idée de re-création, comme une résurrection de la nature après l’hiver.


Le culte d’Isis

À Rome, elle n’a plus rien d’égyptien, et est devenue une divinité hellénistique, que les Grecs appellent Sérapis.

Elle est une religion prisée par les esclaves auxquels elle promet une résurrection dans de meilleures conditions de vie.


Le culte de Mithra

Déesse de la Lumière en combat contre Ahriman, le dieu des ténèbres, elle aurait été amené à Rome par des pirates. Son culte va se développer dans tout l’empire, chez les soldats notamment qui développent une hiérarchie avec des grades symbolisés.

Elle possède jusqu’à 32 dévots et 210 dédicants dans tout l’empire. On a ainsi retrouvé des mithreum qui sont des grottes pour rendre le culte. Elle possède une Histoire du monde qui tente de répondre aux questions de l’origine des Hommes.


Nous pourrions encore parler des cultes des dieux de Palmyre, ou du dieu Sabazios en Phrygie et en Thrace.


Pourquoi ces religions ont été préférées au culte romain ?

Parce qu’elles se sont organisés en institutions, et ont trouvé des soutiens dans les personnes des empereurs, de la cour impériale, des astrologues, des élites, des esclaves, des soldats ou des fonctionnaires.

La religion romaine n’émeut pas ; c’est une religion froide au service du politique. Elle ne donne pas à réfléchir ; elle n’apporte pas de réponses aux questions existentielles. Au fil du temps, on ne comprend plus certains de ses chants à cause des évolutions de la langue.


Pourquoi le succès des religions orientales ?

Elles peuvent se vivre partout, et s’adresse à tous. L’individu est mis en avant avec un Dieu qui lui est finalement personnel. Elles permettent de expériences personnelles de conversion et d’incitation. Elles développent des mystères mais présentent aussi un Dieu plus humain, plus accessible.


Les limites des religions orientales

Bien que les évolutions politiques aient accentué les phénomènes, les religions orientales n’ont qu’un petit nombre de fidèles, sont trop tolérantes pour s’imposer, mal implantées et ont une théologie qui ne rivalisera pas face avec celle plus élaborée du christianisme.


Une réelle rupture intervient en 212, année sous laquelle tous les habitants de l’Empire deviennent citoyens donc doivent pratiquer auprès des dieux de la cité, ce que les religions monothéistes elles, ne permettent pas. Cela provoquera les persécutions que l’on connaît.

==> Finalement, le paganisme antique se transforme avec les siècles et les influences orientales en syncrétisme avant d’être absorbé par le christianisme.

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