Considérations sur l’éloignement de la seconde guerre mondiale dans les esprits et les mémoires

Alors que je participais ce dimanche dans ma ville aux commémorations du souvenir des déportés et internés résistants, une habitante me faisait cette réflexion que la jeunesse était absente de la cérémonie. Je découvre, dans le même temps que l’extrême-droite autrichienne est très largement en tête du premier tour de l’élection présidentielle. En 1945, ces situations n’auraient pas semblé possible. Pourquoi le sont-elles en 2016 ?

Je dresserai une analyse en deux points : premièrement, les systèmes qui se sont mis en place en 1945, et qui n’ont pas tellement changé en 1989 (je parle de mon point de vue de jeune né en 1991), sont à bout de souffle. Ensuite, le choc ou la peur que représentaient tant la déportation que l’extrême-droite au pouvoir, n’ont plus la même symbolique, la même portée, voire représentent une certaine excitation d’une transgression sinon d’un doute civilisationnel.


Qu’est-ce qu’un parti extrémiste ?

Il s’agit d’un parti politique, constitué selon un système légal qui ne permet pas son interdiction, qui considère que la propagation ou l’application de ses idées justifie toutes les violences nécessaires à leur imposition. Cela consiste dans la conquête du pouvoir à éliminer ceux qui ont un discours différent et dans le cas de l’accession au pouvoir à traquer toutes les oppositions politiques, en considérant détenir une légitimité populaire éternelle permettant de tout faire.


1945 ou le recul des extrêmes

Après plus de 55 millions de morts entre 1939 et 1945, les grands de ce monde se sont dit que la fin ne valait pas toujours les moyens. L’extrême-gauche stalinienne s’est globalement normalisée au moins en Europe tandis que l’extrême-droite s’est enfermée dans le silence. Aujourd’hui, la crise économique et financière ne parvient pas à être résolu par les modérés qui restaient sur la scène politique. On leur cherche alors des alternatives, à l’extrême.


1989 ou la redéfinition des extrêmes

Les années 1970 et 1980 ont permis la réémergence sur la scène publique de l’extrême-droite qui s’est caractérisée par la défense d’un modèle ultra-libéral et sauvage, réinventant l’économie libérale par toujours plus de croissance. L’extrême-gauche a connu la disparition des courants stalinistes tandis que les trotskystes divisés ne retrouvaient pas de visibilité face à un socialisme républicain. De fait, l’extrême-gauche violente a disparu du paysage politique.


2008 ou la réinvention des extrêmes

L’ampleur de la crise financière, même si moins grave que 1929, a été imputée à la mondialisation sauvage qui s’est accélérée depuis la troisième révolution industrielle des années 1970 (nouvelles technologies). À l’extrême-gauche, ce fut l’argument de la re-mobilisation pour sortir du Capital. À l’extrême-droite, l’occasion de réclamer plus de libéralisme tout en accusant les mouvements migratoires d’être responsable des échecs.


Faut-il tuer pour être extrémiste ?

Aujourd’hui, lorsqu’on pense « nazi« , on pense « chambre à gaz« . Lorsqu’on dit « fasciste« , on pense aux « assassinats politiques ». Lorsqu’on pense Staline, on imagine les « goulags« . Pourtant, il n’y a pas besoin d’en arriver à imposer la mort de certains pour proposer un régime extrémiste et totalitariste, tant que les violences symboliques sont effectivement présentes. Aujourd’hui, certains pensent que les partis extrémistes ne sont plus extrêmes s’ils ne tuent pas.


La théorie du complot : si les totalitarismes avaient eu en fait raison ?

Une idée qui se répand de plus en plus continue de dire que tuer des gens, c’est mal. Mais que sans ces morts, les régimes totalitaires n’étaient pas mauvais et de penser à toute la propagande des gens heureux de travailler ou de faire du sport. Bref, certains vont nous chercher les programmes économiques et sociétaux des totalitarismes des années 1930 en proposant de nous les appliquer différemment puisqu’on ne tue pas.


