Pourrait-on laisser les anciens nazis mourir ailleurs qu’en prison ?

La bienpensance se félicite de la condamnation du comptable du camp de concentration d’Auschwitz à 4 ans de prison. Tant mieux si cela soulage la conscience de cet homme qui avait déjà demandé pardon lors de son procès. Mais au niveau du symbole, du sens de l’Histoire et de la philosophie du droit international, je trouve cela très moyen…

Oskar GRÖNING, 94 ans,sera probablement le dernier nazi et le dernier SS à être condamné de son vivant pour toutes les exactions commises du temps du IIIe Reich. Mais qu’est-ce que cela peut encore vouloir dire en 2015 ? Pouvait-on dans l’Allemagne nazie, lorsqu’on était affecté au service d’un camp d’extermination, ne pas être « complice de meurtres aggravés » ?

Avant propos

Un paragraphe que je me passerais bien d’écrire. Non, je ne suis pas un nazi et je condamne aussi les génocides (également celui qui n’en a pas encore le nom du gouvernement d’extrême-droite d’Israël à l’encontre des Palestiniens), parmi lesquels l’Holocauste. Je ne cherche pas d’excuses à M. GRÖNING et je n’écris pas qu’il ne fallait pas le condamner. Simplement, je n’accepte pas que l’on remette en cause l’ordre juridique et social du monde.

La volonté de juger les Nazis jusqu’à leur dernier souffle

À l’heure où l’Allemagne est régulièrement rappelée à son passé national-socialiste par les affaires de Grèce, l’Outre-Rhin retrouve, depuis le procès Demanjuk, la volonté de rompre définitivement avec son passé. Pour moi qui n’ait que 24 ans, je ne comprends pas cet acharnement alors que je sais que l’Allemagne n’est pas nazie et que c’est un des pays européens dans lequel l’extrême-droite est actuellement la moins virulente.

Extension du domaine de la culpabilité

En 1945, lors de l’élaboration de la Charte de Londres instituant les Procès de Nuremberg, a été fait le choix de ne juger que les hauts-responsables des barbaries nazies, et de renoncer à poursuivre les subalternes exécutants. Ce fut une base morale de la tenue de ces procès et une condition nécessaire à la réconciliation (treize millions d’Allemands avaient voté pour le parti nazi aux élections de 1933). Depuis le procès EICHMANN de 1966, cela est remis en cause. Qu’en dirait Hannah ARENDT ?

Du droit et de l’acharnement

Déjà inquiété pour les mêmes faits qui avaient été jugés « insuffisants » en 1985, Oskar GRÖNING avait alors bénéficié d’un non-lieu. Il avait alors servi de témoins dans trois procès d’anciens nazis. En France comme en Allemagne, la Justice est rendue au nom du Peuple. Sauf procédure de révision ou lois rétroactives, il n’y a pas plus de raisons de juger un homme en 1985 qu’en 2015… Or, il n’y a pas plus de preuves, comme en 2011 pour l’affaire DEMANJUK, de la participation active de M. GRÖNING à l’Holocauste.

Ce qu’il est reproché à GRÖNING

La Justice reproche à l’ancien nazi (probablement engagé volontaire dans la Waffen SS vu la date de 1941, donc pas non plus tour neutre) d’avoir contribué à l’envoi dans les chambres à gaz d’Auschwitz de 300 000 juifs de nationalité hongroise. Donc d’avoir été un rouage de l’administration nazie de l’extermination. On l’accuse aussi d’avoir participé au tri des déportés entre personnes valides et condamnées à mort. Qu’aurait-il pu faire d’autre alors qu’il y était ?

Des condamnations sur des fonctions

Dans mes rares vrais cours de droit, reçus à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, j’ai appris que l’on condamnait sur des faits avec des preuves. Ici, comme en 2011, on ne condamne que sur la base d’une fonction sans preuve d’aucun actes criminels précis. Le pire, pour moi, est que cette décision fait précédent, puisque la condamnation de DEMANJUK en 2011 a relancé une cinquantaine de procédures !

L’hypocrisie de la reductio ad hitlerum

Alors on condamne, pour le principe. Pour les millions de morts du génocide, pour l’idéologie raciale et pour les pratiques totalitaires. Quand les chrétiens se font massacrer en Orient en 2015, qui pipe mot ? Quand on choisit le génotype de son enfant pour sa PMA ou sa GPA, ou que les médecins proposent spontanément l’avortement à la mère d’un enfant handicapé. Pire, quand le Conseil de l’Europe propose d’euthanasier les enfants qui survivent à leur avortement tardif, que faisons-nous ? Du nazisme à moindre échelle…

Le mal est fait, continuons l’Histoire

Sur les 6500 SS qui ont servi à Auschwitz, seulement 43 ont été traduits en Allemagne devant un tribunal, parmi lesquels 9 ont été condamnés à perpétuité, 25 à des peines de prison et le reste a été acquitté. À mes yeux, l’Allemagne ne sera pas moins responsable de rattraper aujourd’hui, 70 ans après les faits, les choix de sa Justice et de sa réconciliation nationale (sur une base similaire qu’en Afrique-du-Sud post-apartheid). Au contraire, l’attitude d’un tel partenaire européen aurait tendance à me faire prendre quelques distances avec elle…

L’Histoire : connaître le passé pour appréhender le présent

Chaque année, lors des commémorations nationales, les secrétaires d’État aux anciens combattants lance un appel à la jeunesse afin qu’elle se réconcilie avec l’Allemagne pour faire l’Europe. Il faudrait peut-être qu’ils comprennent que celle-là, elle est faite. Mais ils font la même chose avec l’Algérie, prônant une réconciliation avec les Algériens qui pour les plus expressifs n’en veulent pas. Un pays qui souhaiterait aussi faire condamner la France…

La crainte d’un mimétisme juridique et d’une contamination idéologique

Alors si on peut condamner les Allemands parce que le nazisme, c’est mal, ne peut-on pas aussi condamner les Français parce que la colonisation, c’est mal ? En Algérie aussi, il y a eu des représailles donc des morts, après que les Algériens aient réclamé la décolonisation par les armes. Voilà ma crainte pour l’avenir, surtout lorsque je vois ces propos à 09:15 de cette vidéo (lire un autre des mes articles sur le sujet). Donc prudence sur de telles questions.


Le procès doit se poursuivre jusqu’à la fin juillet au tribunal de Lunebourg, dans le nord de l’Allemagne. Une douzaine d’autres enquêtes préliminaires sont en cours outre-Rhin mais leurs chances d’aboutir sont compromises par l’âge des suspects. Finalement, je ne trouve pas moral de ne juger que ceux qui auront tenu le cap de l’âge jusqu’à aujourd’hui. Alors que la condamnation morale est là, dans les mémoires et dans l’Histoire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.