Essai : Faire de la politique en chrétien

Y a-t-il une manière chrétienne de faire de la politique ? Encore convient-il d’abord de définir ce qu’est « faire de la politique » (1) et ensuite ce que serait cette fameuse « manière chrétienne » (2) qui se distinguerait des autres pratiques de la politique (3). Le christianisme est d’abord une affaire de foi, qui s’accompagne de la mise en œuvre de certaines valeurs ; de ce qu’on pourrait qualifier d’une morale ou d’une éthique.

Est-ce enfreindre la laïcité que de vouloir faire de la politique d’une manière religieuse ? Je ne le pense pas tant que l’exercice politique reste indépendant des autorités religieuses, ne favorise pas une religion ; ou que ceux qui font de la politique comme tel n’agissent pas en tant que religieux ou même que croyants, mais bien en tant que citoyens inspirés par les valeurs promues par les religions. Je commencerai donc par affirmer qu’il n’y a aucun problème à faire de la politique EN chrétien.

Évidemment, cette proposition « EN » est importante pour comprendre le sens de cet agir. Ce n’est pas faire de la politique POUR les chrétiens, même si ceux-ci se retrouveraient normalement dans une telle politique. Ce n’est pas non plus faire de la politique COMME un chrétien, ou une politique DE chrétien, ou une politique chrétienne, parce qu’il ne saurait exister une unique manière chrétienne de faire de la politique. Alors il serait plus juste de parler de politique inspirée par les valeurs du christianisme, pourvu que ce soit effectivement et réellement ce qui est pratiqué par l’acteur politique.

Toutefois, dans le contexte de séparation des cultes et de l’État, il serait malvenu pour quiconque de se réclamer d’une quelconque politique chrétienne, à commencer par le fait que la religion du Christ prône l’humilité. Ensuite, parce que si le Christ est réellement la Vérité, alors toute politique chrétienne serait par nature une politique « normale« , donc justement pas à distinguer. Enfin, parce que l’Église étant une assemblée, ce n’est que par le jugement des autres qu’une politique peut être qualifiée. Ainsi un communiste stalinien peut-il mener une très bonne politique chrétienne, comme un chrétien messalisant peut-il aussi se comporter comme un gros connard, tout en se réclamant du Christ.


(1) De la politique

La politique répond à plusieurs définitions qui s’appliquent à plusieurs niveaux. C’est d’abord la chose publique dans la cité, et à partir du moment où il existe une sociabilité, tout est politique et tout le monde fait de la politique. Toutefois, dans le sens de « science du gouvernement de l’État« , seuls les personnes élues décisionnaires font de la politique. Ce pourquoi, à titre personnel de candidat malheureux, je ne me considère pas comme faisant de la politique dans la mesure où je ne peux pas prendre de décisions impactant la vie des gens. Malgré cela, je fais de la politique lorsque j’attaque en Justice une délibération, ou que je manifeste dans la rue, ou que je lance une pétition pour influencer les élus.


(2) Du christianisme en politique

Depuis la conversion de Constantin en 313, les chrétiens ont des responsabilités politiques réelles. À tel point que cela est monté à la tête de beaucoup, qui ont ensuite essayé de se prendre pour Dieu à défaut de s’en réclamer comme les uniques légataires.

En 2016, lorsque nous pensons « christianisme en politique« , notre culture nous renvoie à la démocratie chrétienne, humaniste et sociale, de la fin du XIXe siècle, ayant influencé la droite modérée actuelle dans sa frange la plus conservatrice.

Toutefois, les chrétiens n’ont jamais été jamais majoritaires politiquement en France, et ils n’ont eu de cesse de faire des compromis (voire de se compromettre) pour exercer le pouvoir, au sein d’alliances assez souvent centristes.

Alors pour autant que les chrétiens aient favorablement influencé certaines avancées notamment sociales, il serait faux de dire que ces réalisations sont le fait des seuls chrétiens, surtout aujourd’hui, alors que ces acteurs sont élus avec des étiquettes politiques.


(3) De la différence théorique de pratiques des chrétiens en politique

Jésus dans son évangile raconte la parabole de ce berger qui a cent brebis, en perd une, et abandonne les 99 autres pour la retrouver, (avant finalement d’en sacrifier quelques unes pour un méchoui géant).

==> Un chrétien en politique va chercher à mener une politique qui satisfasse 100 % des personnes, y compris les abstentionnistes.

Alors qu’un parti se contentera de viser 50 % et une voix pour passer et être élu.

Mais, me direz-vous (sinon je le dis pour vous), il n’est pas possible de contenter 100 % des personnes. Surtout quand vous même pouvez avoir changé d’opinion sur un thème.

Par exemple, dans mon cas, j’ai défendu aux élections municipales de 2014 la retransmission des séances du Conseil municipal en direct. Aujourd’hui, j’affirme qu’il s’agissait d’une erreur et que le Conseil municipal doit être disponible en différé, parce qu’il doit y avoir symboliquement un seul lieu de démocratie pour vivre le direct.

Aussi, faut-il au chrétien qui veut faire de la politique, qu’il énonce et qu’il agisse en faveur de cette vérité qui rend libre. Non pas par une vérité réversible car interprétable en fonction de ce qu’on veut entendre (comme le « Je vous ai compris » du général DE GAULLE le 4 juin 1958.) Mais bien sa propre vérité, comme nous ressentons la parole ou l’acte politique en son moment donné.

Bien entendu, on peut être dans le vrai et être minoritaire. (« Nul n’est prophète en son pays« ). Dans le même temps, le combat politique du chrétien consiste à ce que tous puissent s’exprimer, dans la mesure où chacun a quelque chose d’intéressant à dire ; cela dépendra de la réception de ce propos.

En cela, je pense que les chrétiens rejoignent le combat attribué à VOLTAIRE (se battre jusqu’à la mort pour que quelqu’un puisse s’exprimer, même si nous ne sommes pas d’accord avec lui).

Ce pourquoi, personnellement, je plaide pour une très large liberté d’expression,à l’anglo-saxonne, dans laquelle les propos extrémistes ne tombent pas sous le coup de la Loi, tant qu’ils ne sont pas insultants et n’appellent pas nommément à la haine, à la torture et au meurtre.

Je pense ainsi que les thèses extrémistes, par exemple fascistes ou nazi, doivent pouvoir s’exprimer publiquement ; mais qu’à côté, on doit pouvoir refuser de les entendre dans certains lieux et SURTOUT donner aux personnes les clés pour qu’elles puissent se rendre compte d’elles-même du danger de ces propos.

Car une telle atteinte à la liberté d’expression créé immanquablement une forme d’intolérance, qu’on ne peut ensuite pas logiquement reprocher aux autres puisqu’on se l’applique à soi-même.


La grande difficulté du chrétien qui veut s’engager en politique reste donc de porter ses idées. Soit en refusant toute association (ce que je fais), mais en acceptant de stagner dans les résultats. Soit en acceptant le compromis, au risque soi-même de se compromettre et de finalement porter un contre-message, quand existe également le risque de ne défendre aucun message car noyé dans la masse. À chacun de faire en son âme et conscience.

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