Sur la place de la violence

70 ans après la seconde guerre mondiale, les Européens ne retiennent plus des totalitarismes que ce sont des machines à tuer et gomment l’aspect symbolique de la violence. Pourtant, dans les comportements tant de l’Union européenne que d’une mairie d’une grande ville de France, il y a de nombreuses violences exercées à l’encontre des citoyens. Tant que les droits de chacun, et notamment des opposants politiques ne sont pas respectés, alors c’est un totalitarisme.


Les citoyens ne se sentent pas menacés

La déportation ? Mais qui pourrait bien vouloir déporter des populations en Europe ? On n’est ni chez Daech ni au Nigéria. Des pouvoirs violents ? Mais lorsqu’on refuse de communiquer des documents publics, c’est parce que c’est mal demandé ou c’est parce que le demandeur est provocateur. Le Parlement veut voter une loi stupide et inique ? J’écrirais à mon député après les autres parce que je ne voudrais pas d’ennuis. Qu’est-ce que je peux faire tout seul ?


L’attrait du danger

Bon, on a tout essayé, pourquoi les autres seraient-ils pire ? D’autant qu’ils sont différents de leurs partis géniteurs idéologiquement des années 1930 puisqu’ils ne tuent pas. De toute façon, si un parti comme le Front national arrivait au pouvoir, il ne pourrait pas chasser les personnes d’origine étrangère parce qu’elles sont trop nombreuses et que ce serait la guerre civile. Et puis, on ne les laisserait pas vraiment faire… Comme si certains trouveraient alors du courage…


Sur la montée des extrêmes en Europe

Au Sud, c’est l’extrême-gauche qui monte mais qui ne veut pas plus d’immigrés parce qu’ils « prennent » quand même le travail des autochtones. Au Nord et à l’Est, c’est l’extrême-droite parce que s’il y avait plus d’immigrés, les structures et notamment celles de l’emploi craqueraient. Tiens, nos bienpensants ne se rendent pas compte qu’on a usé du même argumentaire contre les juifs ou les étrangers. Ah oui, mais ça s’est bien terminé à la fin…


Faudrait-il une guerre, et la capacité de pouvoir reconstruire ensuite, pour retrouver du sens aux notions d’extrêmes, de violences, de discriminations, de rejet, d’exclusion ? Je pense que plus largement, les Européens ont perdu le sentiment de pouvoir influer voire de maîtriser leur destin, et qu’ils acceptent finalement d’être spectateurs de leur vie.

Or c’est une mentalité qui découle de divers facteurs : l’éducation qui valorise l’autonomie mais qui peut faillir sans certaines bases humanistes, les médias et la culture sédentarisée qui nous montrent plus de choses que ce que nous en faisons, l’omniprésence des violences qui ne nous permet plus de discerner quand elle est réelle ou figurée.

J’affirme que même si les totalitarismes actuels ne tuent pas directement et physiquement, ils sont néfastes et il faut les combattre pour tout ce qu’ils comportent. « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. » (BRECHT) Nous ne sommes pas à l’abri, et nous devons nous méfier de ne pas oublier le passé pour comprendre le présent et appréhender le futur.

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Une réflexion au sujet de « Considérations sur l’éloignement de la seconde guerre mondiale dans les esprits et les mémoires »

  1. de la mata jeanpaul

    Combattre les Totalitarismes dis-tu cher Curé et toi t es quoi ? Aujourd’hui par exemple, ça te prend de temps en temps d ailleurs, CONTRAIREMENT A CE QUE TU T ETAIS ENGAGE PAR ECRIT SUR TON BLOG, tu censures plusieurs messages qui ne sont pas insultants et tu laisses les autres de tes potes qui le sont…C est le début de la dictature et de l intolérance, la faiblesse qui te caracterise souvent depuis quelques semaines… T AS LA FROUSSE ? De qui ? Pas de tes amis quand même. ..quand même, mince quand même !

    C est normal que les jeunes ne s intéressent pas au devoir de mémoire ou si peu, la preuve des la maternelle ont leur apprend que se cracher dessus, se battre, s exterminer c est pour les sauvages, les mal élevés, les frustrés, les jaloux, les intolérants , les malades, les fous,les complexés, etc…etc…etc …,le net et facebook en particulier en représentant l archétype, etc…DÉMODÉ ET SANS INTÉRÊT POUR EUX CES TRUCS. …Un cas d école. ..amen !

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